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MH17 : ce que l’on sait et ne sait pas

La destruction du B777 de la Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine pose une série de questions. Tâchons ici d’y répondre sommairement avec les éléments disponibles :

Par qui ? Très simplement, les Ukrainiens, les Russes ou les Pro-Russes, qui disposent tous de systèmes susceptibles d’avoir réalisé la frappe.

Comment le savoir ? Les données de vol issues de la boîte ne permettront pas de savoir grand-chose : les appareils de la Malaysian n’ont pas les récepteurs d’alerte radar ou les détecteurs de départ missiles dont sont équipés les appareils israéliens, par exemple. Par conséquent, ce sont les enregistrements radar, en particulier militaires (3D) plutôt que civils (souvent 2D dans la région) qui devraient donner une bonne estimation du point de lancement. Si les bons capteurs sont à portée, l’analyse de la signature électromagnétique du radar utilisé pour le lancement pourrait permettre d’en savoir plus sur le système utilisé, voire même, par triangulation sur sa position.

Qui fournira l’information ? Les Ukrainiens ou les Russes mais éventuellement aussi l’OTAN – des E-3 sont en vol au-dessus de la Roumanie – ou les Américains, dont le croiseur Vella Gulf est en mer Noire. Pour peu que les AWACS ou le croiseur soit à portée de détection.

Par quoi ? Si la presse évoque le “Buk”, les choses ne sont pas aussi simple : outre que “Buk” est une famille (variantes de SA-11 et SA-17), il n’est potentiellement pas le seul engin dans la zone à pouvoir avoir été utilisé : SA-6/8/9/13 voire -15 ont un plafond compatible avec l’altitude du vol malaisien. En fait, le Buk a initialement été évoqué dans un communiqué d’une agence de presse russe ; seule une fouille des décombres (ou une analyse radar attentive ; ou encore une signature électromagnétique) pourrait permettre de confirmer le type de missile.

Est-ce compliqué de viser un appareil civil ? Pas nécessairement. La plupart des SAM russes ont été conçus à une époque où la conscription était encore plus généralisée qu’elle ne l’est aujourd’hui. De l’expérience est certes nécessaire mais la formation à ces systèmes ne prenait que quelques semaines. Par ailleurs, l’ensemble d’une batterie ne doit pas nécessairement être utilisée : les SA-17/15/13/9/8 ont leurs propres organes de conduite de tir, par exemple, permettant à un véhicule-lanceur de se “détacher” de la batterie à laquelle il est éventuellement rattaché.

Poutine visé ? C’est peu probable : son appareil était bien plus loin que d’autres évoluant à moins d’une trentaine de km de l’appareil de la Malaysian (dont un transportant le Premier ministre indien). En dépit de la situation locale, nombre de vols civils passaient au-dessus de la zone : tirer à cette altitude implique donc de savoir quoi viser.

L’erreur est-elle possible ? Tir accidentel (l’hypothèse du “mode entraînement” non-enclenché) ou “mauvais avion visé”, elle est même probable. Nombre de systèmes évoqués ne disposent pas d’un interrogateur IFF (Identification Friend or Foe) actualisé ; par ailleurs nombre de servants sur ces systèmes, quelque soit leur nationalité, n’ont pas l’expérience requise : rares sont ceux ayant effectivement suivi toute une séquence de lancement jusqu’au tir.

Et donc ? Seule l’identification de la zone de départ missile saura quelle partie au conflit est responsable, permettant éventuellement d’interroger le chef de batterie ou de véhicule pour savoir ce qui s’est passé. Et lancer les accusations au pénal, avec sans doute à la clé des passes d’armes diplomatiques complexes. Les questionnements autour du type de missile sont accessoires.

Je pars en vacances la semaine prochaine, mon avion sera-t-il ciblé ? Les frappes de missiles sur des avions civils en vol sont nettement plus rares que les crash mais une bonne dizaine ont été répertoriées. Il est par contre un fait que l’inversion de la polarité de la stratégie aérienne et la prolifération de SAM puissants, y compris aux mains de techno-guérillas, renouvellera la question.

J. Henrotin

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