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Présidentielle 2017 – Défense : les réponses de François Fillon

François Fillon, candidat LR de la présidentielle 2017.
François Fillon (DR).
Entretien sur les questions de défense avec François Fillon, candidat Les Républicains à l’élection présidentielle de 2017 (*)

Les engagements opérationnels et diplomatiques des armées sont nombreux et celles-ci se heurteront, durant le quinquennat, aux défis des renouvellements de la dissuasion, des capacités conventionnelles et de la structure de forces. Comptez-vous lancer, une fois entré en fonction, un exercice de type « livre blanc » ?

Depuis le livre blanc de 2013, la menace s’est intensifiée et diversifiée, mais elle n’a pas fondamentalement changé. Les conflits asymétriques liés au terrorisme, tout comme la nécessité de conserver nos capacités de combat de haute intensité, avaient été identifiés par ses rédacteurs. Il ne sera donc pas nécessaire de rédiger un nouveau livre blanc, mais plutôt de donner à nos armées les moyens d’accomplir leurs missions.

Une nouvelle loi de programmation militaire sera nécessaire pour l’après-2019. Or les 2 % du PIB consacrés à la défense, dont il est fréquemment question, représentent, pour certains observateurs, « un plancher plutôt qu’un plafond ». Comptez-vous accroître le budget de défense et, si oui et compte tenu de la dette et de la dépense publiques, comment allez-vous faire ?

Plus qu’un plancher ou un plafond, les «2%», c’est-à‑dire la norme OTAN, sont un objectif sur l’effort à fournir. Mon projet pour la défense consiste, pour le volet budgétaire, à la fois à sécuriser les engagements du gouvernement actuel, qui présentent des incertitudes lourdes, et à remonter en puissance avec cet objectif de 2%.

Les volumes de forces disponibles dans les trois armées sont historiquement bas, qu’il s’agisse de régiments de mêlée, d’avions de combat ou de bâtiments de combat principaux. Faut-il remonter en puissance ?

Les effectifs doivent être stabilisés. En particulier la force opérationnelle terrestre à son niveau actuel de 77000. L’objectif, dans le cadre d’une diminution des effectifs de «Sentinelle» le moment venu, est de redonner à nos forces le temps de s’entraîner et de se régénérer. Car la vocation des armées est de se préparer à intervenir à l’extérieur. Concernant les matériels, plusieurs programmes d’armement majeurs sont en cours, en particulier pour renouveler les véhicules de l’armée de Terre ou encore les frégates de premier rang. Dès mon entrée en fonction, j’engagerai une revue stratégique destinée à identifier les trous capacitaires qu’il nous faudra combler. Il nous faut remettre en adéquation le contrat opérationnel et les moyens alloués à nos troupes.

Les armées sont fortement engagées : réassurance à l’Est, opérations en Afrique et au Levant, « Sentinelle » sur le territoire national, opérations en haute mer et sur le deuxième domaine maritime mondial, posture permanente aérienne, dissuasion, diplomatie de défense. Faut-il réduire le nombre de missions ? « Sentinelle » doit-elle être maintenue sous sa forme actuelle ou sous une forme adaptée ?

Il est clair que chacune des missions confiées à nos armées devra être réexaminée. On ne peut tenir pour acquises les opérations, qu’elles soient extérieures ou intérieures. Dans la bande sahélo-saharienne, par exemple, l’armée française fait un énorme travail pour préserver la stabilité de la région. J’ai pu le constater en me rendant sur place au mois de décembre. Mais nous ne pourrons pas assumer seuls cet effort qui profite notamment à l’ensemble de nos partenaires européens. C’est la raison pour laquelle je propose une mutualisation des dépenses liées aux opérations extérieures au niveau européen. Concernant «Sentinelle», je l’ai dit : nos soldats ont vocation à se préparer à combattre à l’extérieur. Le déploiement de militaires sur le territoire était nécessaire au moment où il a été décidé, bien que la sécurité intérieure soit naturellement de la compétence des forces de police, de gendarmerie et de la réserve opérationnelle, que je souhaite voir monter en puissance.

Une interview publiée en janvier dans nos pages montre d’une manière parfois crue la réalité de la réserve opérationnelle. Quelle vision avez-vous pour les dispositifs comme la réserve opérationnelle ou la Garde nationale ?

La réserve opérationnelle est d’abord l’incarnation par excellence du lien Armée-Nation. Elle est, et doit être encore plus, un moyen pour les Français de s’engager et de mettre leurs compétences au service de la défense de leur pays. Je renforcerai les effectifs et améliorerai l’emploi de cette force de réserve, afin notamment qu’elle prenne une part beaucoup plus importante à la sécurisation de notre territoire.

L’OTAN et l’Union européenne sont deux des plus importants piliers de la sécurité européenne. Quelle sera votre attitude à leur égard ? Faut-il renforcer le poids de l’OTAN et/ou pousser au développement d’une défense européenne ? Dans ce dernier cas et compte tenu du grand nombre de forces bi/multinationales déjà existantes, comment procéder ?

Dans le monde tel qu’il se dessine, nous ne pouvons pas présumer de la politique étrangère des États-Unis et donc de la capacité de l’OTAN à assurer la sécurité de ses États membres à l’avenir. Il nous faut donc avancer dans la construction d’une défense européenne. Je propose d’aller vers une véritable alliance européenne de défense, en mutualisant le financement des opérations extérieures.

La Chine a une attitude révisionniste en mer de Chine méridionale. Actuellement, notre présence militaire dans la région est épisodique dès lors qu’elle n’est pas prioritaire selon les deux derniers livres blancs. Faut-il être plus présent dans la zone ?

La France doit regarder de près la situation en mer de Chine, tout autant pour veiller au respect du droit que parce qu’elle a des intérêts importants à proximité, où se trouve la majeure partie de sa zone économique exclusive. Nous devons donc être en mesure de déployer navires et aéronefs dans cette région. Cependant, là encore, nous devons susciter une action coordonnée au niveau européen. L’Europe, pas plus que la France, ne peut se désintéresser de cette région où les enjeux sont majeurs.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 22 février 2017

(*) Pour en savoir plus sur notre démarche et notre dossier « présidentielle 2017 », cliquez ici.

Article paru dans DSI n°128, mars-avril 2017.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC.

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