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La présidence Obama : bilan de huit ans à la Maison Blanche

Barack Obama quittera la Maison Blanche en janvier 2017 après huit années au pouvoir (élu en 2008 et 2012). C’est l’occasion de revenir sur les principales actions menées sous sa présidence, aussi bien sur les questions économiques et sociales que sur les résultats de sa politique étrangère. Si les analystes s’accordent sur le fait qu’il laisse un pays en meilleure santé économique qu’à son arrivée, la diplomatie fait l’objet de plus de débats.

L’élection de Barack Obama, premier président noir des États-Unis, en novembre 2008 a été un phénomène planétaire qui a cristallisé beaucoup d’espoirs de renouveau chez ses partisans, après les deux mandats du républicain George W. Bush (2000-2008). Attendu sur les questions sociales et raciales, mais aussi sur la politique extérieure où l’administration précédente avait multiplié les engagements militaires (Afghanistan en 2001, Irak en 2003), c’est néanmoins le volet économique qui a accaparé le nouveau président les jours qui ont suivi sa prise de fonction en janvier 2009. Depuis plusieurs mois, le pays était alors touché par la plus grave crise économique et financière qu’il a connue depuis le krach de 1929, détruisant des milliers d’emplois.

L’heure est donc au bilan de ces huit années au pouvoir. L’économie américaine s’est-elle redressée ? Et, plus largement, les États-Unis sortent-ils renforcés de la présidence Obama ? Le principal intéressé en est convaincu : lors de son discours sur l’État de l’Union en janvier 2016, Barack Obama a affirmé que les États-Unis étaient toujours la nation la plus puissante du monde.

Une économie relancée après la crise fiancière

En janvier 2009, l’économie américaine était en récession (- 2,8 % de croissance), tandis que le taux de chômage s’envolait (10 % à la fin de cette année-là). Selon l’organisation indépendante The Pew Charitable Trusts, cette diminution de la croissance s’est concrètement traduite par la perte de 650 milliards de dollars de PIB, entraînant la suppression de 5,5 millions d’emplois et une baisse globale du niveau de vie des Américains, dont le salaire moyen par foyer a diminué de 3 250 dollars entre 2008 et 2009 (1).

Le premier acte fort de Barack Obama s’est donc porté sur l’économie avec la mise en place d’un plan de relance massif de 787 milliards de dollars – qui a finalement avoisiné 830 milliards –, d’allégements fiscaux et d’investissements publics pour stimuler la croissance. À l’été 2016, la position économique des États-Unis est nettement meilleure avec une croissance supérieure à 2,4 % et un taux de chômage qui tombe sous la barre symbolique des 5 % grâce à la création de millions d’emplois ; une situation inédite depuis 2008 qui arrive néanmoins plus tard que les espérances de l’actuel président. En effet, si la croissance est repartie dès 2010, le taux de chômage, lui, a commencé à diminuer seulement à l’été 2011 et n’a atteint l’objectif des 8 % qu’à l’été 2012, soit deux ans plus tard que prévu.

Mais ces chiffres positifs en fin de second mandat ne doivent pas masquer la fragilité de la situation économique américaine, car depuis trois ans, le taux de pauvreté stagne. En 2015, selon les derniers chiffres officiels, 14,8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté – moins de 23 834 dollars de revenus annuels pour une famille de quatre personnes –, soit 46,7 millions d’Américains, dont 15 millions d’enfants et 5 millions de retraités. Une situation préoccupante qui a incité l’administration Obama à s’engager pour une réévaluation à la hausse du salaire minimum, fixé à 7,25 dollars de l’heure. En 2013, le président a ainsi soutenu un projet de loi (Minimum Wage Fairness Act) visant à augmenter le taux horaire à 10,10 dollars minimum ; à la rentrée 2016, il était encore bloqué au Congrès, où les républicains sont en majorité (233 sur 435 à la Chambre des représentants et 54 sur 100 au Sénat).

Une situation sociale fragile

Le Patient Protection and Affordable Care Act, plus couramment appelé « Obamacare », restera l’une des mesures les plus emblématiques de la présidence Obama. Votée en mars 2010, mais entrée en vigueur en octobre 2013, cette réforme permet à des millions d’Américains de souscrire à un contrat d’assurance maladie autrefois refusé par les compagnies privées en raison d’un manque de solvabilité ou d’une santé jugée à risque. Depuis, 20 millions d’Américains bénéficient d’une couverture médicale, faisant tomber la part de la population non assurée pour la première fois sous la barre des 10 % (9,1 %). En 2010, ce taux était de 16 % (cf. documents).

Si la mesure est un progrès sur le plan social, elle a néanmoins un coût pour les assureurs. Selon la Blue Cross Blue Shield Association, organisme rassemblant plusieurs compagnies, le profil de santé des personnes souscrivant à l’« Obamacare » est plus mauvais que la moyenne : celles-ci reçoivent donc plus de soins et de médicaments que celles couvertes par leurs entreprises, entraînant une augmentation des dépenses de santé (de 19 % en 2014 à 22 % en 2015). Dans ce contexte, certains assureurs envisagent de multiplier les contrôles préventifs, voire de stopper les ventes de ces contrats d’assurance.

L’accès à une protection médicale universelle est une victoire forte pour le Parti démocrate, cette revendication ayant suscité des débats durant tout le XXe siècle. Jusqu’en 2010, les États-Unis étaient le seul pays occidental à ne pas en proposer à ses citoyens, et l’administration Obama a dû faire des concessions face aux pressions des élus républicains les plus libéraux, convaincus que la santé devait rester une affaire personnelle, donc privée et obéissant aux lois du marché.

Reste la question raciale. Depuis l’été 2014 et la mort de Michael Brown, le nombre de Noirs tués par des policiers ne cesse d’augmenter dans le pays (306 en 2015, 195 à l’été 2016). Malgré certains efforts, comme la réforme de la justice qui réduit les peines de prison d’une partie de la population carcérale, composée à 37,8 % de Noirs (août 2016) alors que ceux-ci ne représentent que 13 % de la population totale, ou la nomination à des postes symboliques de personnalités afro-américaines (Loretta Lynch est procureur générale), la question de la discrimination raciale n’a pas été véritablement traitée par le président.

Succès et échecs de la politique étrangère

Sur la scène internationale, Barack Obama a pris ses fonctions avec la promesse de mettre un terme aux longues et coûteuses guerres qui ont marqué la présidence de son prédécesseur. Mais face aux évolutions géopolitiques, il a quelque peu modifié ses ambitions. Ainsi, malgré l’opération contre Oussama ben Laden en mai 2011, Barack Obama n’a pas mis fin aux conflits engagés par George W. Bush. En Afghanistan, l’ennemi s’est révélé plus résistant que prévu, expliquant le maintien de 8 400 soldats jusqu’à la fin du mandat présidentiel en janvier 2017. En Irak, malgré le retrait de l’intégralité des militaires en décembre 2011, le développement de l’organisation de l’État islamique (EI ou Daech) dans le pays a justifié le renvoi d’environ 5 000 hommes pour conseiller et entraîner les forces gouvernementales irakiennes. Et au Yémen, en Somalie ou au Pakistan, le président Obama a intensifié les opérations « chirurgicales », s’appuyant sur des unités spéciales et des drones, minimisant ainsi les coûts humains. Les États-Unis se sont en outre engagés dans deux nouveaux conflits, en Libye et en Syrie, répondant à la menace croissante que fait peser l’EI sur ces deux pays, mais écartant toute intervention au sol.

L’un des marqueurs de la politique étrangère de Barack Obama reste néanmoins sa volonté de dialoguer avec les adversaires des États-Unis. Ainsi l’on retiendra son discours du Caire, en juin 2009, pour relancer le dialogue avec le monde islamique sans pour autant faire preuve de faiblesse à son égard, comme en témoignent le maintien du régime de sanctions contre l’Iran, conduisant, à l’été 2015, à l’accord de Vienne sur le nucléaire, et de relations avec des régimes alliés mais ennemis entre eux (Arabie saoudite et Israël). De même, la normalisation des relations avec Cuba en décembre 2014 fut un moment historique.

Regard vers l’Asie

Enfin, la présidence Obama semble avoir dessiné la nouvelle grande orientation stratégique du pays en annonçant, en novembre 2011, un pivotement de sa politique étrangère vers l’Asie, avec l’ambition affichée de contenir la puissance chinoise. Les États-Unis ont ainsi renforcé leur présence militaire dans le Pacifique avec l’objectif, d’ici à 2020, de concentrer dans la région 60 % des capacités de l’armée de l’air et de la marine américaine. Plus qu’une simple démonstration de force, cette stratégie repose également sur la consolidation des relations bilatérales avec les voisins de la Chine en matière de politique sécuritaire et commerciale. Ainsi, le Partenariat transpacifique (TPP) a été signé fin 2015 entre les États-Unis, le Japon, le Vietnam, l’Australie, le Chili, le Pérou, le Mexique et le Canada afin d’organiser un grand traité de libre-échange.

Le bilan des huit années de Barack Obama passées à la Maison Blanche est globalement positif, avec un pays dans un état économique meilleur qu’en 2008. Néanmoins, les défis que traverse la société et auxquels devra faire face le prochain locataire du Bureau ovale sont nombreux : inégalités croissantes et pauvreté, contrôle des armes à feu, immigration, guerre civile en Syrie…  

Note
(1) Phillip Swagel, The Cost of the Financial Crisis: The Impact of the September 2008 Economic Collapse, The Pew Charitable Trusts, 28 avril 2010. Téléchargeable sur : www.pewtrusts.org/en/research-and-analysis/reports/2010/04/28/the-impact-of-the-september-2008-economic-collapse

Article paru dans Carto n°38, novembre-décembre 2016.

À propos de l'auteur

David Amsellem

David Amsellem

David Amsellem est docteur en géographie et géopolitique. Il a pour domaines de prédilection les questions d’aménagement urbain, de transports publics et de gestion des ressources énergétiques, en particulier au Proche et au Moyen-Orient. Grâce à ses années d'expérience comme consultant indépendant pour des entreprises et groupes multinationaux, il a développé l’approche géographique et cartographique dans l’analyse des conflits et des risques pays et créé le cabinet de conseil Cassini.

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