Griffon et Jaguar au cœur de SCORPION

L’agencement du Jaguar est classique pour un véhicule de reconnaissance français. Le pilote est à l’avant de la caisse au centre ; la tourelle biplace au milieu ; et le GMP est implanté à l’arrière. Le pilote est protégé par un volet blindé s’ouvrant vers la droite et est équipé de trois épiscopes, dont le central peut être remplacé par une optique de roulage de nuit. Il pilote grâce à un volant placé au centre d’un tableau de bord en trois parties avec écrans. Il dispose enfin d’une caméra de recul implantée à l’arrière de la caisse, élément indispensable sur un blindé moderne.

La tourelle CTA‑40M construite par Nexter a fait l’objet d’une lente élaboration, car différentes options ont été proposées. Le tour de force des ingénieurs a été d’installer deux membres d’équipage et un canon automatique dans un puits de tourelle de 1,8 m de diamètre. L’architecture définitive semble être à ce jour arrêtée bien que subsistent encore quelques incertitudes concernant l’implantation de certains équipements comme le viseur Paseo développé par SAGEM et commun aux deux membres d’équipage. Il semble que, en l’état actuel des choses, le chef de bord soit à droite et le tireur à gauche. Le choix de la tourelle habitée a été motivé par le fait que, lors des missions de stabilisation ou de normalisation, l’équipage doit avoir un contact physique avec la population locale. Le chef de bord dispose d’une couronne de six ou sept épiscopes et d’une lunette panoramique. Le tireur a devant son volet le viseur Paseo surmonté d’un affût téléopéré armé d’une mitrailleuse légère de 7,62 mm avec coffre à munitions et viseur intégré. Le viseur a des capacités de détection jour/nuit et un suivi automatique des cibles. Sur le flanc gauche est implanté le lanceur érectile dans lequel se trouvent deux MMP, juxtaposés et prêts à l’emploi. Deux autres missiles sont embarqués dans un compartiment situé à l’arrière de la caisse, derrière le GMP.

Développé par MBDA le MMP a été présenté en 2014. Il autorise l’engagement d’objectifs jusqu’à 4 000 m, y compris au-delà de la vue directe en permettant de tirer derrière un masque, tout en ayant la possibilité de changer d’objectif en vol afin de traiter une menace inopinée grâce une recopie de visée intégrée. Guidé par le viseur Paseo, le MMP possède quatre modes : LOBL (Lock On Before Launch), qui accroche la cible avant le tir ; LOAL (LOck After Launch), qui verrouille sa cible une fois tiré ; tir d’urgence nécessitant l’accrochage avant le tir ; et tire-et-­oublie. Sur l’arc avant de la tourelle, immédiatement à gauche du tube, est installée la lunette tireur. Aux extrémités se trouvent de part et d’autre les quatre lanceurs Galix couplés au système de détection d’alerte laser implanté sur la tourelle. Il côtoie le détecteur de départ de missile, de même que le SLAT (Système de Localisation Acoustique Terrestre), le brouilleur radio BARAGE (Brouilleur Anti-IED Réactifs Actifs Goniométriques) et le brouilleur infrarouge.

Au centre est monté le tout nouveau canon CTA de 40 mm développé par CTAI (Cased Telescoped Armament International). Il a été sélectionné en 2008 afin d’équiper les futurs véhicules britanniques de la famille Scout, la version revalorisée du Warrior et le Jaguar français. Grâce à une chambre rotative très courte, l’ensemble empiète peu sur le volume interne de la tourelle. Outre les munitions destinées à l’entraînement, quatre munitions peuvent être tirées au coup par coup ou en rafale de trois. Les munitions-­flèches (1 500 m/s) sont capables de percer 1 400 mm d’acier RHA à 1 500 m, tandis que les explosive et explosive chrono (1 000 m/s) traversent 20 cm de béton ferraillé à 500 m. Les A3B-T (Anti-Aerial AirBurst-­Tracer) ont une vitesse initiale de 900 m/s et sont capables de projeter 200 billes de tungstène à 3 500 m. La cadence de tir du CTA de 40 mm est de 168 coups/min ; 60 munitions sont prêtes au tir et 120 autres sont stockées à bord. L’éjection des douilles s’effectue sur le flanc gauche de la tourelle, devant la rampe des missiles MMP.

À l’arrière de la caisse est installé le GMP dont le temps de remplacement est estimé à un peu moins de trois heures. Le moteur est d’origine suédoise, car RTD, chargé de la motorisation, fait partie du groupe Volvo. De type Euro 3, le moteur HDE 11 de 11 l de cylindrée développe 490 ch. Il est couplé à une boîte de vitesses allemande ZF permettant aux 25 t du Jaguar d’atteindre 90 km/h en marche avant et 25 km/h en marche arrière. Le réservoir à carburant est implanté à l’avant droit, entre les premier et deuxième essieux, à l’extérieur de la caisse. Sa capacité, qui est pour l’instant de 380 l, semble être remise en question, car jugée insuffisante pour satisfaire une autonomie de 800 km exigée par le cahier des charges.

Le Griffon, remplaçant du VAB

L’engin a pour fonction principale de transporter huit fantassins sous blindage dans la zone de combat. D’un prix unitaire compris entre 1,3 et 1,5 millions d’euros, il est décliné en 15 versions, dont cinq principales : véhicule de transport de troupes (1 022 exemplaires) ; commandement (333) ; sanitaire (196) ; observation d’artillerie (117) ; dépannage (54), sur un total de 1 722 véhicules. L’étape 1 du programme prévoit la livraison de 780 véhicules à partir de 2018, priorité étant donnée aux véhicules de transport de troupes, de commandement et d’observation d’artillerie. L’armée de Terre projette de disposer de son premier GTIA « Griffon » (40 véhicules côtoyant encore des AMX‑10RCR) projetable en 2021. Il faudra patienter jusqu’en 2025 pour voir une brigade interarmes entièrement équipée de Griffon et de Jaguar. Toutefois, les régiments qui devraient percevoir les premiers exemplaires sont trois unités de la 9BIMa subordonnée (1re division) : le 3e RIMa de Vannes, le 6e régiment du génie d’Avrillé et le 11e RAMa de Saint-­Aubin. Ils seront suivis l’année d’après par les régiments de la 27e brigade de montagne.

L’effectif du parc de service permanent d’un régiment d’infanterie est fixé à 29 véhicules, contre 21 pour celui d’un régiment du génie. Ainsi, un GTIA « Griffon » se verrait armé en opérations de deux ou trois compagnies d’infanterie équipées de Griffon et d’un escadron de Jaguar. Bien que sa structure soit modulaire en fonction des missions qui lui sont assignées, chaque compagnie d’infanterie classique devrait être dotée d’une section de commandement comprenant un Griffon PC, un de dépannage et deux « sanitaire », trois sections d’infanterie à quatre Griffon, une section génie combat à trois Griffon « génie », d’une section d’appui avec deux Griffon « mortier de 81mm », un Griffon « tireur d’élite » et un de lutte antichar avec missiles MMP. De plus, il faut ajouter un Griffon VOA et plusieurs camions et véhicules légers tout-­terrain.

Dérivé du prototype BMX01, le Griffon bénéficie d’un agencement classique. Il s’agit d’un énorme camion blindé à six roues motrices, et quatre roues directrices (essieux avant et arrière), avec le GMP à l’avant. Le conducteur à gauche et le tireur du tourelleau téléopéré à droite sont abrités par un pare-­brise blindé monobloc. Ils accèdent à leur siège par les portes latérales équipées de fenêtres blindées. Jaguar et griffon ont en commun 70 % de composants, ce qui facilite les opérations de maintenance et la manœuvre logistique. Le train de roulement et la transmission des deux véhicules sont très proches, mais le Griffon ne possède pas de système de variation de garde au sol.

Le blindage de la caisse, aux dimensions généreuses (longueur : 7,32 m ; largeur : 2,54 m ; hauteur hors-tout : 2,6 m), répond au standard OTAN STANAG 4569 de niveau IV et de niveau III contre les mines et IED. Il est modulaire en fonction des nombreuses missions auxquelles le Griffon aura à prendre part. De plus, il est équipé des mêmes brouilleurs et détecteurs que le Jaguar, installés sur le toit. Le moteur d’origine Renault-­Volvo est monté sur rail, facilitant les opérations de maintenance. Il s’agit d’un MDE 8 de 8 l de cylindrée développant 400 ch. Couplé à une boîte ZF, il permet aux 24,5 t du Griffon d’atteindre la vitesse maximale 90 km/h et une autonomie de 800 km, mais à 60 km/h. Ses capacités de franchissement sont de l’ordre de 1,2 m pour un gué, 50 cm pour une marche franche et 1 m pour un fossé.

La partie arrière de la caisse est occupée par le compartiment où huit fantassins équipés prennent place face à face sur des sièges anti-blast fixés aux parois latérales. Ils y accèdent par une rampe dotée d’une porte de secours et d’un épiscope. Le compartiment arrière est surmonté de quatre trappes de toit : une à l’avant droit, derrière le pilote ; une au-­dessus du poste tireur, au niveau du tourelleau téléopéré ; deux de sabord arrière afin de mettre en œuvre les deux mitrailleuses légères de 7,62 mm montées sur affût. Installé à l’avant droit du toit, le tourelleau téléopéré et stabilisé « T1 » est couplé au SLAT. Il est armé, au choix, d’une mitrailleuse lourde de 12,7 mm (1 200 coups), d’une mitrailleuse légère de 7,62 mm (2 600 coups) ou un lance-­grenades de 40 mm (380 coups). Huit lanceurs Galix montés à la base du tourelleau pouvant tirer différents types de charges, létales ou non, complètent l’armement.

Article paru dans DSI hors-série, n°55, août-septembre 2017

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