Sous-marins conventionnels : le grand bleu

L'Australie vient de rendre public le choix de DCNS pour la construction de ses 12 futurs sous-marins : un "contrat du siècle" de pas moins de 34 milliards d'euros. Dans DSI n°113 (avril 2015), Philippe Langloit revenait non seulement sur les besoins australiens, mais également sur le marché des sous-marins océaniques, où nombre de constructeurs s'étaient positionnés. Aucune reproduction autorisée.

La France plonge dans l’Ocean

Présenté pour la première fois durant Euronaval 2014, le SMX Ocean est officiellement un concept-ship. En fait, la présentation du design semble surtout liée à la perspective de concourir sur le contrat australien – pour lequel un bureau, DCNS Australia, a été mis en place en novembre 2014 – les douze unités évoquées justifient largement l’effort en matière de R&D. Reste aussi que ce dernier est relativement limité dès lors qu’il s’agit de capitaliser sur le design des SNA de la classe Suffren actuellement en cours de construction. Corollaire de cette évolution, les Ocean seraient particulièrement lourds, déplaçant 5 000 t en plongée et qui sont présentés comme les plus gros sous-marins conventionnels au monde. Doté d’une propulsion conventionnelle/AIP (anaéobie), il devrait être capable de rester en mer durant trois mois ou encore de naviguer sur 18 000 nautiques à 10 nœuds, sa vitesse de transit étant de 14 nœuds – des performances remarquables pour un bâtiment à propulsion conventionnelle. Il embarquerait 34 armes, dont six missiles de croisière lancés verticalement depuis deux barillets, ainsi que des drones sous-marins et aériens. Le bâtiment, donné pour plonger jusque 300 m, embarquerait également des missiles antinavires et antiaériens, de même que des mines et des torpilles. DCNS complète donc sa gamme par le haut, en proposant ainsi un bâtiment océanique en plus d’un sous-marin côtier – l’Andrasta, rebaptisé Scorpène 1000 – et le Scorpène.

Allemagne : les Type-216 et -218

La France n’est pas seule à concevoir un concept-ship. L’Allemagne a ainsi fait de même, deux ans plus tôt, en proposant le Type-216, présenté comme une évolution du Type-214 devant offrir, là aussi, une plus grande autonomie. Cette dernière est donnée pour 10 400 nautiques à 10 nœuds. L’endurance serait rien moins que 80 jours, les performances du système AIP devant permettre de rester submerger durant quatre semaines. Le Type-216 déplacerait environ 4 000 tonnes en plongée et aurait une longueur de 89 m pour une largeur de 8 m. C’est toutefois la théorie : le design a été conceptualisé de manière à intégrer des modules de mission sous la forme de tranches successives – sachant que jusque sept de ces modules peuvent être positionnés. Au final, TKMS, le constructeur, indique que le bâtiment peut être allongé ou voir sa taille réduite en fonction des besoins du client. Les bénéfices de l’automatisation seraient tels que l’équipage serait réduit à 33 personnes bénéficiant d’un cadre de vie confortable, sachant que 21 personnes en plus peuvent être embarquées. TKMS insiste également sur la très faible signature sonore et magnétique du bâtiment mais aussi sur les installations de traitement de déchets qui éviteraient tout rejet et rendraient le sous-marin compatible avec les normes environnementales.

Il doit recevoir des missiles de croisière d’attaque terrestre en plus d’une capacité d’accueil de forces spéciales et de drones et serait ainsi utilisable dans les missions de minage comme de déminage selon un concept original de modules intégrables à tubes verticaux dont les ouvertures seraient de 2,5 m, leur permettant de mettre en œuvre missiles et autres forces spéciales. En sus, il est doté de six tubes lance-torpilles de 533 mm permettant de mettre en œuvre torpilles, missiles et mines. Pour l’heure, aucune commande exportation de ce type spécifique n’a été enregistrée mais Singapour a commandé deux Type-218SG à la fin 2014 pour un montant estimé à un milliard d’euros.

Peu d’informations ont été données aussi bien par la marine singapourienne que par TKMS sur le contrat, si ce n’est que les bâtiments seraient dérivés des Type-216 – il est cependant question d’une endurance à la mer de plusieurs semaines, voire mois. A priori, ils remplaceraient les deux sous-marins de classe Archer qui avaient permis à la cité-Etat d’acquérir une expérience dans la gestion d’une flotte sous-marine, avant qu’il ne prenne livraison des quatre Challenger. De même, les nouveaux bâtiments seraient dotés d’une propulsion AIP, les capteurs étant fournis par Atlas Elektronik en coopération avec la firme locale ST Engineering. Comme tous les autres sous-marins de la nouvelle génération, ils seraient dotés de mâts non-pénétrants combinant différents types de capteurs, un type d’équipement que l’on peut à présent considérer comme une norme. Aucune information n’a été donnée concernant les capacités offensives des bâtiments.

Corée du Sud : montée en puissance de l’industrie comme de la marine

Baptisé HDS-3000 par Hyundai, le sous-marin à propulsion conventionnelle de nouvelle génération sud-coréen a été présenté pour la première fois en Europe en 2014. Ce bâtiment représente un saut générationnel majeur par rapport aux bâtiments précédemment construits sur place et reflète les nouvelles ambitions du pays. De fait, si l’Ocean est un concept-ship, le KSS-III est appelé à entrer en service dans la marine sud-coréenne, les commandes devant s’effectuer par tranches de trois unités – en sachant que jusque neuf sous-marins pourraient entrer en service, remplaçant les Type-209/KSS-I actuellement en service et permettant d’accroître la taille de la flotte. Les navires sont également susceptibles d’être proposés à l’exportation : au-delà de l’Australie, Singapour pourrait également aller au-delà de ses achats allemands (voir ci-dessous) et l’Indonésie, déjà cliente des chantiers sud-coréens, pourrait à terme être intéressée.

Concrètement, avec 83,5 m de longueur et 9,6 m de largeur, le KSS-III est un bâtiment océanique qui a bénéficié d’une grande attention au niveau de son endurance, donnée pour 10 ­000 nautiques à 12 nœuds (propulsion conventionnelle et AIP). La vitesse de pointe serait de 20 nœuds en plongée et le déplacement compris entre 3 000 et 3 500 tonnes en plongée. Pour les Sud-Coréens, qui se sont dotés de mâts optroniques français (Sagem) et de systèmes ESM Indra, l’adoption de la nouvelle classe sera également un saut générationnel d’un point de vue stratégique : le navire sera doté de six missiles de croisière d’attaque terrestre Huynmoo-3C, en plus de torpilles, de missiles antinavires à changement de milieu et de mines. Commandée en 2012, la tête de classe a vu sa première découpe de tôle effectuée le 27 novembre 2014. Le bâtiment serait lancé en 2018 et entrerait en service fin 2020, une deuxième unité entrant en service en 2022.

Japon : la classe Soryu

Au début des années 2000, cherchant à conserver son rythme de production tout en accroissant qualitativement ses capacités, la marine japonaise lance un nouveau programme de sous-marin devant compter de dix à onze unités. Mis sur cale en mars 2005, le Soryu est lancé en décembre 2007 et entre en service en mars 2009, quatre autres bâtiments entrant en service en mars 2010, mars 2011, mars 2012 et mars 2013. Avec 4 200 tonnes en plongée, c’est la première classe japonaise dotée d’un système de propulsion anaérobie (AIP – Air Independant Propulsion) Stirling, construits sous licence, mais aussi la plus grosse classe de sous-marins à propulsion conventionnelle au monde actuellement en service, leur longueur étant par ailleurs de près de 84 m. L’usage de l’AIP (usage d’oxygène liquide et de diesel) permettrait aux Soryu de rester en immersion durant deux semaines. Par ailleurs, le bâtiment est optimisé pour la lutte contre les sous-marins nucléaires d’attaque et pourrait plonger à plus de 650 m, tout en étant doté de barres de plongée arrière en forme de croix de Saint André.

C’est un type de configuration que l’on retrouve sur tous les bâtiments de la nouvelle génération à l’exception des KSS-III sud-coréens. Ces dernières permettent d’accroître la manoeuvrabilité et de se rapprocher du fond marin, les sous-marins accroissant ainsi leurs aptitudes aux opérations littorales en dépit de leur déplacement. Bénéficiant d’un fort degré d’automatisation – mais avec un équipage de 65 hommes, plus important que sur les autres types de sous-marins océaniques – ils sont réputés être parmi les trois types de sous-marins les plus silencieux au monde. Au-delà de l’attention portée à leur propulsion, ils sont également recouvert de tuiles anéchoïques. Ils sont par ailleurs dotés de systèmes sonar avancés incluant des antennes de proue, de flanc et une antenne remorquée, d’un mât optronique et d’une puissance de feu respectable, avec une combinaison de 20 (certaines sources indiquent 30) torpilles Type-89 (d’une portée maximale de 50 km) et de missiles antinavires à changement de milieu UGM-84 Sub-Harpoon (six tubes de 533 mm). Les bâtiments pourraient également être utilisés pour la pose de mines.

Au-delà des bâtiments destinés au Japon, les Soryu pourraient équiper la marine australienne et sont souvent cités comme des bâtiments de choix pour Canberra : opérationnels, leur vente (ou leur construction sur place) pourrait également avoir une valeur politique importante dans le contexte d’une Asie-Pacifique unifiée par la menace que fait peser la Chine. Certains analystes s’interrogent par ailleurs sur l’importance que pouvait représenter cette vente dans la décision japonaise de lever la restriction sur les ventes d’armes à l’étranger. Certes, l’affaire était évoquée depuis un certain temps mais la perspective d’un « contrat du siècle » au profit de Mitsubishi et Kawasaki pourrait avoir achevé de décider les responsables politiques japonais. En tout état de cause, Tokyo a indiqué à plusieurs reprises que si les bâtiments pourraient être vendus, l’ensemble des technologies, notamment liées à la furtivité, ne pourraient être transférées.

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