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La complainte du chercheur

Pour la première fois de ma vie, j’ai malmené un journaliste qui me demandait mon avis sur la récente attaque terroriste de Manchester. Gentiment et non sans lui dire que je devais ressembler à un donneur de leçon prétentieux, mais malmené tout de même. En quelques secondes, la moutarde m’est montée au nez au rythme de ses questions : « que sait-on, que ne sait-on pas » ? « Pourquoi une assemblée d’adolescents, cela a-t-il quelque chose à voir avec la chanteuse » ? « Pourquoi maintenant » ? « Est-ce normal d’utiliser une bombe » ?

Je lui ai d’abord répondu, un peu moqueur, que les Tigres tamouls, les Tupamaros, AQPA ou les anarchistes du 19ème siècle, étaient coutumiers de l’usage de bombes.

Je lui ai répondu que je ne répondrai pas. Je lui ai répondu que, sur ce que l’on savait – ou pas – la police de Manchester ou les renseignements britanniques en savaient certainement plus que lui et moi réunis.

Je lui ai aussi dit, peut-être un peu brutalement, que ses questions n’étaient pas pertinentes. Que, depuis 16 ans, j’entendais les mêmes – auxquelles on ne peut trouver de réponse immédiatement. Que, soumise à l’immédiat-cratie, la presse généraliste tournait en rond. Et qu’elle ne parvenait pas, du coup, à donner du sens, à expliquer, à mettre en perspective. Qu’à faire intervenir des spécialistes non pas sur leur spécialité, mais sur un bref résumé du connu et du pas connu, elle finissait non seulement par se couper d’une source de savoirs ; mais aussi des gens les plus pertinents.

Donc, j’ai fini par lui dire que les questions micro-techniques cachaient des questions stratégico-politiques bien plus importantes ; qu’elles seules étaient capables de donner du sens précisément parce que l’on n’a alors plus le nez collé à l’évènement. Que les réponses à ces questions-là permettraient sans doute de répondre bien mieux à l’ennemi et à la menace que n’importe quelle opération Sentinelle. Mais qu’il ne fallait pas s’attendre à des réponses en moins de deux minutes ; ni même a des réponses tout court.  

Et lorsqu’il m’a posé la question de savoir « quel ennemi, parce que l’opération n’avait pas été revendiquée ? » j’ai su que, définitivement, on avait loupé quelque chose et que j’avais du mal m’exprimer. 

J. Henrotin

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