Robotique de combat : les progrès viennent des petits États

Le dernier salon Eurosatory a certes été l’occasion de voir un certain nombre de drones et de robots – comme souvent depuis une dizaine d’années –, mais cette édition restera celle de la présentation des premiers robots de combat terrestre. Si le « robot tueur » n’est toujours pas à l’ordre du jour, l’intelligence artificielle et les progrès de l’électronique permettent cependant des avancées intéressantes.

Au-delà des applications de combat stricto sensu, la robotisation traditionnelle continue de progresser, sans cependant que l’on observe de véritable rupture. Le progrès est alors incrémental, se jouant au niveau de la masse des engins et de leur ergonomie de pilotage. C’est notamment le cas pour le MTGR (Micro-Tactical Ground Robot) d’une autre firme israélienne, Roboteam. Sa conception privilégie la portabilité dans un sac à dos, avec une masse de 7,5 kg à vide (14 kg avec la charge utile maximale), la console de commande pesant quant à elle 2 kg, dont 500 g pour sa batterie – soit une charge totale de 16 kg. Les batteries de l’ensemble du système sont identiques, facilitant la logistique. En fonction des demandes du client, des batteries standards déjà présentes sur d’autres équipements peuvent être adaptées. Le système a une autonomie de deux heures, quatre en positionnant une batterie supplémentaire à l’extérieur.

Ses chenilles en tandem permettent au MTGR de progresser y compris sur des marches ou des débris, autre facteur essentiel dans sa conception. La progression sur des marches peut être effectuée de manière automatique, le système assurant une stabilisation par déplacement du centre de gravité. Il peut également se retourner de manière automatique s’il venait à se retrouver sur le dos. Pour l’instant, c’est ainsi le seul robot israélien à avoir été utilisé dans les tunnels partant de la bande de Gaza. En condition optimale, la portée de la liaison line-of-sight est de 500 à 700 m ; dans les autres cas, en particulier dans les environnements fortement cloisonnés, on peut recourir à des répéteurs s’autoconnectant au réseau. La charge utile, composée de capteurs, est variable et se positionne sur un rail Picatinny. Par ailleurs, une fois doté d’un bras, le robot peut tirer une charge de 20 kg. La commande de l’engin dispose d’une mémoire de 65 Gb, permettant de conserver les images prises au cours d’une reconnaissance.

Outre un throwbot (robot lançable), l’industriel présentait également le fardier robotisé Probot. Avec une masse à vide de 250 kg, il peut transporter jusqu’à 750 kg de charge utile. Il est doté d’une propulsion électrique, le rendant discret des points de vue acoustique mais aussi IR, le tout avec une vitesse maximale de 8,5 km/h. Son endurance est respectable : de huit à douze heures selon les terrains rencontrés. Il peut être commandé par la même console que le MTGR ou par un joystick tenant dans la main, permettant un suivi automatique par un soldat ou depuis un véhicule. Seul bémol, sa vitesse limitée peut, dans certains cas de figure, constituer un inconvénient.

Quelles évolutions ?

Le domaine de la robotique terrestre évolue peu à peu, mais plusieurs obstacles continuent de limiter l’utilité des systèmes. Le premier est d’ordre cognitif : opérer un tel engin implique de se concentrer sur ses commandes. Si elles sont de plus en plus intuitives, ce qui est vu nécessite cependant d’y porter attention. Autrement dit, le robot n’est pas tant l’auxiliaire du soldat débarqué que celui de l’unité dans laquelle il est intégré : l’opérateur doit pouvoir bénéficier de la protection de ses camarades lorsqu’il est focalisé sur les tâches permises par le robot. Le problème est bien connu : qui dit meilleure ergonomie dit aussi champ opérationnel plus important – plus peut être fait – pour une unité dont les ressources humaines sont par définition restreintes. À ce stade, il n’est pas dit que même une plus grande intelligence artificielle palliera ces limitations…

Note

(1) Lequel n’est pas nouveau : outre que la tendance actuelle est au contrôle le plus précis possible des effets, la possibilité d’une perte totale de contrôle est l’antithèse même de la logique militaire. Durant la Deuxième Guerre mondiale, l’US Air Force avait ainsi refusé le développement d’armes biologiques, au motif que leurs effets pourraient ne pas être localisés.

Article paru dans DSI n°125, septembre-octobre 2016.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

facilisis risus. ultricies ipsum et, felis libero eleifend porta. Donec
Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR