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Etats baltes : une délicate montée en puissance

Au-delà, les capacités de défense aérienne sont essentiellement locales et fondées sur l’utilisation d’engins comme le Stinger, le Mistral ou le RBS-70, en plus d’artillerie antiaérienne classique. Assez logiquement, ces capacités sont donc intégrées aux forces terrestres qu’elles doivent couvrir. Les trois Etats devraient cependant s’engager dans un achat commun d’une défense aérienne à moyenne portée, son principe ayant été politiquement acté fin mai 2015. Il ne semble pas qu’un appel d’offre ait été formellement lancé. A tout le moins, Vilnius, Riga et Talin disposeraient ainsi, a minima, d’une capacité d’interdiction aérienne, là aussi en attendant des renforts otaniens.

Le domaine naval

Les trois pays baltes ont également développé des capacités navales en se focalisant essentiellement sur les capacités de guerre des mines. Ainsi, 10 chasseurs de mines et deux démineurs sont alignés au total, en plus de trois mouilleurs de mines. A l’exception des deux démineurs, les chasseurs sont de bonne qualité : il s’agit de bâtiments des types Hunt, Sandown et Tripartite achetés d’occasion. Ces capacités sont particulièrement importantes pour le maintien des communications maritimes. De facto, toute offensive russe chercherait probablement à couper le corridor entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, interdisant tout déploiement de forces terrestres au départ de la Pologne. La mer resterait donc le seul passage disponible, si tant est qu’il ne soit pas perturbé par un minage par la flotte russe de la Baltique. Au-delà, les capacités de guerre des mines s’avèrent également précieuses du fait du fort taux de minage de la Baltique durant la Deuxième Guerre mondiale. Au même titre que la mer du Nord, le groupe permanent de chasse aux mines de l’OTAN est ainsi fréquemment déployé dans la zone.

Il faut également ajouter neuf patrouilleurs. Ces bâtiments sont toutefois légers. Les cinq Skrunda lettons, catamarans SWATH, déplacent ainsi 125 tonnes et ne sont dotés que de mitrailleuses. Les trois Flyvefisken de 450 tonnes achetés d’occasion au Danemark par la Lituanie n’ont quant à eux reçus que les canons de 76 mm et non les autres modules d’armement qui équipaient les navires de Copenhague. Il faut y ajouter un Storm d’origine norvégienne également doté d’un 76 mm. In fine, ces capacités ne permettent guère que d’escorter a minima les bâtiments de guerre des mines, tout en disposant en temps de paix de capacités similaires à celle de gardes-côtes. Les marines des trois Etats ont par ailleurs également lancé des coopérations, que ce soit en matière opérationnelle (BALTRON) ou de formation[7]

Réassurance 

Derrière la montée en puissance des forces baltes se pose aussi la question de la confrontation au réel. Le renforcement constant des forces russes à Kaliningrad ; le rapprochement militaire – encore mesuré – entre la Biélorussie et la Russie ; et plus généralement l’évolution de la posture russe sont autant de facteurs remettant en question la sécurité des Etats baltes. Il est ainsi douteux que les réels efforts consentis permettent une défense efficace dans l’hypothèse d’une attaque russe massive. Certes, l’adhésion à l’OTAN apparaît comme une garantie essentielle, que souligne la multiplication des exercices. Mais la configuration générale de la région amène à s’interroger sur la possibilité de sa défense. La récente annonce du déploiement américain permanent d’une brigade dont les unités seraient saupoudrées, de la Roumanie aux Etats baltes en passant par la Hongrie et la Pologne, a le mérite de ne pas (trop) fâcher Moscou. Mais en retour, le déploiement est de peu de poids face aux milliers d’hommes qu’engagerait la Russie dans un hypothétique conflit – et qui s’entraînent également.   

L’opération de réassurance lancée par l’OTAN est ainsi prise à son propre piège. L’engagement par rotations d’unités est un signal politique conçu comme fort. Mais l’est-il réellement dès lors que sa signification militaire – au-delà d’un entraînement toujours bienvenu – est évanescente ? Certes, on peut arguer qu’un durcissement de la situation ouvre la voie à un maintien permanent d’un plus grand nombre d’unités otaniennes. Mais en conséquence, une telle logique impose de maintenir le contrôle de la mer en Baltique, tout étant apte à projeter un volume considérable de puissance aérienne. De ce point de vue, et assez paradoxalement, la sécurité des Etats baltes ne dépendra pas tant de la Pologne que de la Suède, dont le rapprochement avec la Finlande est acté et où la position des opinions comme des décideurs politiques en faveur d’une adhésion à l’OTAN semble évoluer.     

Article paru dans Défense & Sécurité Internationale, n°120, décembre 2015.

[1] Avec un avis favorable à 90 % en Lituanie, 73 % en Lettonie et 77 % en Estonie.

[2] Il avait été question d’un allongement de la présence russe, finalement refusé. L’installation sera ensuite démantelée.

[3] Une des caractéristiques juridique liée à la souveraineté des Etats est leur droit de conclure des traités comme bon leur semble.

[4] Contre 9 % en Lituanie et 29 % en Estonie.

[5] Voir notamment Heiko Biehl, Bastian Giegerich, Alexandra Jonas (Dir.), Strategic cultures in Europe. Security and defence policies across the continent, Springer, London, 2013

[6] Moscou a annoncé à plusieurs reprises le déploiement de missiles SS-26 Stone/Iskander à Kaliningrad.

[7] Voir l’encadré sur ces questions en pp. 80.

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