Magazine DSI

Etats baltes : une délicate montée en puissance

Un autre aspect rassemblant ces armées touche aux troupes de reconnaissance, à pieds ou montées sur Humvee, et abondamment dotées en armement antichar. La logique retenue confine aux « chasseurs » scandinaves, légers, vivant sur le terrain et devant harceler l’adversaire. De facto, les chars de bataille sont absents des ordres de bataille balte – à l’exception anecdotique de trois T-55 lettons utilisés pour l’entraînement – la logique stratégique retenue étant celle d’un combat retardateur dans l’attente d’un déploiement des forces de l’OTAN. Incidemment, les appuis d’artillerie étaient essentiellement limités à l’usage de mortiers, seule l’Estonie disposant pour l’heure de canons de 155 mm. Pour autant, ces derniers mois ont vu l’évolution du modèle de défense des Etats baltes. Si la logique d’un combat de retardement est maintenue, le renforcement est non seulement spectaculaire mais montre aussi un double mouvement d’accroissement de la puissance de feu et d’un changement d’optique dans l’utilisation de l’infanterie.

L’achat par la Lituanie de 21 PzH-2000 de 155 mm à l’Allemagne montre ainsi un accroissement notable des capacités d’artillerie à longue portée. Jusque là, seuls des canons de 105 mm étaient disponibles. L’achat se double par ailleurs d’une modernisation devant impliquer l’installation de systèmes infocentrés. En Estonie, 44 CV9035 vont être reçus des Pays-Bas, orientant clairement les forces terrestres vers une logique de combat mécanisé. Cette même logique est également à l’œuvre en Lituanie, dont le gouvernement a donné son feu vert à l’achat de blindés lourds Boxer dotés de la même tourelle abritant un canon de 30 mm que celle du Puma allemand. La tourelle serait par ailleurs dotée d’un lanceur de missile antichar Javelin. Pour l’heure, les négociations sont toujours en cours et le contrat n’a pas encore été signé. A priori, les engins remplaceraient les M-113 actuellement en service. La Lettonie se distingue quant à elle de cet alourdissement, en s’étant porté acquéreuse de 123 engins de la famille CVR(T) d’occasion au Royaume-Uni. La logique est ici de favoriser la manœuvre comme facteur de protection.

La faible taille des armées des trois pays impose également de développer les coopérations entre elles. C’est l’objet du BALTBAT, mis en place en 1994 et d’abord destiné à la conduite d’opérations de maintien de la paix, chaque pays fournissant une compagnie. Concrètement, il a surtout servi de cadre de coopération commun entre les armées, tout en recherchant une interopérabilité avec l’OTAN. Sa mission ne fut donc pas anecdotique, même si l’attention des trois Etats ne se porte plus guère sur le maintien de la paix. Un projet de système commandement et de contrôle a également vu le jour : le BALTCCIS (Baltic Command, Control and Information System) a été développé par la force aérienne allemande et est opérationnel depuis 2003. La Suède a quant à elle aidé à la mise en place de BALTMED, destiné à la formation des personnels médicaux des trois armées.

Au titre des coopérations de défense, il faut par ailleurs mentionner le Baltic Defense College, école de guerre tri-nationale basée à Tartu dont la première promotion a été brevetée en juin 2000 et qui a été en partie financée par des membres de l’OTAN mais aussi la Suisse et la Suède. Par ailleurs, une brigade tri-nationale a été mise en place entre l’Ukraine, la Pologne et la Lituanie (LITPOLUKRBRIG), dont le principe avait été acté en 2007 mais qui n’avait guère connu de développements, avant que la crise ukrainienne ne relance l’initiative, aboutissant sur un accord signé le 19 septembre 2014. Concrètement, l’unité devrait à terme atteindre les 4 500 hommes et aurait son quartier général à Lublin (Pologne), le mémorandum technique la concernant ayant été signé en juillet 2015, dans l’optique d’une pleine capacité opérationnelle en 2016. Chaque pays y affecterait un bataillon d’infanterie restant basés dans leurs pays respectifs. 

Une (contre) stratégie aérienne ?

Dans les trois cas de figure, les annonces effectuées sont la conséquence d’une nette augmentation des budgets de défense. Certes, ils n’étaient pas bien élevés ; mais l’ampleur des accroissements est notable. La seule Lituanie a ainsi vu son budget s’accroître de 32 % entre 2014 et 2015 (12 % pour la Lettonie). De nouvelles hausses sont attendues : de facto et à l’exception de l’Estonie, les Etats baltes sont encore loin d’atteindre les 2 % du PIB consacrés à la défense : en 2015, la Lettonie ne consacrait ainsi qu’un pourcent de son PIB aux missions de défense, contre 1,2 pour la Lituanie. Les deux Etats estiment cependant qu’ils auront atteint ce seuil d’ici 2020. Il est donc probable que de nouveaux achats devraient se succéder. Parmi les nombreux domaines susceptibles d’évoluer, celui de la défense aérienne semble être celui appelé à connaître les développements les plus nets. Certes, le Baltic Air Policing assure les missions de police du ciel depuis 2004, mais les forces qui y sont affectées restent peu volumineuses.

Historiquement, quatre appareils sont basés à Siauliai (Lituanie) mais la crise en Ukraine a porté ce nombre à 12 puis à 16 appareils, Amari (Estonie) étant ensuite ouverte, de même que Malbork (Pologne). Depuis septembre, le dispositif a été réduit à huit appareils. De facto, les conditions d’une guerre aérienne dans la région semblent complexes. La disposition par la Russie de missiles SA-21 à longue portée et la possibilité de leur utilisation – notamment depuis Kaliningrad – réduirait la liberté de manœuvre des appareils de l’OTAN. De même, les bases de Siauliai et Amari ne disposent pas de hangarettes et les appareils qui y seraient basé seraient d’autant plus vulnérables que les bases sont à portée des missiles sol-sol russes[6]. Pareil cadre n’est guère favorable au développement de forces aériennes dans les Etats baltes qui, de facto, sont limitées à des missions de soutien, de transport léger et de recherche et sauvetage.

Par contre, les trois Etats ont cherché à disposer de capacités de détection et de défense aérienne. La Lettonie a ainsi acheté trois MPQ-64 Sentinel – destiné à la détection aérienne à courte portée – a par ailleurs mis en service un TPS-117 en 2003. La Lituanie achetait en 2004 trois TRML-3D mobiles, trois autres radars ayant été commandés en 2014 afin de remplacer de vieux systèmes d’origine soviétique. L’Estonie a récemment acheté des Ground Master 403, en plus de Giraffe. L’ensemble a intégré le réseau BALTNET, qui permet une surveillance commune des espaces aériens au travers du Regional Air Space Surveillance Coordination Centre (RASSCC), lancé en 2000 – les négociations ayant été entamée dans les années 1990 – et qui voit des opérateurs issus des trois pays se relayer. En plus d’un centre régional, les images sont partagées dans chaque centre national.  

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR