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Du FAMAS à l’AIF (Arme d’Infanterie Future)

Entré en service à l'aube des années 1980, le FAMAS Mle F1 reste aujourd'hui le fusil automatique classique de l'armée française. Toutefois, l'armée de Terre se prépare à lancer un appel d'offres international pour lui trouver un successeur car il est arrivé en « butée d'évolution » malgré ses qualités qui en font encore aujourd'hui une arme de premier plan.

D’où la généralisation en OPEX des gants qui protègent autant du chaud, du froid mais aussi des petits éclats. Ceci sans compter les « enrobages » destinés au camouflage de l’arme mais aussi à sa protection thermique. Autre problème pour la MAS, celui des personnels qualifiés pour fabriquer le FAMAS, les chaînes de production du MAS 49/56 étant fermées (on oublie un peu trop souvent qu’au début des années 1980 l’industrie armurière militaire française avait déjà pratiquement disparu). Il fallut embaucher et former de nouveaux personnels pour la plus grande satisfaction des syndicats. Avec le FAMAS on achetait la paix sociale dans le bassin stéphanois dont la célèbre Manufacture civile d’armes et cycles venait de fermer. Heureusement, il restait alors à la MAS des anciens fort proche de la retraite mais ces seniors surent transmettre leur savoir-faire aux jeunes. A titre d’exemple, à la fin des années 1970, il ne restait plus à la MAS que 5 ou 6 « redresseurs de canons », une spécialité qui réclamait près d’une dizaine d’années de formation ! Faute de ces « redresseurs» la production des canons partaient à la dérive, voire s’arrêtait sinon au risque de voir un fusil sur X « tirer aux poires ». Heureusement, le contrôle par système laser remplaça l’humain, mais peut être pas à 100%…

L’ensemble de ses mesures coûtèrent une fortune aux armées alors que le but initial était d’acheter le meilleur au moindre prix. Si le FAMAS s’imposa comme l’un des meilleurs de sa génération, son prix perturba largement le service « budget/planification» de l’EMAT avec un prix unitaire TTC et commissions DGA comprise de l’ordre de 1 500 Euros pièce, prix du début des années 1980 (avec mallette de transport et accessoires) alors qu’un M-16 coûtait environ 500 Euros HT ! Il fallait bien répercuter les investissements d’infrastructure et d’équipements (machines outils) ainsi que les salaires des ouvriers d’Etat. Mais comme via les taxes diverses (impôts locaux, sur les salaires, taxe professionnelle, TVA, etc.) l’Etat récupérait pas moins de 60 % du prix d’un FAMAS, ce fut une bonne affaire pour le ministère des finances, celui des affaires sociales et de la région mais pas pour les armées qui payèrent l’intégralité de la facture. D’où le début d’une grogne qui perdure encore aujourd’hui car le système n’a guère changé avec les armées qui paient « plein pot» et Bercy qui récupère tout, y compris les aides financières internationales qui financent les OPEX (7).

Un début en fanfare pour le « Clairon » (8)

Lors de son arrivée en unités, le FAMAS tant décrié dans une certaine presse, fit une bonne impression malgré les réserves de certains conservateurs pour qui un bullpup n’était pas un vrai fusil. Toutefois, les fantassins mécanisés ou transportés sur VAB apprécièrent son faible encombrement, son poids acceptable, sa poignée de transport et son bipied. Ils apprécièrent aussi sa cadence de tir de 1 000 coups/minute qui permettait d’effectuer une boule de feu dans la profondeur des 300 m contre 100 m au grand maximum pour le PM MAT 49. La mise en service du FAMAS modifia le combat d’infanterie. Il modifia aussi la manière de porter l’arme lors des défilés qui, au lieu d’être portée à l’épaule comme le FSA 49/56, se portait croisé sur la poitrine. De plus, son bipied n’imposait plus la formation des faisceaux. La létalité de son projectile de 5,56 mm, déjà établie au Vietnam, fut confirmée en Afrique (Tchad en particulier) au point que les médecins mirent un certain temps avant de savoir comment réduire les blessures qu’il causait. Lors des manoeuvres de l’Alliance atlantique, le FAMAS attira la curiosité des troupes alliées par son aspect futuriste mais aussi sa précision. Le sentiment d’infériorité des fantassins français dotés jusqu’alors de FSA 49/56 et de PM MAT 49 face aux fusils d’assaut du type FAL, G3 et M-16 disparut. L’impatience de l’armée française à percevoir enfin un fusil d’assaut performant fut telle que pour les casques bleus engagés au Liban, on acheta sur étagère, vers le milieu des années 1970, un lot de quelques centaines de SIG 540 en 5,56 mm via Manurhin. Ces armes furent par la suite utilisées par les forces déployées en Afrique. Sur le plan logistique, le problème de la munition particulière de 5,56 mm Mle F1 avec son étui en acier ne posait aucun problème particulier. En effet, nous étions toujours en guerre froide et l’armée française « en réserve de l’OTAN» sur le théâtre centre-Europe assurait elle-même ses approvisionnements comme en Afrique.

Le tournant de la SS 109

Dans les années 1970, la FN Herstal, consciente que les fusils d’assaut en 5,56 mm n’avaient qu’une portée pratique de 300 m, et donc créaient ce qu’on appelait alors le « trou des 600 m », car les mitrailleuses légères en 7,62 mm traitaient des objectifs à partir de 600 m et au-delà, mit au point une mitrailleuse légère en 5,56 mm mais avec une nouvelle munition dite SS 109, aux performances supérieures à la 5,56 mm classique et qui lui permettait de battre un objectif jusqu’à 600 m. Ce fut la Minimi qui connu un succès international. Toutefois, cette nouvelle munition à étui laiton ne pouvait être tirée qu’avec des canons rayés au pas de 7 pouces au lieu de 12 pouces comme sur le FAMAS et le M-16. Standardisée OTAN, la SS 109, s’imposa à tous, sauf à l’armée française qui conserva ses FAMAS au canon rayé au pas de 12 pouces avec sa cartouche Mle F1. Le trou des 600 m fut comblé grâce à la Minimi achetée par l’armée française qui « mange» toutes les munitions de 5,56 mm mais seulement lorsqu’elle approvisionnée par maillon. Bien conscient du problème de munitions qui ne remettait pas en cause l’arme en elle-même, GIAT Industries lança, une fois réaliser les dotations armée française le FAMAS G 1, puis le G 2 avec canon au pas de 9 pouces qui fut adopté par la Marine nationale. Nexter définit alors un FAMAS surbaissé au pas de 9 pouces puis une version FELIN au pas de 7 pouces dont les canons furent fournis par Beretta.

À propos de l'auteur

Stéphane Ferrard

Stéphane Ferrard

Journaliste spécialiste des questions de Défense, ancien rédacteur en chef de la revue Défense & Armement-Herakles. Décédé en 2015, il était l'un des meilleurs spécialistes de l'armement français (auquel il consacra plusieurs ouvrages techniques et historiques de référence) et fut l'un des premiers et des plus fidèles collaborateurs du magazine DSI.

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