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Etats baltes : une délicate montée en puissance

Mis sous pression par la crise ukrainienne, les Etats baltes connaissent un processus de modernisation de leurs forces appuyé par les membres de l’OTAN. Mais ces forces reviennent également de loin : elles ont littéralement été construites depuis 1991, sachant que les dépenses de défense n’ont pas nécessairement été une priorité des différents gouvernements.

Annexés par l’URSS en 1940, les Etats baltes ont formellement exprimé leur volonté d’indépendance lors de referendums en février-mars 1991[1], quelques semaines après une intervention des troupes du ministère soviétique de l’intérieur qui fera 15 morts. La déclaration formelle d’indépendance sera proclamée en août de la même année, dans la foulée de la tentative de coup d’Etat contre M. Gorbatchev. Le 4 septembre, Moscou reconnaissait leur souveraineté, un certain nombre d’accords étant signés dans la foulée. Ainsi, une présence russe au radar de Skrunda (Lettonie) sera acceptée, le retrait des forces de Moscou intervenant en 1998[2]. Assez rapidement, Talinn, Vilnius et Riga intègrent l’architecture européenne de sécurité. Ces capitales expriment rapidement leur désir de rejoindre l’OTAN et sont parmi les premières à intégrer le partenariat pour la paix, en 1994 – en même temps que la Russie. En juin de la même année, ils sont partenaires associés de l’Union de l’Europe Occidentale. Il faut cependant attendre 10 ans pour qu’ils rejoignent formellement l’OTAN.

Le cadre sécuritaire

La nouvelle est accueillie froidement par Moscou, qui voit une deuxième vague, après celle de 1999, d’extension de l’OTAN à l’est. Cependant, contrairement à ce qui est souvent affirmé, aucun accord n’a jamais été pris pour que cette extension n’ait pas lieu – il eut d’ailleurs été discutable d’un point de vue légal[3]. Au contraire, la Russie a été associée aux deux élargissements : dès 1997 était signé un acte fondateur des relations, suivi en 2002 de la mise en place d’un Conseil OTAN-Russie. Mieux encore, l’acte de 1997 évoque clairement un espace unifié de sécurité collective et de démocratie. Dans pareil cadre, le processus d’adhésion des Etats baltes à l’OTAN apparaît tout au plus comme une garantie de sécurité sur le long terme – et plus largement comme un élément d’intégration européenne – et non comme une bravade à l’égard de Moscou. Il n’en demeure pas moins que l’intervention otanienne au Kosovo, en 1999, cristallise les craintes russes d’une mainmise de l’OTAN sur la sécurité européenne, nonobstant la conduite de négociations, tant avec la Serbie qu’avec la Russie

De fait, la logique des accords de 1997 et de 2002 est celle d’un dialogue ; et non d’une co-administration sécuritaire de l’Europe comportant des mécanismes de veto, par exemple. Les effets de la combinaison entre guerre du Kosovo et élargissement de l’OTAN – qui se produisent pratiquement au même moment – ne tardent pas à se traduire dans la doctrine de sécurité nationale russe, qui envisage, dès 2001, l’OTAN comme le principal adversaire de la Russie. Pour les Etats baltes, leur proximité avec la Russie implique alors de considérer l’OTAN non plus seulement comme un facteur d’intégration à l’architecture de sécurité européenne, mais bien comme une garantie de sécurité à court terme. Mais la mise en place des forces des trois Etats se heurte à plusieurs obstacles.

Le premier est la démographie : ce sont de petits Etats, la Lituanie étant la plus peuplée avec 3,5 millions d’habitants. Le deuxième est économique. Si les Etats baltes comptaient parmi les régions les plus riches de l’URSS, le processus de modernisation économique a été considéré comme prioritaire – il donnera par ailleurs d’excellents résultats – les forces armées passant au second plan. La situation était d’autant plus délicate à gérer que les forces russes n’ont laissé, en quittant les pays, que très peu de matériels mais aussi que des tensions ont pu se manifester au sein de la minorité russe – 33 % en Lettonie[4]. Les trois Etats se sont ainsi tournés vers les Etats-Unis pour le processus de construction de leurs forces et ont rapidement envisagé des coopérations en matière de défense. Pour autant, leurs trajectoires politiques historiques respectives sont telles qu’ils ressortent d’identités bien spécifiques. La Lituanie a été puissante au Moyen Âge et est historiquement proche de la Pologne. L’Estonie l’est de la Finlande. La sociologie religieuse diffère également : si la Lituanie est à dominante catholique, les deux autres sont à dominante protestante luthérienne. In fine, les cultures stratégiques nationales sont assez disparates[5].

La reconstruction des forces terrestres

Il n’en demeure pas moins que la trajectoire de la construction de leurs armées sera relativement similaire. Dans les trois cas, le principe fondamental est celui de l’autodéfense, y compris par maillage territorial et en s’appuyant le cas échéant sur des corps de garde nationaux ou assimilés (comme la ligue de défense estonienne). Ce positionnement général n’exclut pas les opérations expéditionnaires parfois lourdes. L’Estonie a ainsi engagé des troupes dans les Balkans de même que 150 combattants en Afghanistan. Elle s’est également engagée dans des opérations de maintien de la paix. Actuellement, une cinquantaine d’Estoniens sont engagés en République Centre-Africaine. La Lituanie a quant à elle dirigé une Provincial Reconstruction Team (PRT) en Afghanistan. Si les opérations expéditionnaires ont pu focaliser l’attention des décideurs militaires, la guerre de Géorgie, en 2008 a, à nouveau, impliqué de se re-focaliser sur la défense territoriale, tendance amplifiée par la crise ukrainienne.

Ainsi, si le service militaire avait été abandonné afin de favoriser la professionnalisation, il a été réintroduit en Lituanie en 2011, de manière à ce qu’un tiers des forces soient composées d’appelés en 2017. Le service militaire reste obligatoire en Estonie mais les forces lettones sont à présent professionnalisées. Reste également que le processus de reconstruction des forces n’a pas été une mince affaire. Soutenu par les Etats-Unis, il a pu s’appuyer sur l’achat de matériels d’occasion largement disponibles sur le marché européen dans les années 1990. Cette logique a perduré dans les années 2010 : la plupart des récentes acquisitions s’est effectué d’occasion. Au-delà, la focalisation première de ces armées se produit sur l’infanterie. Jusque récemment, les moyens en termes d’appui – notamment d’artillerie – étaient limités. Bien équipées, les infanteries baltes sont aussi naturellement rustiques du fait même des conditions climatiques. Elles ont également bénéficié d’achats de véhicules bien adaptés aux conditions topographiques locales, comme les Bv-206 et XA-180/188. Peu blindés, ils sont toutefois très mobiles et seraient utiles en tant que « bases logistiques » aux combattants déployés.

Un autre aspect rassemblant ces armées touche aux troupes de reconnaissance, à pieds ou montées sur Humvee, et abondamment dotées en armement antichar. La logique retenue confine aux « chasseurs » scandinaves, légers, vivant sur le terrain et devant harceler l’adversaire. De facto, les chars de bataille sont absents des ordres de bataille balte – à l’exception anecdotique de trois T-55 lettons utilisés pour l’entraînement – la logique stratégique retenue étant celle d’un combat retardateur dans l’attente d’un déploiement des forces de l’OTAN. Incidemment, les appuis d’artillerie étaient essentiellement limités à l’usage de mortiers, seule l’Estonie disposant pour l’heure de canons de 155 mm. Pour autant, ces derniers mois ont vu l’évolution du modèle de défense des Etats baltes. Si la logique d’un combat de retardement est maintenue, le renforcement est non seulement spectaculaire mais montre aussi un double mouvement d’accroissement de la puissance de feu et d’un changement d’optique dans l’utilisation de l’infanterie.

L’achat par la Lituanie de 21 PzH-2000 de 155 mm à l’Allemagne montre ainsi un accroissement notable des capacités d’artillerie à longue portée. Jusque là, seuls des canons de 105 mm étaient disponibles. L’achat se double par ailleurs d’une modernisation devant impliquer l’installation de systèmes infocentrés. En Estonie, 44 CV9035 vont être reçus des Pays-Bas, orientant clairement les forces terrestres vers une logique de combat mécanisé. Cette même logique est également à l’œuvre en Lituanie, dont le gouvernement a donné son feu vert à l’achat de blindés lourds Boxer dotés de la même tourelle abritant un canon de 30 mm que celle du Puma allemand. La tourelle serait par ailleurs dotée d’un lanceur de missile antichar Javelin. Pour l’heure, les négociations sont toujours en cours et le contrat n’a pas encore été signé. A priori, les engins remplaceraient les M-113 actuellement en service. La Lettonie se distingue quant à elle de cet alourdissement, en s’étant porté acquéreuse de 123 engins de la famille CVR(T) d’occasion au Royaume-Uni. La logique est ici de favoriser la manœuvre comme facteur de protection.

La faible taille des armées des trois pays impose également de développer les coopérations entre elles. C’est l’objet du BALTBAT, mis en place en 1994 et d’abord destiné à la conduite d’opérations de maintien de la paix, chaque pays fournissant une compagnie. Concrètement, il a surtout servi de cadre de coopération commun entre les armées, tout en recherchant une interopérabilité avec l’OTAN. Sa mission ne fut donc pas anecdotique, même si l’attention des trois Etats ne se porte plus guère sur le maintien de la paix. Un projet de système commandement et de contrôle a également vu le jour : le BALTCCIS (Baltic Command, Control and Information System) a été développé par la force aérienne allemande et est opérationnel depuis 2003. La Suède a quant à elle aidé à la mise en place de BALTMED, destiné à la formation des personnels médicaux des trois armées.

Au titre des coopérations de défense, il faut par ailleurs mentionner le Baltic Defense College, école de guerre tri-nationale basée à Tartu dont la première promotion a été brevetée en juin 2000 et qui a été en partie financée par des membres de l’OTAN mais aussi la Suisse et la Suède. Par ailleurs, une brigade tri-nationale a été mise en place entre l’Ukraine, la Pologne et la Lituanie (LITPOLUKRBRIG), dont le principe avait été acté en 2007 mais qui n’avait guère connu de développements, avant que la crise ukrainienne ne relance l’initiative, aboutissant sur un accord signé le 19 septembre 2014. Concrètement, l’unité devrait à terme atteindre les 4 500 hommes et aurait son quartier général à Lublin (Pologne), le mémorandum technique la concernant ayant été signé en juillet 2015, dans l’optique d’une pleine capacité opérationnelle en 2016. Chaque pays y affecterait un bataillon d’infanterie restant basés dans leurs pays respectifs. 

Une (contre) stratégie aérienne ?

Dans les trois cas de figure, les annonces effectuées sont la conséquence d’une nette augmentation des budgets de défense. Certes, ils n’étaient pas bien élevés ; mais l’ampleur des accroissements est notable. La seule Lituanie a ainsi vu son budget s’accroître de 32 % entre 2014 et 2015 (12 % pour la Lettonie). De nouvelles hausses sont attendues : de facto et à l’exception de l’Estonie, les Etats baltes sont encore loin d’atteindre les 2 % du PIB consacrés à la défense : en 2015, la Lettonie ne consacrait ainsi qu’un pourcent de son PIB aux missions de défense, contre 1,2 pour la Lituanie. Les deux Etats estiment cependant qu’ils auront atteint ce seuil d’ici 2020. Il est donc probable que de nouveaux achats devraient se succéder. Parmi les nombreux domaines susceptibles d’évoluer, celui de la défense aérienne semble être celui appelé à connaître les développements les plus nets. Certes, le Baltic Air Policing assure les missions de police du ciel depuis 2004, mais les forces qui y sont affectées restent peu volumineuses.

Historiquement, quatre appareils sont basés à Siauliai (Lituanie) mais la crise en Ukraine a porté ce nombre à 12 puis à 16 appareils, Amari (Estonie) étant ensuite ouverte, de même que Malbork (Pologne). Depuis septembre, le dispositif a été réduit à huit appareils. De facto, les conditions d’une guerre aérienne dans la région semblent complexes. La disposition par la Russie de missiles SA-21 à longue portée et la possibilité de leur utilisation – notamment depuis Kaliningrad – réduirait la liberté de manœuvre des appareils de l’OTAN. De même, les bases de Siauliai et Amari ne disposent pas de hangarettes et les appareils qui y seraient basé seraient d’autant plus vulnérables que les bases sont à portée des missiles sol-sol russes[6]. Pareil cadre n’est guère favorable au développement de forces aériennes dans les Etats baltes qui, de facto, sont limitées à des missions de soutien, de transport léger et de recherche et sauvetage.

Par contre, les trois Etats ont cherché à disposer de capacités de détection et de défense aérienne. La Lettonie a ainsi acheté trois MPQ-64 Sentinel – destiné à la détection aérienne à courte portée – a par ailleurs mis en service un TPS-117 en 2003. La Lituanie achetait en 2004 trois TRML-3D mobiles, trois autres radars ayant été commandés en 2014 afin de remplacer de vieux systèmes d’origine soviétique. L’Estonie a récemment acheté des Ground Master 403, en plus de Giraffe. L’ensemble a intégré le réseau BALTNET, qui permet une surveillance commune des espaces aériens au travers du Regional Air Space Surveillance Coordination Centre (RASSCC), lancé en 2000 – les négociations ayant été entamée dans les années 1990 – et qui voit des opérateurs issus des trois pays se relayer. En plus d’un centre régional, les images sont partagées dans chaque centre national.  

Au-delà, les capacités de défense aérienne sont essentiellement locales et fondées sur l’utilisation d’engins comme le Stinger, le Mistral ou le RBS-70, en plus d’artillerie antiaérienne classique. Assez logiquement, ces capacités sont donc intégrées aux forces terrestres qu’elles doivent couvrir. Les trois Etats devraient cependant s’engager dans un achat commun d’une défense aérienne à moyenne portée, son principe ayant été politiquement acté fin mai 2015. Il ne semble pas qu’un appel d’offre ait été formellement lancé. A tout le moins, Vilnius, Riga et Talin disposeraient ainsi, a minima, d’une capacité d’interdiction aérienne, là aussi en attendant des renforts otaniens.

Le domaine naval

Les trois pays baltes ont également développé des capacités navales en se focalisant essentiellement sur les capacités de guerre des mines. Ainsi, 10 chasseurs de mines et deux démineurs sont alignés au total, en plus de trois mouilleurs de mines. A l’exception des deux démineurs, les chasseurs sont de bonne qualité : il s’agit de bâtiments des types Hunt, Sandown et Tripartite achetés d’occasion. Ces capacités sont particulièrement importantes pour le maintien des communications maritimes. De facto, toute offensive russe chercherait probablement à couper le corridor entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, interdisant tout déploiement de forces terrestres au départ de la Pologne. La mer resterait donc le seul passage disponible, si tant est qu’il ne soit pas perturbé par un minage par la flotte russe de la Baltique. Au-delà, les capacités de guerre des mines s’avèrent également précieuses du fait du fort taux de minage de la Baltique durant la Deuxième Guerre mondiale. Au même titre que la mer du Nord, le groupe permanent de chasse aux mines de l’OTAN est ainsi fréquemment déployé dans la zone.

Il faut également ajouter neuf patrouilleurs. Ces bâtiments sont toutefois légers. Les cinq Skrunda lettons, catamarans SWATH, déplacent ainsi 125 tonnes et ne sont dotés que de mitrailleuses. Les trois Flyvefisken de 450 tonnes achetés d’occasion au Danemark par la Lituanie n’ont quant à eux reçus que les canons de 76 mm et non les autres modules d’armement qui équipaient les navires de Copenhague. Il faut y ajouter un Storm d’origine norvégienne également doté d’un 76 mm. In fine, ces capacités ne permettent guère que d’escorter a minima les bâtiments de guerre des mines, tout en disposant en temps de paix de capacités similaires à celle de gardes-côtes. Les marines des trois Etats ont par ailleurs également lancé des coopérations, que ce soit en matière opérationnelle (BALTRON) ou de formation[7]

Réassurance 

Derrière la montée en puissance des forces baltes se pose aussi la question de la confrontation au réel. Le renforcement constant des forces russes à Kaliningrad ; le rapprochement militaire – encore mesuré – entre la Biélorussie et la Russie ; et plus généralement l’évolution de la posture russe sont autant de facteurs remettant en question la sécurité des Etats baltes. Il est ainsi douteux que les réels efforts consentis permettent une défense efficace dans l’hypothèse d’une attaque russe massive. Certes, l’adhésion à l’OTAN apparaît comme une garantie essentielle, que souligne la multiplication des exercices. Mais la configuration générale de la région amène à s’interroger sur la possibilité de sa défense. La récente annonce du déploiement américain permanent d’une brigade dont les unités seraient saupoudrées, de la Roumanie aux Etats baltes en passant par la Hongrie et la Pologne, a le mérite de ne pas (trop) fâcher Moscou. Mais en retour, le déploiement est de peu de poids face aux milliers d’hommes qu’engagerait la Russie dans un hypothétique conflit – et qui s’entraînent également.   

L’opération de réassurance lancée par l’OTAN est ainsi prise à son propre piège. L’engagement par rotations d’unités est un signal politique conçu comme fort. Mais l’est-il réellement dès lors que sa signification militaire – au-delà d’un entraînement toujours bienvenu – est évanescente ? Certes, on peut arguer qu’un durcissement de la situation ouvre la voie à un maintien permanent d’un plus grand nombre d’unités otaniennes. Mais en conséquence, une telle logique impose de maintenir le contrôle de la mer en Baltique, tout étant apte à projeter un volume considérable de puissance aérienne. De ce point de vue, et assez paradoxalement, la sécurité des Etats baltes ne dépendra pas tant de la Pologne que de la Suède, dont le rapprochement avec la Finlande est acté et où la position des opinions comme des décideurs politiques en faveur d’une adhésion à l’OTAN semble évoluer.     

Article paru dans Défense & Sécurité Internationale, n°120, décembre 2015.

[1] Avec un avis favorable à 90 % en Lituanie, 73 % en Lettonie et 77 % en Estonie.

[2] Il avait été question d’un allongement de la présence russe, finalement refusé. L’installation sera ensuite démantelée.

[3] Une des caractéristiques juridique liée à la souveraineté des Etats est leur droit de conclure des traités comme bon leur semble.

[4] Contre 9 % en Lituanie et 29 % en Estonie.

[5] Voir notamment Heiko Biehl, Bastian Giegerich, Alexandra Jonas (Dir.), Strategic cultures in Europe. Security and defence policies across the continent, Springer, London, 2013

[6] Moscou a annoncé à plusieurs reprises le déploiement de missiles SS-26 Stone/Iskander à Kaliningrad.

[7] Voir l’encadré sur ces questions en pp. 80.

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