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Présidentielle 2017 – Défense : les réponses de Marine Le Pen

Marine Le Pen candidate du Front national à l'élection présidentielle de 2017
Marine Le Pen (DR)
Entretien sur les questions de défense avec Marine Le Pen, candidate du Front national à l’élection présidentielle de 2017 (*)

Les engagements opérationnels et diplomatiques des armées sont nombreux et celles-ci se heurteront, durant le quinquennat, aux défis des renouvellements de la dissuasion, des capacités conventionnelles et de la structure de forces. Comptez-vous lancer, une fois entrée en fonction, un exercice de type « livre blanc » ?

Absolument, et pour une raison très simple, c’est que le livre blanc actuel ne répond pas aux ambitions que je nourris pour la France. Il date de 2013 et sert de socle à la définition des grandes orientations stratégiques pour notre défense. Concrètement, il sous-formate nos armées et ne nous permet ni de répondre aux nouvelles menaces ni de défendre convenablement nos intérêts, notamment dans le domaine de la mer, alors que je rappelle que la France dispose désormais du premier espace maritime mondial. Un nouveau livre blanc  apparaît donc indispensable pour repenser et « remuscler » considérablement nos armées. Il se justifiera d’autant plus que l’effort budgétaire que je consacrerai à la défense sera sans précédent. Je l’ai dit dans mon discours de lancement de ma candidature à Lyon, le 5 février, nous nous réarmerons sans complexe.

Une nouvelle loi de programmation militaire sera nécessaire pour l’après-2019. Or les 2 % du PIB consacrés à la défense, dont il est fréquemment question, représentent, pour certains observateurs, « un plancher plutôt qu’un plafond ». Comptez-vous accroître le budget de défense et, si oui et compte tenu de la dette et de la dépense publiques, comment allez-vous faire ?

Mon objectif, à l’horizon de la fin du quinquennat, est de consacrer 3 % du PIB à la défense nationale. Dès 2018, le budget de la défense passera à 2 % du PIB et je sanctuariserai ce plancher en l’inscrivant dans la Constitution. En effet, cette réforme sera incluse dans le grand référendum constitutionnel que j’entends organiser dans les premiers mois de mon mandat pour revivifier nos institutions. Je suis la seule à m’engager sur une vraie sanctuarisation du budget de la défense, car je refuse que nos armées soient une variable d’ajustement budgétaire alors qu’il en va de notre sécurité collective.

Les volumes de forces disponibles dans les trois armées sont historiquement bas, qu’il s’agisse de régiments de mêlée, d’avions de combat ou de bâtiments de combat principaux. Faut-il remonter en puissance ?

Bien entendu, d’où un nouveau livre blanc, précisément pour définir ce nouveau format d’armée et tracer la répartition des moyens nouvellement sanctuarisés pour le réaliser. Concrètement, il faudra considérablement renforcer notre flotte de combat, lancer immédiatement la construction d’un second porte-avions, créer une flotte de patrouilleurs hauturiers, reconstituer de nouveaux escadrons aériens, combler les carences capacitaires (notamment en matière de projection aérienne et de ravitaillement), ramener les effectifs de l’armée de Terre au moins à leur niveau de 2007, augmenter le nombre d’hélicoptères de combat et de véhicules blindés lourds et légers, améliorer le taux de maintien en condition opérationnelle de l’ensemble des matériels de nos armées, développer fortement nos moyens militaires spatiaux, notamment pour les besoins du renseignement, etc. En termes de format, seule notre force de dissuasion nucléaire restera inchangée ; elle sera pérennisée.

Pour atteindre ces objectifs, répondre aux besoins de nos armées et garantir notre indépendance stratégique, il faudra par ailleurs s’assurer qu’il existe une offre industrielle française dans l’ensemble des domaines de la défense. Je n’admets pas, par exemple, que les nouveaux fusils d’assaut de nos soldats soient allemands et non français, alors qu’il s’agit de l’arme de base du combattant. De même, il est scandaleux que la plupart de nos munitions et de nos corps de bombe soient importés de l’étranger et non plus fabriqués en France, alors que de ces éléments ne dépend rien de moins que la puissance de feu de nos armées.

Les armées sont fortement engagées : réassurance à l’Est, opérations en Afrique et au Levant, « Sentinelle » sur le territoire national, opérations en haute mer et sur le deuxième domaine maritime mondial, posture permanente aérienne, dissuasion, diplomatie de défense. Faut-il réduire le nombre de missions ? « Sentinelle » doit-elle être maintenue sous sa forme actuelle ou sous une forme adaptée ?

Il faudra regarder théâtre d’opérations par théâtre d’opérations. Vous le savez, j’ai soutenu la décision du président Hollande d’intervenir au Mali ; il faudra donc maintenir notre engagement militaire au Sahel et soutenir les pays africains qui, souverainement, solliciteront notre aide en matière militaire, notamment pour lutter contre le terrorisme. Dans le même temps, j’ai indiqué que notre politique de coopération avec l’Afrique devra à l’avenir s’organiser autour d’axes prioritaires, dont le renforcement des capacités de défense des pays concernés.

Au Levant, nous avons actuellement des troupes au Liban, sous mandat de l’ONU, et nous continuerons à honorer ce mandat. Pour le reste, je ne lancerai pas la France dans des conflits qui ne sont pas les siens. La lutte contre le terrorisme doit être la priorité des priorités et nous agirons conformément à cet objectif sécuritaire impérieux. Nous coopérerons donc avec tous les acteurs régionaux qui luttent contre le terrorisme et nous ne nous lancerons pas dans des opérations militaires insensées pour renverser des régimes et laisser ensuite la place au chaos islamiste et donc au terrorisme.

Enfin, sur l’opération « Sentinelle », tant qu’elle sera nécessaire, elle devra être maintenue, mais le plus sûr moyen qu’elle ne dure pas éternellement c’est évidemment d’éradiquer la menace terroriste. D’où la politique globale que je propose et qui ne concerne pas seulement l’action de nos armées à l’étranger, mais aussi celle de nos forces de l’ordre et de nos services de renseignement sur le territoire national. Cela suppose également une politique de lutte sans faille contre le fondamentalisme islamique.

Une interview publiée en janvier dans nos pages montre d’une manière parfois crue la réalité de la réserve opérationnelle. Quelle vision avez-vous pour les dispositifs comme la réserve opérationnelle ou la Garde nationale ?

Je suis tout à fait favorable à ces dispositifs qui contribuent à renforcer le lien Nation-défense. En outre, ils sont absolument nécessaires pour soulager les forces opérationnelles dans les périodes d’intense mobilisation, c’est-à-dire presque tout le temps ces dernières années si l’on regarde le nombre d’opérations extérieures dans lesquelles nos armées sont engagées et les missions liées à l’opération « Sentinelle ».

Je profite également de votre question pour introduire une autre de mes propositions présidentielles : étendre à la métropole le Service Militaire Adapté (SMA) qui existe déjà en outre-mer et qui permet à des jeunes, souvent décrocheurs du point de vue scolaire, sans formation professionnelle valorisable, de retrouver, au contact de l’armée, une certaine rigueur, une certaine discipline et de recevoir une formation adaptée aux besoins de l’économie locale, bref de se réinsérer pleinement dans la société. En ce domaine, l’apport de l’armée est proprement inestimable.

L’OTAN et l’Union européenne sont deux des plus importants piliers de la sécurité européenne. Quelle sera votre attitude à leur égard ? Faut-il renforcer le poids de l’OTAN et/ou pousser au développement d’une défense européenne ? Dans ce dernier cas et compte tenu du grand nombre de forces bi/multinationales déjà existantes, comment procéder ?

L’OTAN est une organisation dont la raison d’être (l’URSS) n’existe plus. Certains voudraient l’utiliser aujourd’hui contre la Russie alors que ce pays devrait être considéré davantage comme un partenaire stratégique, notamment dans la lutte contre le terrorisme, que comme un ennemi potentiel.

Si les Français me portent aux responsabilités, je quitterai le commandement intégré, comme l’a fait en son temps le général de Gaulle. Je refuse en effet que la France soit embarquée dans des guerres qui ne sont pas les siennes, comme je refuse que notre pays puisse être entravé de quelque manière que ce soit dans la défense de ses intérêts.

Quant au développement d’une défense européenne, s’il s’agit de tendre vers une armée européenne, alors c’est un « non » catégorique. S’il s’agit de monter des structures de commandement pour faciliter la coopération militaire sur le terrain entre des pays européens redevenus souverains, oui, mais comme cela a toujours été le cas. Je ne considère pas qu’il faille pousser plus avant la défense européenne. L’Europe, en tant que continent, sera mieux protégée si chacun des pays qui la composent assume un effort national de défense à la hauteur de ses moyens. Pour la France, je vise l’autonomie capacitaire de nos armées, qui est le pendant de notre autonomie politique. Mon projet pour les armées répond à cet objectif et je n’entends pas dépendre de nos alliés.

La Chine a une attitude révisionniste en mer de Chine méridionale. Actuellement, notre présence militaire dans la région est épisodique dès lors qu’elle n’est pas prioritaire selon les deux derniers livres blancs. Faut-il être plus présent dans la zone ?

La France ne se mettra pas dans la situation de faire de la Chine un adversaire militaire. Il n’est donc pas question d’envenimer une situation déjà très tendue en déployant des moyens militaires dans cette région. Au contraire, le rôle de la France, au vu de son histoire, doit être d’assurer la continuité d’un dialogue entre les puissances régionales et d’éviter une escalade militaire entre la Chine et les États-Unis, qui serait catastrophique pour le monde entier.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 13 février 2017

(*) Pour en savoir plus sur notre démarche et notre dossier « présidentielle 2017 », cliquez ici.

Article paru dans DSI n°128, mars-avril 2017.

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC.

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