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Avions de combat en Belgique : suicide commercial en Rafale ?

Alors que Paris sait depuis 2014 que la Belgique lancera un appel d’offres pour le remplacement de ses F-16 par 34 appareils, lequel a été publié en mars 2017, la réponse gouvernementale française en aura laissé plus d’un perplexe. La Request for Governement Proposals (RfGP) belge demandait ainsi un partenariat d’Etat à Etat mais aussi de répondre en anglais à 164 questions, et de terminer par une offre de prix. A priori, le Rafale avait ses chances : l’appel d’offre était relativement ouvert ; Paris pouvait tabler sur une forte coopération avec l’industrie belge, essentielle pour la RfGP (Safran et Dassault étant actionnaires respectivement de Techspace Aero et Sabca) ; le nucléaire n’a jamais constitué un réel obstacle ; et le F-35 est loin de faire l’unanimité en Belgique.

Las ! Si offre de partenariat il y aura bel et bien, la Belgique devra cependant s’en contenter : le document a été rédigé en français, sans répondre aux questions et sans offre de prix. Il pourrait même avoir écorché le nom du ministre. Il faut ici rappeler que a RfGP a accouché en retard et dans la douleur, au sein d’un gouvernement de coalition comptant quatre partis qui attachent, du coup, une certaine importance aux aspects formels. De sorte qu’après deux avis juridiques dont un indépendant, le ministre belge de la défense a indiqué que si ce serait au kern (soit le Premier ministre et les vice-premiers ministres, chacun représentant un parti de la majorité) de trancher, l’offre ne répondait a priori pas aux critères. Le gouvernement belge a ensuite indiqué que l’examen de la proposition serait reporté, dans l’attente de nouveaux avis juridiques – ce qui peut se traduire comme une mise sous le boisseau du dossier, en attendant son enterrement… dans les règles.

De facto, il est peu probable que Bruxelles veuille s’exposer à la possibilité d’une procédure juridique avec Lockheed ou Eurofighter pour avoir décidé d’outrepasser des règles qu’elle a elle-même établies. L’attitude française semble d’autant plus incompréhensible que le seul parti francophone de l’actuelle majorité – et le seul au sud du pays ayant réellement voulu remplacer les F-16 durant la dernière campagne électorale – fait face à une opinion publique pour partie hostile à l’achat. Les circonvolutions du dossier ont par ailleurs laissé prise à l’opposition – ce qui n’est jamais un bon service à rendre à un client potentiel. 

Deux échéances électorales pourraient par ailleurs influencer les futures décisions belges : les communales (municipales) d’octobre 2018 et les fédérales (législatives) de juin 2019, qui décideront de la prochaine majorité. A trop devoir attendre la France, la Belgique pourrait ainsi décider de choisir le F-35 pour éviter de ne pas avoir à imposer ce choix à la population dans une période électoralement trop délicate – voire à abandonner une capacité de combat aérien si jamais une autre coalition devait arriver au pouvoir. Soit autant de facteurs que l’entourage de la ministre ne pouvait pas ignorer. La question de savoir pourquoi Paris, pourtant habitué aux contrats d’Etat à Etat, a agit ainsi reste quant à elle posée… 

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC.

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