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Cyberdéfense militaire : vers une nouvelle composante des armées

Source de richesses et vecteur de connaissances, Internet engendre de nouveaux modèles économiques et culturels, raccourcit les distances, rapproche les hommes et les femmes. Cependant, avec les mêmes caractéristiques, l’espace numérique permet également à des individus, des groupes, voire des États, de préparer des actes terroristes, de désinformer, de leurrer, d’espionner ou de détruire, risquant ainsi de porter atteinte aux intérêts fondamentaux de notre Nation.

défense au sein de l’OTAN et de l’UE en la faisant reconnaître comme un domaine à part entière, au côté des autres milieux terrestre, maritime, aérien et spatial avec tout ce qui en résulte en termes de doctrine et de processus militaires;

  • développer des relations nourries avec un cercle plus large d’acteurs permettant de mieux anticiper les évolutions de la menace, partager des alertes, des informations utiles, et s’entraider dans le traitement des incidents et des attaques;
  • entretenir un dialogue avec tous les partenaires qui peuvent peser sur les évolutions du cyberespace;
  • entretenir, en concertation très étroite avec le ministère des Affaires étrangères et du Développement international, un dialogue constructif avec tous les grands acteurs, étatiques, industriels ou des organismes non gouvernementaux, notamment au sein des grandes enceintes internationales, afin de garantir la stabilité et les risques d’escalade; la recherche de normes de comportement, d’encadrement de l’emploi des armes informatiques ou encore de processus de désescalade sont autant de voies de dialogue à promouvoir.
  • Avec les grands alliés, les enjeux opérationnels constituent un levier fort pour une coopération accrue en matière de cyber, par la recherche d’effets tangibles et par l’échange de renseignements à des fins d’actions. Dans cet esprit et afin de créer une communauté militaire de cyberdéfense entre les Nations engagées dans les mêmes coalitions, la France a pris l’initiative de créer un colloque étatique annuel tournant entre les Nations consacré au combat numérique, et de créer en concertation étroite avec les Britanniques le Forum des CyberCommander.

    La France entretient également de solides relations dans le domaine cyber avec des acteurs régionaux, notamment certains pays du Maghreb et du Moyen–Orient. Les échanges sur le cyber permettent de renforcer l’action menée en coalition, de préparer l’avenir, mais également d’approfondir notre relation de défense compte tenu de l’aspect très souverain du domaine. Ces relations approfondies offrent l’occasion de présenter le modèle organisationnel français, le pôle d’excellence national et de promouvoir l’expertise et les savoir–faire français dans ce domaine.

    Les efforts du ministère en matière de formation et d’entraînement(1) illustrent la volonté de partager nos bonnes pratiques avec nos alliés et nos partenaires internationaux. La France souhaite ainsi soutenir le développement des capacités de ses alliés et partenaires afin de rendre les organisations internationales dont elle est membre plus résilientes à la menace d’origine cyber. Le ministère de la Défense pourra prendre part, le cas échéant, aux actions de réassurance, d’assistance ou de solidarité avec ses alliés.

    Conclusion

    Portée par une ambition politique forte, concrétisée par la mise en place d’une nouvelle organisation opérationnelle au sein du ministère de la Défense, la France est devenue une puissance militaire de cyberdéfense crédible, capable de s’engager sur un théâtre national comme international, seule ou dans le cadre d’une coalition.

    Les enseignements résultant des attaques terroristes et des cyberattaques visant la France ont permis d’appréhender les nouvelles menaces, de cerner nos adversaires et de comprendre que l’espace numérique est un espace de bataille à part entière pour les armées. Dotées de capacités de combat en fort renforcement et d’un commandement spécialisé, marquées par une approche globale combinée avec les autres espaces de combat, les armées ont ainsi été résolument engagées sur ce nouveau champ de bataille. Il n’est pas certain que la guerre puisse s’y gagner, mais il ne fait aucun doute que cet espace fera perdre celui qui n’y aura pas la supériorité, au moins pour accomplir ses missions.

    Fort de cette analyse, le cadre d’emploi dans les opérations militaires extérieures a été clarifié et la planification de ses actions se décline aujourd’hui au travers de démarches d’anticipation et d’actions de ciblage large spectre. Le commandement des opérations militaires a intégré toute sa dimension à ses processus et doctrines. Néanmoins, cet espace de bataille reste encore très largement à maîtriser, car de très nombreuses zones y sont exploitées par des adversaires de tous types qui préparent aujourd’hui les surprises tactiques et stratégiques de demain. Nous devons anticiper l’attaque à venir.

    La réponse aux cyberattaques demeure le domaine le plus sensible pour notre Nation : conçue dans un cadre légal rénové, elle doit demeurer très évolutive, flexible et appropriée à l’évaluation de la menace. Nos adversaires prennent de multiples formes et frappent indifféremment des cibles publiques, privées, civiles, ou militaires. Ils connaissent les ressorts politiques, diplomatiques, médiatiques, policiers et militaires de nos sociétés, et savent donc comment tenter de nous manipuler, de nous saturer, et exploiter nos failles et faiblesses. Face à la variété des scénarios envisageables, spectre très large allant de la multitude d’incidents déstabilisants à l’attaque massive souvent illustrée par un «cyber–Pearl Harbor», il nous faut renforcer la résilience de nos concitoyens et organisations aux agressions numériques, qu’il s’agisse d’actions d’espionnage, de manipulation ou de sabotage, ou de destruction massive. Nous ne pouvons pas décider a priori de l’autorité chargée de la réponse ou de la nature de cette réponse : force de sécurité intérieure, agence nationale, service de renseignement ou armées.

    Dans cet espace de combat nouveau, nous ne pouvons plus parler de continuum sécurité-défense. Il s’agit bien d’une imbrication forte et totale de ces différentes composantes. Il va donc falloir coopérer davantage encore, se connaître et échanger, tout en restant chacun dans son périmètre de responsabilités et avec sa culture d’action : diplomatique, policière, renseignement ou militaire.

    Néanmoins, cet espace de bataille très évolutif et fluide reste encore très largement à découvrir et à maîtriser; il sera la source d’innovation tactique et de surprise stratégique sur fond d’innovation technologique et d’asymétrie. Face à cette menace, nous devons penser différemment pour agir autrement et faire preuve d’audace en portant ce projet de constitution d’une nouvelle composante des armées, capable de mener cette guerre qui a déjà débuté aujourd’hui et que nous devons maîtriser pour gagner demain, et dont le Comcyber n’est qu’une étape. γ

    Note

    (1) En particulier au sein du Pôle d’excellence cyber.

    Article paru dans DSI Hors-Série n° 52, février-mars 2017.

    À propos de l'auteur

    Arnaud Coustillière

    Arnaud Coustillière

    Le vice-amiral Arnaud Coustillière est officier général à la cyberdéfense.
    Issu de la promotion 1981 de l'École navale, il a été embarqué sur de nombreux bâtiments de combat et déployé en zones de crises, principalement en Méditerranée et dans le nord de l'océan Indien. Il a par la suite occupé divers postes de responsabilités en administration centrale, marqués par son attrait particulier pour les télécommunications et la cyberdéfense.

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