La 27e brigade d’infanterie de montagne préserve ses fondamentaux

Mi-novembre 2015, dans les Alpes, nous avons suivi une bonne partie de la 27e brigade d’infanterie de montagne (27e BIM) pour l’exercice annuel « Cerces » (1). Interarmes, interarmées et interallié, cet entraînement est l’un des plus complets effectués par ces troupes françaises aguerries au combat en montagne. L’occasion de mieux comprendre leur savoir-­faire, reconnu pour être le meilleur au monde.

Unité d’infanterie légère, la brigade n’est pas envoyée que sur son terrain de prédilection. Les « grands bérets (9) » se retrouvent aussi bien en Centrafrique ou à la Réunion que partout où l’armée de Terre est engagée. Toutefois, le dernier grand engagement spécifiquement montagne de la brigade fut l’Afghanistan. Elle y a été engagée de façon prioritaire durant les quatre hivers successifs de 2008 à 2012. C’était important pour la brigade de savoir où elle en était. Le RETEX de cet engagement est en cours de publication au CDEF, mais, à en croire le lieutenant-­colonel Franck (10), chef du bureau montagne, pas de révolution doctrinale, plutôt une confirmation. « Il en ressort très concrètement que c’est notre formation technique en montagne – celle qui nous apprend à regarder le terrain, à rester toujours très autonomes grâce à nos capacités physiques et techniques, qui nous dicte que nous ne devons pas être bloqués par le terrain – qui a réellement servi au combat. Au-delà des règles classiques (liberté d’action, grands principes de la guerre), notre principe de combat de montagne s’avère hyper efficace, nous permet de gagner des délais, d’anticiper les différentes positions intéressantes et, comme nous avons cette capacité à franchir les obstacles, nous pouvons aller tactiquement où nous le voulons. Il s’agit bien du cœur de notre doctrine qui veut qu’au lieu de subir les obstacles, nous allions là où la manœuvre nous l’impose, arriver par le haut, pour surprendre l’ennemi et avoir une action bien supérieure. Dans les quatre déploiements que nous avons faits, nous avons conservé la manœuvre, grâce aux qualités techniques et physiques des gars », explique‑t‑il.

Les principes de la guerre en montagne (voir encadré) restent intangibles. Ce qui change – à la marge donc –, c’est l’utilisation de matériels spécifiques plus modernes, comme les VBHM, le canon de 155 mm CAESAR, ou l’emploi plus facile de l’hélicoptère pour s’affranchir du relief. Et encore ! L’hélicoptère peut être un piège. Notre chef du bureau montagne raconte cette histoire assez éloquente : « En Afghanistan, lors du premier GTIA du 27, avec la Task Force Tiger, un hélicoptère avait posé une section pour une grosse manœuvre sur un point haut afin d’aller déborder l’ennemi. Mais il s’est avéré qu’en fin de mission, l’hélicoptère – alors demandé autre part – n’a pu revenir les récupérer. Les gars ont fait une retraite qui a marqué les esprits : plus de 1 000 m de dénivelé négatif avec des chargements entre 30 et 40 kg. Mais ils n’ont rien laissé sur place ! Une volonté du commandement. S’ils n’avaient pas été des alpins entraînés et physiquement aptes, ils auraient abandonné beaucoup de matériel, ce que font beaucoup d’autres armées… »

Le froid, mais aussi le chaud

Et le combat en montagne dans les zones chaudes ? La contrainte est identique, expliquent ces alpins. Si les principes tactiques adaptés au relief restent les mêmes, la chaleur ne serait pas une gêne, « puisque l’alpin a compris comment marchent le chaud et le froid et s’adapte très vite aux changements de posture  », expliquent-ils. Dans l’armée, lorsque l’on parle d’actes réflexes (se poster, tirer, etc.), les troupes alpines en ont ajouté un supplémentaire : s’équiper/se déséquiper. Alors, pourquoi n’envoie-t‑on pas en priorité ces alpins dans l’adrar des Ifoghas, cette zone « montagneuse » du nord du Mali, sanctuaire des insurgés ? En raison des plannings de projection de l’armée de Terre, et parce que les reliefs y sont assez peu importants, relèvent les officiers de la brigade, « tout à fait franchissables par des unités d’infanteries aguerries  ». Le GMHM de Chamonix y avait toutefois effectué une escalade rocheuse quelques années avant l’ouverture du théâtre. Leur expérience a servi à l’armée française, explique-t‑on, pour décrire le terrain. Le GMHM aura ainsi joué son rôle de conseiller technique humain pour les unités engagées.

En revanche, la brigade a mis en place depuis peu une alerte « Guépard Montagne ». Tous les jours de l’année, elle entretient cette capacité de projection rapide d’une section de commandos montagne et d’instructeurs spécialisés qui pourraient effectuer une « entrée en premier » sur un théâtre montagneux, envoyer des spécialistes capables d’aider rapidement au franchissement (en équipant une falaise de mousquetons pour permettre à une unité non spécialisée de la franchir, par exemple). Plus que tout, c’est cette capacité à durer – qui suppose une expérience patiemment acquise – qui caractérise les troupes de montagne. Une force morale sans faille pour tenir malgré les conditions climatiques et l’isolement, mêlée à un sens prononcé de l’initiative. Car, plus que jamais, les zones montagneuses restent des zones de refuge, qu’il convient de savoir maîtriser.

Notes

(1) Du nom du massif éponyme, situé à proximité du col du Galibier, lequel sépare les Hautes-Alpes de la Savoie.

(2) Ce champ de tir est non permanent et, s’il est référencé, les terrains appartiennent aux communes avoisinantes.

(3) Les choses évoluent cependant, le commandement souhaitant « générer de l’incertitude », en favorisant une manœuvre plus mobile.

(4) L’EMHM forme les cadres (officiers, sous-officiers) de la brigade de montagne, ainsi que des stagiaires étrangers.

(5) Initialement, l’armée de Terre devait en compter 200…

(6) Véronique Sartini « “EXPHIB 2013”. Le 21e RIMa expérimente le VHM », DSI no 97, novembre 2013.

(7) BOI : Bureau Organisation et Instruction.

(8) Chaque unité de la brigade dispose d’un petit Groupe de Commando Montagne (GCM), composé d’une trentaine d’hommes choisis parmi les meilleurs, un peu plus endurants et mentalement plus solides. Considérés comme faisant partie du deuxième cercle des forces spéciales, ils sont là pour favoriser l’engagement de la brigade et ne travaillent qu’à son profit.

(9) C’est ainsi que les Africains nomment les chasseurs alpins, en raison de leur béret (ou « tarte », comme ils l’appellent).

(10) Pour des raisons de sécurité, nous n’avons plus l’autorisation de publier les noms de famille des militaires (hors chefs de corps et officiers généraux).

Historique des troupes de montagne
Créées en 1888 pour défendre la frontière des Alpes, en particulier de l’Italie nouvellement unifiée, les troupes de montagne constituent, dès leur origine, une force interarmes spécialisée dans le combat en montagne. Précurseurs de la pratique collective de la montagne, elles contribuent largement à l’introduction du ski en France. C’est la Grande Guerre qui les fait entrer dans la légende, au prix de nombreux sacrifices sur tous les fronts : Macédoine, France, Italie… Elles acquièrent le statut de troupes d’élite dont les chasseurs, surnommés « les diables bleus » par l’adversaire, sont redoutés. Ils sont engagés au cours de la Deuxième Guerre mondiale en Norvège (Narvik-Namsos), sur le front nord-est, et surtout dans les Alpes. Dès 1942, les soldats de montagne écrivent une nouvelle page de leur histoire avec leur entrée dans la Résistance. À la Libération, la 27e division d’infanterie alpine sera la première grande unité reconstituée à partir des maquis. En 1945, les troupes de montagne occupent une partie de l’Autriche face à la menace soviétique. Entre 1955 et 1962, elles participent aux « opérations de pacification » en Kabylie. À partir de 1983, elles rejoignent la Force d’action rapide. Dès lors, elles découvrent les opérations extérieures et leur cadre d’emploi habituel s’élargit : Liban, ex-Yougoslavie (mont Igman). La 27e brigade d’infanterie de montagne est professionnalisée depuis 1999. Elle a été engagée en Afghanistan au cours des quatre hivers des années 2008 à 2012.
Composition de la 27e BIM
  • Le 4e régiment de chasseurs (4e Rch) de Gap ;
  • le 7e bataillon de chasseurs alpins (7e BCA) de Varces ;
  • le 13e bataillon de chasseurs alpins (13e BCA) de Chambéry ;
  • le 27e bataillon de chasseurs alpins (27e BCA) d’Annecy ;
  • le 93e régiment d’artillerie de montagne (93e RAM) de Varces (Grenoble) ;
  • le 2e régiment étranger de génie (2e REG) de Saint-Christol (Apt) ;
  • la 27e compagnie de commandement et de transmissions de montagne (27e CCTM), basée à Varces ;
  • le groupement commando montagne implanté dans chacune des unités.

Dans le cadre du plan de réorganisation « Au Contact » de l’armée de Terre, la brigade devrait gagner près de 600 personnes durant toute l’année 2016 : une compagnie d’infanterie (117 personnes) par bataillon de chasseurs alpins ; un escadron de 90 personnes au 4e RCh ; et une compagnie du génie de 90 personnes au 2e REG.

Pas d’augmentation d’effectifs pour le 93e RAM ; en revanche, il se réorganise à trois batteries (au lieu de deux) pour mieux s’adapter aux projections.

Il faudra ensuite compter six mois pour former les jeunes recrues : quatre mois en formation initiale, puis deux mois en formation spécifique en régiment.

CAESAR
En appui de l’exercice, une batterie CAESAR est placée dans une vallée ; il est prévu qu’elle puisse tirer une centaine d’obus dans la journée. Particularité du tir en montagne : il faut prendre en compte la difficulté à évaluer les distances, c’est le rôle des observateurs avancés. La partie « technique tir » doit aussi prendre en considération l’inclinaison des pentes (droite, gauche, profondeur et hauteur). La météorologie a aussi son importance : sachant que les variations météo sont beaucoup plus importantes en montagne, les obus vont être soumis à des perturbations plus fortes qu’en plein désert. En montagne, le CAESAR permet d’effectuer des tirs à 38 km. Combien de temps faut-il pour préparer un tir ? Entre le moment où l’observateur avancé donne les éléments de tir et l’ouverture du feu, il faut compter trois minutes. Plus facilement manœuvrables en montagne (jusqu’ici, les canons tractés de 155 mm ne pouvaient passer le col du Galibier). En Afghanistan, les CAESAR déployés depuis les FOB offraient en permanence une capacité d’appui dans la zone d’engagement. Une garantie d’avoir la supériorité.

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