Moyen-Orient

Moyen-Orient 2015-2016 : Cynisme et misère de la raison géopolitique

Bilan géostratégique 2016 au Moyen-Orient. (©Shutterstock/Anton Balazh)
Plus de cinq ans après la chute de Zine el-Abidine ben Ali (1987-2011) et de Hosni Moubarak (1981-2011), la Tunisie et l’Égypte connaissent des trajectoires incertaines. Certes, la première parvient à faire vivre sa démocratie, mais elle fait aussi face à la fragmentation de sa classe politique en partie héritée de l’ancien régime et paye son incapacité à se renouveler. L’Égypte, où s’ancre le régime d’Abdel Fattah al-Sissi (au pouvoir depuis 2014), est minée par la violence et affronte une fragilité économique structurelle. Quelles que soient leurs lignes de fracture internes, cependant, ces deux pays semblent être à l’abri d’une fragmentation territoriale telle que celle qu’on observe en Libye et en Syrie.

Lannée 2015 fut une date rupture dans l’évolution de ce qu’on appelle pudiquement le « conflit syrien ». De 2011 à 2014, celui-ci fut marqué par une double dynamique expliquant sa longévité, mais aussi sa nature meurtrière : d’une part, il ne mobilisait que faiblement les puissances occidentales ou la Russie, laissant dès lors le champ libre aux acteurs syriens ou syro-irakiens, ou régionaux, notamment l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie. D’autre part, épuisant les dynamiques propres à un cycle court de dix à douze mois, il se reconfigurait tous les étés, obligeant ainsi ses protagonistes à monter de plusieurs degrés dans la violence. L’été 2015, qui témoigna de la crise des réfugiés en Europe et de l’investissement massif de la Russie, ne dérogea pas à cette « malédiction estivale », mais accéléra le processus de l’internationalisation du conflit.

La revanche de la Russie de Vladimir Poutine
Bien qu’elle ait surpris les observateurs, l’intervention russe en Syrie, lancée en septembre 2015, s’expliquait aisément : face à un Occident qui n’a plus la capacité de penser la guerre et de développer une politique étrangère cohérente impliquant les sociétés, la Russie de Vladimir Poutine semble être capable de penser la revanche de la guerre froide en mobilisant ses grilles de lecture du XIXe siècle et en jouant sur la corde nationaliste de son opinion publique (1).
On se gardera bien de prédire ici l’avenir de cette politique menée par un régime qui, certes, a l’appui de sa société et dispose à l’évidence des capacités nécessaires pour se projeter dans le temps et dans l’espace, mais qui est aussi aux abois. Il est cependant clair que la Russie n’est en rien motivée par le souci de « combattre le terrorisme » comme elle le rappelle. Loin de permettre une sortie de l’état de violence généralisée par l’introduction d’une « donnée lourde » dans l’équation, ce « retour de la géopolitique » met surtout à nu le cynisme et la misère de la « raison géopolitique ». Moscou intervient dans le conflit non pas comme un Léviathan planétaire ou un arbitre externe, mais comme l’allié de l’Iran et des acteurs alaouites et chiites dans le monde arabe, au point de passer pour un protagoniste « indigène ».
Si, malgré leurs indignations verbales, les chancelleries occidentales se résolurent à prendre acte du facteur russe, et les attentats de Paris de novembre 2015 et de Bruxelles de mars 2016 aidant à le considérer comme un moindre mal, celui-ci n’a pas moins redéfini le rôle des puissances régionales (l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie) dans le conflit. Dans le cas de ces acteurs, également, cynisme et misère vont de pair : s’ils font fi du sort de la société syrienne qui se meurt, ils ne s’engagent pas moins dans une logique d’escalade qui les place en permanence au seuil d’une guerre ouverte. Ainsi, le 24 novembre 2015, le conflit entre Ankara et Moscou déboucha sur la destruction d’un chasseur russe qui n’avait violé l’espace aérien turc que pendant 17 secondes. Le prix fut lourd pour la Turquie, qui perdit les touristes et les marchés russes lui rapportant plus de 11 milliards de dollars par an et vit sa frontière sud se transformer en une forteresse lui interdisant tout survol d’avions militaires.
La guerre froide s’aggrava aussi entre l’Iran et le « camp sunnite ». L’avancée fulgurante des Houthis au Yémen, qui conquirent d’abord Sanaa en septembre 2014, puis une grande partie du pays, la réponse militaire des monarchies du Golfe conduite par Riyad depuis mars 2015 et la « sécurisation » d’Aden furent suivies de l’exécution du dignitaire chiite saoudien Nimr Baqr al-Nimr (2 janvier 2016) et de la rupture diplomatique entre Riyad et Téhéran. Prélude aux manœuvres militaires de fin février 2016 du « bloc sunnite » réuni autour de l’Arabie saoudite, l’épisode montra que la « lutte autour de la Syrie » se déroulait désormais sur un vaste espace et mobilisait d’autres enjeux. Le Liban, qui sut garder sa stabilité interne malgré ses blocages institutionnels et des attentats, mais où Riyad joue de sa force de nuisance et menace le pays d’asphyxie financière, paye le prix de cet élargissement du conflit.
Comme l’Europe post-1848 prise en tenailles par des jeux de puissances antidémocratiques, le monde arabe d’après-2011 se trouve l’otage de trois pays régionaux se légitimant par une pensée sociale darwiniste aussi crue que cruelle, déguisée en intérêts nationaux. Mais les trois se lancent dans la bataille à leurs risques et périls : la diplomatie milicienne de Téhéran lui assure certes une présence dans le monde arabe, mais la désigne également en ennemi aux yeux des populations sunnites et l’expose au radicalisme djihadiste sur sa marche baloutche au sud-est ; l’Arabie saoudite, la principale victime de la guerre des prix du pétrole qu’elle a elle-même déclenchée, est devenue le théâtre de multiples contestations, à commencer par celle des autres branches la dynastie Al-Saoud contre le clan Soudeïri, qui tente de les marginaliser (2) ; la Turquie, embourbée dans une violente politique antikurde, enfin, connaît une polarisation sans précédent de sa société et subit de plein fouet les conséquences de sa complaisance à l’égard de l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech) sous forme d’attentats-suicides.

La nouvelle donne kurde et le régime Erdogan
La question kurde, qui ne constituait qu’un facteur à la marge du conflit syrien avant le retrait de Damas des zones kurdes en juillet 2012, est désormais au cœur de la guerre froide opposant la Turquie à l’Iran, à la Russie, mais aussi à l’administration américaine. En novembre 2013, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre (2003-2014), avait lancé un processus dit de paix avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Cependant, un an après, il permettait aux djihadistes de l’EI d’utiliser ses frontières pour renforcer leurs effectifs à Kobané, en Syrie, contre les forces kurdes. L’autorisation donnée à quelque 150 combattants kurdes irakiens d’apporter leur aide venait trop tard pour éviter la destruction d’une grande partie de cette ville frontalière. Dès mars 2015, le président Erdogan (depuis août 2014) mit de facto fin aux négociations avec le PKK, niant l’existence même d’une question kurde dans le pays. Entre les deux élections législatives de 2015 (7 juin et 1er novembre), Ankara reprit les opérations militaires contre le PKK ainsi que contre les populations civiles de plusieurs villes kurdes, qui firent des centaines de victimes (3).
Pour comprendre la politique de la terre brûlée que le régime met en place au Kurdistan, aussi bien en Turquie qu’en Syrie, il convient, pour un court instant, de revenir à l’année 2010. Au pouvoir alors depuis huit ans, le Parti de la justice et du développement (AKP) avait toute latitude pour mettre en œuvre sa doctrine dite de « zéro problème avec les voisins » élaborée par Ahmet Davutoglu, alors ministre des Affaires étrangères (2009-2014), et normaliser ses relations avec l’ensemble des régimes arabes, y compris les plus anti-islamistes. Aussi, c’était avec fierté que le Premier ministre Erdogan recevait, en novembre 2010, quelques mois seulement avant la tempête qui allait emporter le dictateur libyen, le « prix Kadhafi des Droits de l’homme ». Il est vrai que comme Washington, Paris, Londres ou Bruxelles, Ankara fut surpris, puis paralysé par les insurrections de 2011. Néanmoins, en 2012, une fois le choc encaissé, le dirigeant turc se rêvait en primus inter pares d’un front regroupant le parti Ennahdha tunisien et les Frères musulmans libyens, égyptiens et syriens. Mais, alors que la Libye se fragmentait, en Égypte, Mohamed Morsi était renversé par un putsch le 3 juillet 2013 et, en Tunisie, Ennahdha affrontait une contestation massive avant de perdre les élections d’octobre 2014, la Syrie devenant la seule porte d’accès de la Turquie dans le monde arabe. Toutefois, la frontière turco-syrienne était en grande partie contrôlée par le Parti de l’union démocratique (PYD), allié du PKK.
Pour le président Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre Ahmet Davutoglu (2014-2016), qui chargent la turcité de la « mission historique et universelle » de déterminer le sort de l’espace ex-ottoman, ces déconvenues ne pouvaient que signifier que le seul et unique objectif de la Première Guerre mondiale continuait : empêcher la Turquie de réaliser ses ambitions régionales « légitimes » avant de la détruire. Ce discours, cultivé notamment par une nouvelle génération de pistoleros de l’AKP et trouvant un écho enthousiaste dans les couloirs du palais d’Erdogan, rend inaudibles les appels à la prudence des figures fondatrices du parti comme Abdullah Gül, ancien président (2007-2014), et Bülent Arinc, ancien vice-Premier ministre (2011), désormais vouées aux gémonies (accusé de faire de l’ombre au président par sa présence sur la scène internationale, Ahmet Davutoglu lui-même fut limogé en mai 2016). Le transfert de légitimité des institutions, étatiques mais aussi partisanes, vers Recep Tayyip Erdogan, qui se rêve en nouveau « père des Turcs » (4), a pour conséquence la destruction de toute rationalité interne et de tout mécanisme de contrôle et d’équilibre dans le système politique turc. À cette réalité correspond aussi une syntaxe composée d’à peine une dizaine de mots (« traître », « ennemis de l’intérieur », « croisés », « brouillons d’intellectuels »…) et la définition du politique comme une vendetta ou une revanche, notamment avec et sur les Kurdes, qui refusent de se soumettre aux volontés du dirigeant turc.

Radicalismes chiite et sunnite, transhumances militaires
Si le pouvoir turc, y compris de Mustafa Kemal Atatürk (1881-1938), fut d’abord sunnite, jamais les politiques intérieures et extérieures du pays ne furent à tel point déterminées par une hostilité ouverte contre le chiisme (5). Cette évolution s’explique par le fait que sans s’y réduire, ce que l’on peut décrire comme la « guerre au Moyen-Orient » a aussi une forte dimension confessionnelle qui la surdétermine sur certains de ses fronts. Celle-ci se traduit par la présence, depuis les années 1980, de deux matrices de radicalisme, non étatiques et disposant de dynamiques et marges de manœuvre propres (6), mais plus ou moins parrainées par des puissances régionales. La première, chiite, qui comprend le Hezbollah libanais fondé en 1982, et aussi d’autres organisations comme les unités dites de « Mobilisation populaire » irakiennes et les Houthis yéménites, est d’abord de nature militaire, mais demeure adossée à un tissu social, économique et politique. Pour des raisons multiples, de la présence d’une autorité religieuse fonctionnant comme l’instance ultime d’arbitrage à la nature transfrontalière du chiisme, ce radicalisme reste pour l’essentiel maîtrisé ; il dispose de ses propres mécanismes de contrôle et d’équilibre lui permettant d’éviter des dérapages en série (7). La généalogie du deuxième radicalisme, sunnite, se nourrissant du wahhabisme, remonte clairement au djihad afghan des années 1980 : mais ce wahhabisme, doctrine et appareil religieux articulé au pouvoir monarchique saoudien, se transfigure au gré des combats dans lesquels il s’engage « hors-sol » et produit constamment une « sur-radicalité » que ses « parrains » du moment, l’Arabie saoudite, le Pakistan ou, depuis peu, la Turquie, ne sont guère en mesure de maîtriser. En dépit du prix du sang, très lourd, qu’il paye à ses miliciens, le chiisme se consolide comme communauté organique et s’ancre dans le temps et dans l’espace ; par effets destructifs de la sur-radicalité des groupes qui se battent en son nom, le sunnisme, en revanche, finit par se détruire lui-même aussi bien en Syrie qu’en Irak, voire au Liban, au Yémen et, dans un contexte de monoconfessionnalité, en Libye. Émasculé depuis l’élaboration d’une doctrine sunnite de pouvoir entre le VIIe et le Xe siècle (8) qui légitime tout pouvoir, y compris tyrannique et impie, le très institutionnalisé et repu appareil religieux sunnite ne dispose d’aucun moyen efficace pour enrayer ce processus.
Ce phénomène asymétrique de radicalisme maîtrisé et de sur-radicalité systémiquement à la dérive détermine également la nature des transhumances militaires que l’on observe dans la région. On peut désormais confirmer, avec certitude, la présence non seulement du Hezbollah, mais aussi des combattants chiites irakiens et afghans sur le terrain syrien. L’EI, quant à lui, recrute massivement des Arabes, des Turcs et des Européens, accélérant le phénomène de la transhumance militaire qui n’est certes pas inédite dans l’histoire de la région, mais qui change nettement d’échelle : le noir romantisme des années 1980 avait attiré quelque 35 000 jeunes Arabes, suivant pour l’essentiel une feuille de route comprenant un « aller-retour », vers l’Afghanistan, puis vers les pays d’origine, Égypte et Algérie notamment. Celui d’Al-Qaïda du tournant des années 2000, particulièrement meurtrier, était plus complexe, mais n’avait mobilisé que quelques milliers d’hommes. La transhumance militaire des années 2010, en revanche, attire sans doute environ 200 000 hommes (et, à la marge, quelques milliers de femmes) et couvre désormais la quasi-totalité du monde musulman, du Pakistan et de l’Afghanistan à l’Afrique noire.
Les mobilités militaires passées résultaient de la radicalisation des marges des sociétés musulmanes qui s’agrégeaient dans des espaces soustraits à la visibilité comme les camps d’entraînement éloignés ou dans des cercles estudiantins étriqués en Europe. Mais comme le montrent les attentats de 2015 et 2016 en Europe, celles d’aujourd’hui attirent d’autres forces contestataires, formées également aux marges des sociétés européennes. Certes, du Yémen ou de la Libye au Sinaï égyptien ou au Nigeria, chaque conflit des années 2010 s’inscrit dans une historicité propre, avec des acteurs locaux distincts, mais tout en s’articulant désormais aux dynamiques internationales qui interagissent pour les redéfinir par et dans la violence. Les attentats de Paris et de Bruxelles traduisent ainsi la volonté, aussi bien d’Al-Qaïda que de l’EI, d’inscrire l’islam dans un rapport d’inimitié ontologique avec l’Europe et les « infidèles ».
On pourrait difficilement expliquer ces évolutions par la « revanche du Sud », les accords Sykes-Picot (mai 1916), la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962) ou la misère des catégories défavorisées des faubourgs d’un « monde globalisé ». Force est en effet d’admettre que la violence sacrificielle et autosacrificielle que l’on observe ici et là a un lien avec l’effondrement de certaines sociétés du Moyen-Orient et l’hypothèque que font peser plus que jamais sur l’islam les meurtres d’Othman ibn Affan (574-656), troisième calife de l’islam, et de Hussein, petit-fils du Prophète, en 680 à Kerbala. Si cette violence interroge la cité démocratique en Europe, elle le fait en creux, et non à partir des logiques de causalité qui remonteraient aux Croisades : s’il est vrai que la « Maison de l’Europe » a garanti la liberté à ses citoyens, a-t-elle aussi tenu ses promesses de fraternité et d’égalité ? A-t-elle su gérer les conséquences de ses crises économiques et sociales si durables et si « dé-structurantes » qu’on peut se demander si elles ne font désormais pas système ? A-t-elle pu répondre aux défis auxquels elle est confrontée autrement que par une logique sécuritaire qui, depuis la « guerre contre le terrorisme » de 2001, a fait la preuve de son inefficacité ?

Un nouveau Moyen-Orient ?
L’intervention de la Russie et les efforts pour obtenir une issue politique au conflit syrien ont poussé nombre d’observateurs à s’interroger sur l’éventualité d’un nouveau partage du Moyen-Orient. Nous ne serons pas en mesure de nous livrer ici à des spéculations sur cette hypothèse, d’autant plus que les politiques des « puissances », y compris russe, se décident et se réajustent souvent au jour le jour, et que l’élection présidentielle américaine de novembre 2016 autant que la fragilité structurelle de l’Union européenne peuvent nous réserver bien des surprises au tournant de 2017. Un constat semble cependant s’imposer : en contraste avec celle de la Jordanie, pourtant également une création « mandataire » du XXe siècle, les expériences étatiques irakienne, syrienne, libyenne et yéménite se sont conclues par un échec : fabriqués de toutes pièces ou adossés à de solides héritages historiques, ces États se sont transformés en Béhémoth détruisant leurs sociétés ou se sont rétrogradés en simples forces miliciennes, coexistant avec d’autres sur leurs territoires « souverains ». Cela n’était sans doute pas une fatalité : un autre Irak, une autre Syrie, une autre Libye ou un autre Yémen auraient pu être possibles. Force est cependant de prendre acte qu’aux violences qui marquèrent la trajectoire de ces pays par le passé succède désormais un processus de désintégration sociale d’une échelle inédite. Rien n’indique que d’autres États, à commencer par l’Arabie saoudite, ne connaîtront pas un phénomène d’implosion analogue.
Au-delà de la nature de tel ou tel régime, ou de la capacité de certains groupes « primaires », tribaux ou confessionnels, de confisquer le pouvoir ou de le transformer en un cartel, ce constat reste aussi bien sans appel qu’inquiétant. En l’absence d’un nouvel imaginaire social et politique, les ingénieries géopolitiques datant du XIXe siècle, que mobilise la Russie, pas plus que celles du monde d’après le 11 septembre 2001 auxquelles ont recours les puissances occidentales, ne suffiront pas à enrayer les processus en cours, avec ses inévitables répercussions sur le plan international.

Notes
(1) Dossier « La Russie au Moyen-Orient : Le coup de poker de Poutine ? », in Moyen-Orient no 30, avril-juin 2016 ; « Moyen-Orient, Europe : nos destins liés », in Esprit, no 424, mai 2016.
(2) Dossier « Arabie saoudite : pouvoir et société au royaume Al-Saoud », in Moyen-Orient no 29, janvier-mars 2016.
(3) Tout en ayant ses propres dynamiques dans chacun des pays où il se manifeste, le conflit kurde a également une dimension régionale. L’extrême fragilisation du Kurdistan d’Irak, où le gouvernement d’Erbil est pris en otage par Ankara, et les tentations d’une partie de l’opposition, notamment Gorran (Mouvement pour le changement)  et certaines factions de l’Union patriotique du Kurdistan (UKP), de nouer une alliance avec l’Iran complexifient davantage la donne de la question kurde.
(4) Nicolas Cheviron et Jean-François Pérouse, Erdogan : Nouveau Père de la Turquie ?, Éditions François Bourin, 2016.
(5) La presse semi-officielle de l’AKP (comprenant notamment les quotidiens Akit, Yenisafak, Vahdet, Aksam et Star) assume ouvertement la politique antichiite du régime.
(6) Bernard Rougier, L’Oumma en fragments : Contrôler le sunnisme au Liban, PUF, 2011.
(7) En Irak, l’Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr, qui joua un rôle décisif dans les violences post-2003, mais semble désormais s’être soumise à l’autorité de l’Armée nationale irakienne, constitue une exception confirmant cette règle.
(8) Makram Abbès, Islam et politique à l’âge classique, PUF, 2009.

Chronologie : le Moyen-Orient en 2015-2016

Cette chronologie recense les principaux événements du 22 août 2015 au 25 mai 2016.

  • 22 août 2015  Des manifestations à Beyrouth (Liban) dénoncent l’incompétence des autorités à gérer les poubelles de la ville. Le mouvement se transforme en contestation citoyenne sous le nom « Vous puez ».
  • 4 septembre  Élections régionales et communales au Maroc : le Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste) remporte 174 sièges (sur 678) aux premières et s’impose dans les grandes villes.
  • 24 septembre  Une bousculade lors du pèlerinage à La Mecque (Arabie saoudite) cause la mort de plus de 2 400 personnes.
  • 28 septembre  La bataille de Koundouz, en Afghanistan, oppose les talibans et les forces de l’ordre, qui délogent les premiers de la ville le 13 octobre.
  • 30 septembre  La Russie s’engage militairement dans le conflit syrien aux côtés de Bachar al-Assad.
  • Octobre  Après des affrontements entre Palestiniens et forces de l’ordre israéliennes sur et autour de l’esplanade des Mosquées à Jérusalem, commence une série d’attaques à l’arme blanche.
  • 10 octobre  Un attentat à Ankara cause la mort de 102 personnes. Attribué à l’organisation de l’État islamique (EI), c’est le plus meurtrier de l’histoire de la Turquie.
  • 17 octobre  Début du processus électoral des législatives en Égypte, qui se termine le 2 décembre avec la victoire d’une majorité de députés indépendants (351 sur 596 sièges).
  • 1er novembre  Élections législatives en Turquie : le Parti de la justice et du développement (AKP) arrive en tête avec 49,5 % des voix et 317 sièges (sur 550).
  • 12 novembre  Deux attentats-suicides frappent le quartier chiite de Bourj
    el-Barajneh, à Beyrouth.
  • 24 novembre  L’aviation turque abat un bombardier SU-24 russe accusé d’avoir pénétré dans l’espace aérien de la Turquie.
    Le même jour, un attentat-suicide à Tunis fait douze morts dans un bus de la garde présidentielle.
  • 12 décembre  Élections municipales en Arabie saoudite, les premières auxquelles peuvent participer les femmes.
  • 17 décembre  En Libye, un accord signé sous l’égide de l’ONU prévoit un gouvernement d’union nationale. Fayez el-Sarraj est nommé Premier ministre le 12 mars 2016 et arrive à Tripoli le 30.
  • 2 janvier 2016  L’Arabie saoudite annonce l’exécution de 47 détenus pour terrorisme, notamment du dignitaire chiite Nimr Baqr al-Nimr. Le lendemain, après des manifestations de protestation contre cette décision, Riyad rompt ses relations diplomatiques avec l’Iran.
  • 7 février  Les dirigeants palestiniens du Fatah et du Hamas se rencontrent au Qatar pour une réconciliation nationale.
  • 26 février  Les élections législatives en Iran, dont le second tour a lieu le 29 avril, renforcent le camp des réformateurs, avec 132 sièges sur 290.
  • 2 mars  Les monarchies du Conseil de coopération du Golfe classent le Hezbollah comme « organisation terroriste ».
  • 7 mars  Assautdedjihadistescontrelesforcesdel’ordreàBen Guerdane,enTunisie.
  • 18 mars  L’Union européenne et la Turquie signent un accord pour limiter l’arrivée de migrants sur le Vieux Continent.
    En Irak, des partisans du chiite Moqtada al-Sadr manifestent contre la corruption.
  • 27 mars  L’armée syrienne reprend la ville de Palmyre à l’EI, qui l’occupait depuis mai 2015.
  • 25 avril  L’Arabie saoudite présente sa « Vision 2030 », projet d’économie postpétrolière.
  • 5 mai  Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, annonce son départ de l’AKP et de son poste. Il est remplacé, le 24 mai, par Binali Yildirim.
  • 8 mai  Municipales au Liban : des indépendants se présentent sous l’étiquette « Beirut Madinati ».
  • 16 mai  Levée de l’embargo sur les armes à destination du gouvernement d’union nationale de Libye.
  • 21 mai  Le leader des talibans en Afghanistan, Akhtar Mansour, est tué par un bombardement américain au Pakistan. Haibatullah Akhundzada lui succède.
  • 25 mai  Après un accord avec le gouvernement de Benyamin Netanyahou, l’ultranationaliste Avigdor Lieberman devient ministre de la Défense israélien.

Article paru dans Moyen-Orient n°31, juillet-septembre 2016.

À propos de l'auteur

Hamit Bozarslan

Hamit Bozarslan

Docteur en histoire et en sciences politiques, Hamit Bozarslan a été allocataire de recherche au Centre Marc Bloch (1995-1997) et « visiting fellow » à l’Université de Princeton (1998). Elu maître de conférence à l’EHESS en 1998, puis, en 2006, directeur d’études dans le même établissement, il a co-dirigé, avec Daniel Rivet et Jean-Philippe Bras, l’IISMM (Institut d’Etudes de l’Islam et des Sociétés du monde musulman) entre 2002 et 2008. Il est membre du comité de rédaction des revues Cultures et Conflits et Critique internationale et membre de la Société asiatique.

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