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Robotique de combat : les progrès viennent des petits États

Le dernier salon Eurosatory a certes été l’occasion de voir un certain nombre de drones et de robots – comme souvent depuis une dizaine d’années –, mais cette édition restera celle de la présentation des premiers robots de combat terrestre. Si le « robot tueur » n’est toujours pas à l’ordre du jour, l’intelligence artificielle et les progrès de l’électronique permettent cependant des avancées intéressantes.

General Robotics a aussi conçu la tourelle téléopérée Pitbull, d’une masse de 50 kg, qui peut équiper le gros robot RoBattle LR3 d’IAI. La mission type de ce tandem est alors l’ouverture d’itinéraires en environnement urbain, ou encore la reconnaissance. L’originalité du Pitbull découle de son mode de ciblage : l’industriel a délibérément écarté la localisation acoustique de tirs pour une localisation optique du flash des départs de coups. La solution est ainsi, théoriquement, plus précise, d’autant plus qu’elle peut être couplée, comme c’était le cas sur le salon, à un petit radar millimétrique d’Elta. In fine, la localisation optique permet d’aligner automatiquement l’arme en site et en azimut en direction de la source des tirs, en moins d’une seconde. L’alignement concerne également une caméra devant zoomer sur la zone de départ du tir. Ce sera ensuite à l’opérateur du robot d’autoriser ou non le tir, le fonctionnement du système lui faisant gagner un temps précieux afin de préparer la frappe de manière optimale. Les capteurs comprennent de plus une visualisation infrarouge, de sorte que le système est capable de fonctionner de jour comme de nuit.

Le couplage au radar millimétrique offre par ailleurs une meilleure vision dans des conditions de pluie, de brouillard ou encore de fumée. Il permet aussi de détecter des mouvements très lents de personnes, l’opérateur pouvant ensuite utiliser ses systèmes optiques et IR afin de confirmer une présence et, le cas échéant, procéder à une identification positive avant un éventuel tir. Selon l’industriel, il serait possible d’automatiser la séquence détection-tir, mais l’option ne paraît pas pertinente, et ce pour deux raisons. D’une part, parce que les tests effectués ont révélé que le système pouvait être leurré dans certains cas, même si les algorithmes de reconnaissance d’une signature de tir sont évolués. D’autre part, plus classiquement, parce que la demande militaire pour un système autocontrôlé en environnement urbain n’existe pas : à la moindre bavure, toute la légitimité d’une opération s’effondrerait. En revanche, l’option n’est pas totalement écartée par l’industriel dans une optique de riposte à une embuscade, où les risques de tirs contre des civils ou des forces amies sont inexistants. Le Pitbull a par ailleurs été conçu comme un système en soi, ne requérant qu’une fixation par quatre vis et le passage des câbles sur n’importe quel véhicule léger.

IAI mise sur le LR3

C’était l’une des nouveautés présentées sur Eurosatory. Le RoBattle LR3 est un engin massif, 6 × 6 de 7 t, apte aux missions de soutien et de reconnaissance comme de combat. Bénéficiant d’une conception modulaire, il est propulsé par un moteur Diesel et peut être équipé de différents types de charges utiles – à concurrence de 3 t – et est spécifiquement conçu pour l’accompagnement des forces. La hauteur du train de roues est variable en fonction du terrain rencontré, la garde au sol allant de 60 à 120 cm. Étant aussi articulé, il peut donc franchir de gros obstacles verticaux. De plus, les roues peuvent être remplacées par des chenilles, selon la demande. L’engin dispose également d’une autonomie décisionnelle lui permettant, grâce à ses capteurs nourrissant un système d’évitement d’obstacles, d’être engagé en suivi ou en protection de convois. Il peut aussi être utilisé de manière purement téléopérée. Le RoBattle a été conçu pour des engagements de haute intensité et ses parties vitales ont été blindées. Il peut ainsi ouvrir des itinéraires, ou être engagé dans des missions de déminage ou en tant que leurre dans le cadre d’un mouvement tactique. Grâce à sa charge utile, il lui est également possible d’assurer des fonctions de renseignement étoffées. En plus du tourelleau téléopéré Pitbull peut être installée la suite de capteurs Black Granite qui comprend des systèmes optroniques, radar et d’écoute des communications. Sa puissance lui permet en outre de tracter des charges importantes ou de servir de générateur d’électricité mobile. En mode embuscade, son endurance est de douze heures. Il est en cours de test et devrait entrer en service dans Tsahal.

Le robot traditionnel a encore la cote

Au-delà des applications de combat stricto sensu, la robotisation traditionnelle continue de progresser, sans cependant que l’on observe de véritable rupture. Le progrès est alors incrémental, se jouant au niveau de la masse des engins et de leur ergonomie de pilotage. C’est notamment le cas pour le MTGR (Micro-Tactical Ground Robot) d’une autre firme israélienne, Roboteam. Sa conception privilégie la portabilité dans un sac à dos, avec une masse de 7,5 kg à vide (14 kg avec la charge utile maximale), la console de commande pesant quant à elle 2 kg, dont 500 g pour sa batterie – soit une charge totale de 16 kg. Les batteries de l’ensemble du système sont identiques, facilitant la logistique. En fonction des demandes du client, des batteries standards déjà présentes sur d’autres équipements peuvent être adaptées. Le système a une autonomie de deux heures, quatre en positionnant une batterie supplémentaire à l’extérieur.

Ses chenilles en tandem permettent au MTGR de progresser y compris sur des marches ou des débris, autre facteur essentiel dans sa conception. La progression sur des marches peut être effectuée de manière automatique, le système assurant une stabilisation par déplacement du centre de gravité. Il peut également se retourner de manière automatique s’il venait à se retrouver sur le dos. Pour l’instant, c’est ainsi le seul robot israélien à avoir été utilisé dans les tunnels partant de la bande de Gaza. En condition optimale, la portée de la liaison line-of-sight est de 500 à 700 m ; dans les autres cas, en particulier dans les environnements fortement cloisonnés, on peut recourir à des répéteurs s’autoconnectant au réseau. La charge utile, composée de capteurs, est variable et se positionne sur un rail Picatinny. Par ailleurs, une fois doté d’un bras, le robot peut tirer une charge de 20 kg. La commande de l’engin dispose d’une mémoire de 65 Gb, permettant de conserver les images prises au cours d’une reconnaissance.

Outre un throwbot (robot lançable), l’industriel présentait également le fardier robotisé Probot. Avec une masse à vide de 250 kg, il peut transporter jusqu’à 750 kg de charge utile. Il est doté d’une propulsion électrique, le rendant discret des points de vue acoustique mais aussi IR, le tout avec une vitesse maximale de 8,5 km/h. Son endurance est respectable : de huit à douze heures selon les terrains rencontrés. Il peut être commandé par la même console que le MTGR ou par un joystick tenant dans la main, permettant un suivi automatique par un soldat ou depuis un véhicule. Seul bémol, sa vitesse limitée peut, dans certains cas de figure, constituer un inconvénient.

Quelles évolutions ?

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