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La 27e brigade d’infanterie de montagne préserve ses fondamentaux

Mi-novembre 2015, dans les Alpes, nous avons suivi une bonne partie de la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM) pour l’exercice annuel « Cerces » (1). Interarmes, interarmées et interallié, cet entraînement est l’un des plus complets effectués par ces troupes françaises aguerries au combat en montagne. L’occasion de mieux comprendre leur savoir-­faire, reconnu pour être le meilleur au monde.

À intervalles réguliers, les détonations sourdes résonnent. Pour comprendre, il faut « grimper », enfin, monter à pied et suivre ces hommes que rien n’arrête… La montagne impose ses propres règles, on le comprend vite. C’est un milieu dans lequel on ne triche pas et, du fait du confinement, les unités doivent travailler de manière fractionnée, les chefs sont habitués à l’autonomie de décision. Nous sommes au Mottet, à 2 000 m d’altitude, sur une position de tir de l’infanterie. Après avoir accédé au plus haut à bord d’un VAC (Véhicule Articulé Chenillé, le prédécesseur du VBHM), il nous faut marcher encore trente minutes pour atteindre cette petite crête sur laquelle se trouve une section de combat du 7e Bataillon de chasseurs alpins (7e BCA). Ils ont marché toute la nuit pour s’infiltrer et atteindre ce sommet, duquel ils ont une parfaite vision de la zone qui a été préalablement « traitée » par l’artillerie. À eux désormais d’appliquer les tirs à courte distance afin de pouvoir, à l’issue de l’attaque, « tenir le terrain ». Un peu plus loin, une équipe italienne d’observateurs est en lien avec les batteries de CAESAR, installées plus bas dans la vallée.

Le colonel de Camaret, chef de corps du 93e RAM, insiste sur l’entraînement physique de ses hommes. Les artilleurs de l’avant (les observateurs avancés qui ont pour fonction de donner les coordonnées de tir aux équipes de pièces et d’observer l’arrivée des coups, ou bien les contrôleurs aériens avances, qui guident les avions) ont des équipements lourds. Ils doivent toutefois être capables de monter souvent très haut (3 000 m) pour s’affranchir des « masques » du relief. En fonction du terrain, cela se fera soit en véhicule à roues ou à chaînes, soit à ski, soit à pied pour toujours « surprendre, être capable de faire plus que l’ennemi. Attendre, l’observer du meilleur angle, le laisser venir, tirer… », explique-t‑il. Une contrainte à prendre en compte, car c’est souvent l’acquisition des objectifs qui demande le plus d’effort.

Sur un autre piton, un groupe de commando montagne (8) du 7e BCA s’entraîne au tir longue distance (1 100 m), profitant de ce champ de tir en montagne pour s’entraîner en altitude, laquelle influe sur le tir. Chaque tireur est flanqué de son « spotter » qui identifie pour lui l’ennemi, au moyen de ses jumelles au grossissement de 60. Il effectue tous les calculs (prise en compte du vent, de la température, de l’altitude) et donne ainsi les coordonnées précises du tir au tireur, observe l’impact et corrige le tireur, s’il le faut. Ils sont hyper concentrés. Le sergent-­chef « Olive », attendant son tour, en profite pour nous raconter « son » Afghanistan. Leur quotidien « dense » avec des missions tous les deux jours en moyenne. Il s’agissait de sécuriser les axes de ravitaillement et de faire du contrôle de zone. Toujours par les hauts. « On voyait vraiment les insurgés, la façon qu’ils avaient de se mettre en place », raconte‑t‑il.

Celui qui l’emporte, c’est celui qui manœuvre

Unité d’infanterie légère, la brigade n’est pas envoyée que sur son terrain de prédilection. Les « grands bérets (9) » se retrouvent aussi bien en Centrafrique ou à la Réunion que partout où l’armée de Terre est engagée. Toutefois, le dernier grand engagement spécifiquement montagne de la brigade fut l’Afghanistan. Elle y a été engagée de façon prioritaire durant les quatre hivers successifs de 2008 à 2012. C’était important pour la brigade de savoir où elle en était. Le RETEX de cet engagement est en cours de publication au CDEF, mais, à en croire le lieutenant-­colonel Franck (10), chef du bureau montagne, pas de révolution doctrinale, plutôt une confirmation. « Il en ressort très concrètement que c’est notre formation technique en montagne – celle qui nous apprend à regarder le terrain, à rester toujours très autonomes grâce à nos capacités physiques et techniques, qui nous dicte que nous ne devons pas être bloqués par le terrain – qui a réellement servi au combat. Au-delà des règles classiques (liberté d’action, grands principes de la guerre), notre principe de combat de montagne s’avère hyper efficace, nous permet de gagner des délais, d’anticiper les différentes positions intéressantes et, comme nous avons cette capacité à franchir les obstacles, nous pouvons aller tactiquement où nous le voulons. Il s’agit bien du cœur de notre doctrine qui veut qu’au lieu de subir les obstacles, nous allions là où la manœuvre nous l’impose, arriver par le haut, pour surprendre l’ennemi et avoir une action bien supérieure. Dans les quatre déploiements que nous avons faits, nous avons conservé la manœuvre, grâce aux qualités techniques et physiques des gars », explique‑t‑il.

Les principes de la guerre en montagne (voir encadré) restent intangibles. Ce qui change – à la marge donc –, c’est l’utilisation de matériels spécifiques plus modernes, comme les VBHM, le canon de 155 mm CAESAR, ou l’emploi plus facile de l’hélicoptère pour s’affranchir du relief. Et encore ! L’hélicoptère peut être un piège. Notre chef du bureau montagne raconte cette histoire assez éloquente : « En Afghanistan, lors du premier GTIA du 27, avec la Task Force Tiger, un hélicoptère avait posé une section pour une grosse manœuvre sur un point haut afin d’aller déborder l’ennemi. Mais il s’est avéré qu’en fin de mission, l’hélicoptère – alors demandé autre part – n’a pu revenir les récupérer. Les gars ont fait une retraite qui a marqué les esprits : plus de 1 000 m de dénivelé négatif avec des chargements entre 30 et 40 kg. Mais ils n’ont rien laissé sur place ! Une volonté du commandement. S’ils n’avaient pas été des alpins entraînés et physiquement aptes, ils auraient abandonné beaucoup de matériel, ce que font beaucoup d’autres armées… »

Le froid, mais aussi le chaud

Et le combat en montagne dans les zones chaudes ? La contrainte est identique, expliquent ces alpins. Si les principes tactiques adaptés au relief restent les mêmes, la chaleur ne serait pas une gêne, « puisque l’alpin a compris comment marchent le chaud et le froid et s’adapte très vite aux changements de posture », expliquent-ils. Dans l’armée, lorsque l’on parle d’actes réflexes (se poster, tirer, etc.), les troupes alpines en ont ajouté un supplémentaire : s’équiper/se déséquiper. Alors, pourquoi n’envoie-t‑on pas en priorité ces alpins dans l’adrar des Ifoghas, cette zone « montagneuse » du nord du Mali, sanctuaire des insurgés ? En raison des plannings de projection de l’armée de Terre, et parce que les reliefs y sont assez peu importants, relèvent les officiers de la brigade, « tout à fait franchissables par des unités d’infanteries aguerries ». Le GMHM  de Chamonix y avait toutefois effectué une escalade rocheuse quelques années avant l’ouverture du théâtre. Leur expérience a servi à l’armée française, explique-t‑on, pour décrire le terrain. Le GMHM aura ainsi joué son rôle de conseiller technique humain pour les unités engagées.

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