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L’ERC-90 « Sagaie », du désert à la montagne

Un ERC‑90 de l’escadron de reconnaissance de la 13e DBLE dans le désert djiboutien. (© D.R.)
Né d’une évolution d’une commande irakienne, l’ERC‑90 a longtemps été l’un des chevaux de bataille des opérations extérieures en Afrique. Mais, au sein des troupes de montagne et plus précisément du 4e régiment de chasseurs, l’ERC‑90, dont la compacité était appréciée, a longtemps assuré des missions de reconnaissance.

En septembre 1974, l’Irak commande à la firme française Aérospatiale 100 tourelles antichars longue portée UTM‑800 – Unité de Tir Monoplace 800 mm – armées chacune de quatre missiles HOT, mais dépourvues de châssis porteur. L’armée irakienne, déjà cliente de Panhard depuis 1967 avec l’achat d’AML‑60, d’AML‑90 et, par la suite, de quelques M3 4 × 4 (voir DSI no 101), se tourne naturellement vers Panhard et Levassor. L’Irak injecte alors les fonds nécessaires dans le projet de développement d’un nouveau châssis M3 6 × 6, acheté sur plan, pour ses tourelles UTM. Une nouvelle fois, Panhard fait preuve de réactivité en réalisant l’industrialisation du projet en seulement 29 mois. La direction de Panhard est conquise par ce nouveau châssis 6 × 6, et l’idée de créer une gamme complète de véhicules sur ce dernier est approuvée. La décision de développer une version de reconnaissance est alors prise de manière conjointe entre Jean Panhard, président-directeur général, et François Bedeaux, directeur général à l’époque. Le programme ERC‑90 – Engin de Reconnaissance Canon – armé d’un canon de 90 mm est né. Mais la direction de Panhard estime qu’« ERC‑90 » n’est pas assez porteur sur le marché de l’exportation et qu’il faut le remplacer par un nom plus évocateur. C’est alors qu’Arnold Valentini, directeur commercial, propose « Sagaie », faisant immanquablement penser à l’Afrique, futur continent de prédilection de l’ERC‑90.

Une carrière expéditionnaire

Lors du salon de Satory de juin 1977 sont présentés de manière officielle au chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Lagarde, plusieurs châssis M3 6 × 6 dénommés VCR – Véhicule de Combat à Roues –, ainsi que l’ERC‑90. L’armée française est alors à la recherche d’un blindé léger fortement armé pour sa future force de projection et l’ERC‑90 est sélectionné. Ce nouveau blindé léger semble s’imposer comme une alternative au nouvel AMX‑10RC (voir DSI, hors-série no 24) commandé initialement à 525 exemplaires par l’armée française. Plus lourd, et plus coûteux, l’AMX‑10RC est proposé par GIAT (de nos jours Nexter), aux nations déjà dotées de l’AML‑90. Mais, après le salon de Satory, la décision est prise de réduire la commande initiale de 525 à 337 AMX‑10RC, et de remplacer le solde par des ERC‑90 aérotransportables à bord des C‑160 Transall. De cette déconvenue, une certaine tension va naître entre les deux firmes, et GIAT se voit confier la production de la tourelle TS 90 armée du canon F4 de 90 mm.

Entre 1978 et 1980, une série d’essais et d’évaluation de l’ERC‑90 sont menés et le véhicule est accepté de manière officielle en décembre 1980 par l’EMAT. Le RICM (Régiment d’Infanterie Chars de Marine), stationné alors à Vannes, reçoit la mission de conduire l’expérimentation tactique durant l’année 1981. Les essais se poursuivent jusqu’en 1982 en Afrique où Panhard teste sur 19 000 km, de mai à décembre, deux ERC‑90F4 et deux ERC‑90F1 Lynx, modèle qui connaîtra un succès important à l’exportation. En 1982, le RICM continue son expérimentation dans le désert djiboutien avec une campagne de tirs effectuée conjointement avec les AMX‑10RC du GIAT. Le premier des 192 exemplaires commandés est remis à la STAT (Section Technique de l’Armée de Terre), le 9 janvier 1984. Ainsi la première apparition officielle de l’ERC‑90 en service au RICM s’effectue lors des commémorations du 40e anniversaire du débarquement, le 6 juin, sur la plage d’Utah Beach. Outre le RICM, les régiments à percevoir l’ERC‑90 sont le 1er régiment d’infanterie de marine, stationné à Angoulême, qui forme à cette époque avec le RICM le « poing blindé » de la 9e division d’infanterie de marine. Ils sont immédiatement suivis en 1985 et 1986 par le 1er RHP (Régiment de Hussards Parachutistes) de Tarbes, régiment blindé de la 11e division parachutiste, et le 4e régiment de chasseurs, stationné à Gap, régiment blindé de la division alpine qui percevra ses ERC‑90 entre 1988 et 1989. L’organisation de ces régiments est identique, avec trois escadrons à douze ERC‑90, à raison de trois par peloton. À partir de 1993, 24 ERC‑90 sont affectés à l’EAABC (École de l’Arme Blindée Cavalerie) de Saumur, en provenance de divers régiments. Tous ces véhicules sont regroupés au sein de deux pelotons « écoles » du 1er escadron du 3e régiment de chasseurs, stationné à Fontevraud-l’Abbaye, en Maine-et-Loire. Par la suite, en 1999, ces ERC destinés à l’instruction tactique sont transférés à Saumur où ils sont actuellement au nombre de 29.

Avant tout destiné aux opérations outre-mer, l’ERC‑90 est déployé au sein des forces prépositionnées en Afrique, en remplacement des AML‑90 et AMX‑13. Vingt-quatre sont affectés initialement à la 13e DBLE (Demi-Brigade de la Légion Étrangère) à Djibouti, six au 6e BIMa (Bataillon d’Infanterie de Marine) au Gabon, six au 43e BIMA à Abidjan, en Côte d’Ivoire, et six au 23e BIMa à Dakar. De plus, six ERC‑90 sont prépositionnés, à partir du 23 juillet 1996, à Ndjamena, au Tchad, rejoints par six autres un peu plus tard pour former un escadron au complet.

De nos jours, l’ERC‑90 est surtout un blindé d’entraînement. Il est actuellement remplacé, dans les régiments initialement équipés, par l’AMX‑10RC. La flotte d’ERC est répartie virtuellement au sein de certains régiments de cavalerie lourde ou légère, afin qu’ils puissent s’entraîner sans utiliser leurs chars Leclerc ou AMX‑10RC. Trois régiments des forces disposent encore d’ERC‑90. Il s’agit du 1er régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse et du 1er RHP de Tarbes, avec chacun huit exemplaires. Le 1er RCA (Régiment de Chasseurs d’Afrique), stationné à Canjuers, aligne douze exemplaires destinés à l’instruction du tir. L’ERC‑90 est toujours utilisé en première ligne sur différents théâtres africains et plus particulièrement en République centrafricaine et au Mali. Le nombre de véhicules déployés sur ces théâtres ne peut être divulgué dans le présent article. Néanmoins, l’ERC‑90 est encore présent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Tchad au sein des forces françaises prépositionnées.

Sur le marché de l’exportation, l’Argentine commande, en octobre 1979, douze exemplaires d’une version dénommée ERC‑90F1 Lynx destinée à ses troupes de marine. Cette version, développée initialement pour la Malaisie et non retenue par la suite, est équipée d’une tourelle électrique développée à partir de la tourelle H‑90 d’Hispano-Suiza. Évolution de celle de l’AML‑90, elle a été construite à 2 000 exemplaires pour le marché de l’exportation. Elle s’adapte parfaitement à la caisse de l’ERC, mais son canon de 90 mm DEFA D921 approvisionné à 21 coups (30 pour la version désert) ne tire pas de munitions-flèches, caractéristique rédhibitoire pour être acceptée par l’armée française. En revanche, certaines améliorations notables sont à souligner, comme l’adoption d’un télémètre laser TCV 107 SOPELEM, une lunette de tir nocturne TJN 2.90 et une conduite de tir SOPTAC. Le second acheteur est le Mexique avec une commande initiale de 40 Lynx, en février 1981. Par la suite, un second contrat est signé en mai portant sur l’achat de 80 exemplaires supplémentaires. L’effectif de la flotte mexicaine est augmenté pour atteindre actuellement 207 Lynx. Actuellement, 105 d’entre eux font l’objet d’une revalorisation, pour un montant de 107,4 millions de dollars, afin d’équiper quatre régiments de reconnaissance au complet. D’autres nations vont se doter de l’ERC‑90 Lynx, comme l’Équateur (12 exemplaires), le Tchad (4 exemplaires), le Nigéria (46, dont 23 avec la tourelle GIAT TS 90). Cette dernière version, similaire à celle de l’armée française, est aussi achetée par la Côte d’Ivoire, à sept exemplaires.

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