Conquête spatiale de demain : quel rôle pour le secteur privé ?

La présence écrasante des gouvernements dominera le marché des produits et des services spatiaux au cours des années à venir, mais la tendance globalement croissante des financements privés est importante et ne saurait être négligée ou ignorée. Elle est à la source de nouvelles idées et inventions comme de l’innovation.

Il existe d’autres exemples du développement croissant des opportunités privées dans le domaine spatial : le Google Lunar X-Prize, compétition entre entreprises pour poser un rover sur la Lune ; l’essor des contrats avec la NASA dans le cadre des accords dits Space Act Agreements (9) (10) ; ou bien encore les propositions de missions d’entretien des satellites en orbite (par exemple Orbital/ATK), d’enlèvement des débris spatiaux et d’exploitation minière des ressources spatiales (par exemple Planetary Resources Inc., Deep Space Industries).

Pour le secteur privé, l’heure n’est pas encore venue…

Il est clair que chacune de ces vagues successives a été plus importante et même si cette dernière ne conduit pas à une croissance soutenue, une autre aura encore plus d’ampleur – un jour, les activités privées dans l’espace deviendront une manière courante de faire des affaires. Nous n’en sommes pas encore là, et ce pour plusieurs raisons :L’activité du secteur privé dans l’espace a connu plusieurs vagues par le passé : la première tint à la recherche et au développement sur la navette Challenger, anéantie dans l’accident de 1986 ; une deuxième, à laquelle l’explosion de la bulle internet au début des années 2000 mit un terme, porta sur les télécommunications et la large bande en orbite terrestre basse. Commencée il y a une dizaine d’années, celle du tourisme spatial ne s’est toujours pas concrétisée. Nous assistons actuellement à une autre vague, liée aux projets d’activités en orbite. S’il est possible que cette dernière vague se développe, elle pourrait également stagner.

  • On ignore si la demande des consommateurs et des entreprises pour des produits et des services spatiaux connaîtra un développement réel et si les nouvelles applications spatiales auront des marchés suffisamment grands pour supplanter les concurrents terrestres à des prix compétitifs. Cela n’est pas clair puisqu’il n’existe toujours pas d’innovations nouvelles ou radicales nécessitant les avantages spécifiques d’être dans l’espace. Et même celles-ci seront exposées à une concurrence exacerbée d’autres innovations terrestres et de nouvelles plates-formes de haute altitude.
  • La demande de lanceurs découle des utilisations de l’espace. La demande gouvernementale n’augmentera pas beaucoup et le secteur privé n’aura besoin de plus de lanceurs que si l’utilisation de l’espace s’intensifie, et particulièrement si cela comprend des applications nécessitant des transports fréquents dans l’espace avec retour sur Terre.
  • Les entreprises commerciales ont besoin d’un processus d’autorisation stable, prévisible et rapide. Il demeure encore dans la majeure partie des pays des questions fondamentales de sécurité nationale pour tous les types d’activités spatiales qui, souvent, ralentissent les processus de règlementation et d’autorisation. De plus, les traités internationaux relatifs à l’espace n’ont pas été conçus selon des intérêts commerciaux.

Enfin, le secteur privé ne remplacera pas les agences nationales. Contrairement à ce que certains peuvent penser et aux exagérations des médias, la NASA et les agences spatiales d’autres États ne deviendront pas une relique du passé. Elles sont essentielles à l’existence et à la croissance du secteur privé dans l’espace. Les entreprises et les gouvernements travailleront de concert et partageront aussi bien les risques que les éventuels bénéfices de ces activités spatiales de pointe.

Notes

(1) Par exemple, selon le Rapport des acquisitions de la NASA pour l’année fiscale 1965, 79 % (4,1 milliards de dollars sur un montant total d’acquisitions de 5,2 milliards de dollars) ont été consacrés aux entreprises.

(2) L’auteur s’interroge sur ce qui est véritablement « nouveau » dans le « Nouvel Espace », car les entreprises visent le profit, qu’il provienne de contrats avec le gouvernement ou de ventes privées.

(3) Selon la Space Foundation (organisation à but non lucratif qui défend les intérêts de l’industrie spatiale américaine, NdlR), les dépenses gouvernementales consacrées à l’espace à l’échelle mondiale se situent entre 75 et 80 milliards de dollars par an.

(4) The Tauri Group, Start-Up Space, janvier 2016, p. iii. Cette étude indique, pour la période 2011-2015, un investissement privé de 5 milliards de dollars – dont il convient de déduire 1 milliard de dollars de financement par emprunt et 1,6 milliard de dollars d’acquisitions d’une société par une autre relevant d’un transfert de fonds plutôt que d’un nouveau financement.

(5) Certains gouvernements vendent des services spatiaux à des clients du secteur civil. Le gouvernement des États-Unis mène une politique de non-concurrence directe aux opérateurs commerciaux nationaux, mais encourage les entreprises communes avec des acteurs privés.

(6) SIA/The Tauri Group, State of the Satellite Industry Report, juin 2016, p. 4.

(7) Congrès des États-Unis, U.S. Commercial Space Launch Competitiveness Act, Public Law 114-90, 25 novembre 2015.

(8) Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d’exploration et d’utilisation de l’espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes (« Traité de l’espace »), Londres/Moscou/Washington, le 27 janvier 1967, 610 UNTS 205 ; TIAS 6347 ; 18 UST 2410 ; UKTS 1968 No. 10 ; Cmnd. 3198 ; ATS 1967 No. 24 ; 6 ILM 386 (1967).

(9) U.S. Code, Title 51, National and Commercial Space Programs, § 20113 ; Pub. L. No. 111 – 314, 124 Stat. 3328 (18 décembre 2010).

(10) C’est ainsi que le lanceur SpaceX Falcon a été partiellement financé par la NASA à des fins de ravitaillement de la SSI, tout comme le lanceur Antares de la société Orbital Sciences. Les fonds engagés provenaient aussi bien du gouvernement que du secteur privé.

Article paru dans Les Grands Dossiers de Diplomatie n°34, août-septembre 2016.

À propos de l'auteur

Henry R. Hertzfeld

Henry R. Hertzfeld

Henry R. Hertzfeld est un spécialiste des questions économiques, légales et politiques liées au développement technologique de pointe et à l'espace. Il est directeur de recherche au Space Policy Institute (Elliott School of International Affairs), à l'Université George Washington (Washington, D.C.). Il a notamment été analyste senior en matière économique et politique à la NASA et à la National Science Foundation, mais aussi consultant pour de nombreuses organisations américaines et internationales.

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