Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Nouvelle route maritime de la Soie : source d’influence pour Pékin ?

L’annonce en 2013 par le président Xi Jinping de la création d’une « nouvelle route de la Soie » (1), puis l’abondante communication réalisée sur ce sujet, ont atteint leur objectif : attirer l’attention sur la stratégie internationale de la Chine et ses nouvelles orientations. Le projet est encore imprécis, mais le nom est symbolique et le message est clair. Confrontée à un ralentissement prévisible de sa croissance économique, déterminée à exercer une responsabilité dans la gouvernance mondiale, la Chine réoriente sa politique à l’international et veut contrebalancer le poids des États-Unis.

Par ailleurs, les hausses de salaires lui ont fait perdre en partie son avantage comparatif dans les produits bon marché. Elle doit donc délocaliser une partie de sa production dans des pays où les niveaux de salaires sont plus bas : Bangladesh, Vietnam, mais aussi l’Afrique, par exemple en Éthiopie. Cette évolution s’accompagne d’un soutien à l’accroissement des investissements à l’étranger. Il s’agit donc aussi de la construction d’un couloir d’investissements. Le ralentissement interne, les pertes de débouchés pour les entreprises et les surcapacités de production dans certains secteurs peuvent être compensés par des investissements dans des secteurs où la Chine a développé de fortes compétences : les infrastructures routières et ferroviaires pour les routes terrestres et les infrastructures portuaires pour la route maritime. Elle a déjà investi dans le port de Colombo au Sri Lanka, à Djibouti, Mombasa au Kenya et Athènes, le port du Pirée étant contrôlé par des capitaux chinois. Elle va continuer à investir massivement dans les ports à containers, ce qui rejoint sa préoccupation de sécurisation des approvisionnements énergétiques.

Cette route de la Soie doit aussi servir un autre objectif du gouvernement qui est la poursuite de l’internationalisation de sa monnaie : le renminbi. En décembre 2015, le FMI a décidé d’inclure la monnaie chinoise dans les droits de tirage spéciaux, reconnaissant ainsi le rôle international qu’elle commence à jouer. La Mongolie, le Kazakhstan, l’Afrique du Sud, le Ghana, le Nigéria, Maurice, le Zimbabwe… utilisent le RMB comme monnaie d’échange et de réserve, y compris pour les transactions intérieures pour le dernier. Il est de plus en plus utilisé également dans les pays d’Asie. La route de la Soie doit inciter les pays ainsi connectés à se tourner vers le RMB plutôt que vers le dollar.

Ce projet de route maritime de la Soie allie le hard power et le soft power. On comprend que l’enjeu est crucial pour la Chine, qui lui a aussi donné une coloration environnementale et une dimension touristique, pour convaincre ses partenaires qu’il s’agit d’un projet pacifique et bénéfique pour tous. Il est flexible et compatible avec les projets locaux déjà existants.

Il est surtout présenté comme un projet économique mais les infrastructures, si elles soutiennent la croissance, ont aussi une dimension géopolitique très forte. La Chine souhaite assurer son statut de grande puissance et accompagner progressivement son pouvoir économique d’un pouvoir politique.

La nouvelle route maritime du XXIe siècle doit lui permettre de stimuler son économie en renforçant ses échanges, sa flotte, son pouvoir sur les ports tout en améliorant son indépendance énergétique et son influence politique, reflétant sa volonté de restructurer la gouvernance mondiale.

Notes

(1) L’expression en chinois : « yi dai yi lu » se traduit par « une ceinture, une route ».

(2) Selon les termes de la déclaration officielle (http://www.fmprc.gov.cn/fra/zxxx/t1251984.shtml).

(3) René Grousset, Histoire de la Chine, Paris, Payot, 1994.

(4) Michael D. Swaine, « Chinese Views and Commentary on the “One Belt, One Road” Initiative », China Leadership Monitor, no 47, été 2015.

(5) R. Perelman, « Gwadar ou la “stratégie chinoise du collier de perles” », Futuribles, no 309, juin 2005, 21-27.

(6) Z. Zhang, « China’s energy security, the Malacca dilemna and responses », Energy Policy, 39, décembre 2011, p. 7612-7615.

Article paru dans Les Grands dossiers de Diplomatie n°33, juin-juillet 2016.

À propos de l'auteur

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Mary-Françoise Renard

Professeur à l’Université d’Auvergne, Mary-Françoise Renard est responsable de l’Institut de recherche sur l’économie de la Chine (IDREC) au Centre d’études et de recherches sur le développement international (CERDI).

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