Magazine DSI

Griffon et Jaguar au cœur de SCORPION

La structure d’un régiment doté de Jaguar n’est pas encore arrêtée de manière définitive. Combien d’escadrons « Jaguar » ? Pour combien d’Escadrons de Reconnaissance et d’Intervention (ERI) équipés de VBL ? La structure d’un escadron Jaguar n’est, elle non plus, pas encore finalisée. Néanmoins, la structure quaternaire semble être plébiscitée par un souci de cohérence avec celle d’un escadron de chars Leclerc. Ainsi, une unité élémentaire serait dotée de trois pelotons armés chacun de quatre Jaguar et quatre VBL, servis par un effectif de 23 personnels, dont un officier et cinq sous-­officiers.

Lors de l’arrivée d’un nouveau véhicule dans les forces, la formation des primo-­formateurs est capitale, qu’ils soient utilisateurs ou maintenanciers. Pour ces derniers, la première maquette didactique devrait rejoindre les Écoles militaires de Bourges en 2020, le premier exemplaire devant leur être livré en 2022. Concernant les équipages, l’instruction technique s’effectue au 1er régiment de chasseurs d’Afrique de Canjuers, qui va se voir affecter à partir de 2020 les premiers simulateurs de conduite, de tir et SEE (Simulateur d’Entraînement des Équipages) afin d’acquérir les connaissances et les automatismes nécessaires à l’utilisation du matériel dans un environnement proche de la réalité. Le programme SCORPION comprend également un aspect novateur. La simulation embarquée constitue une véritable révolution dans le domaine. Avec elle, chaque véhicule a la capacité de devenir un simulateur à part entière pour l’instruction du niveau équipage et peloton, dans les régiments, grâce à une connexion NEB-­SIMU (Numérisation de l’Espace de Bataille-­Simulation) entre les différents engins qui sont branchés dans les garages sur une source d’énergie annexe.

Le Jaguar à nu

Le train de roulement du Jaguar est composé de six roues motrices permanentes. Les essieux avant et arrière sont directionnels, mais jusqu’à une vitesse d’environ 20 km/h pour le second afin d’obtenir un rayon de braquage de 17 m. Chaque essieu est équipé d’une suspension indépendante à grand débattement qui permet une aisance en tout-­terrain supérieure à celle de ses prédécesseurs, tout en procurant une grande stabilité lors du tir en déplacement. Oléopneumatiques, les suspensions sont dotées d’un système de variation de garde au sol. La pression des pneumatiques Michelin peut être adaptée à la nature du terrain à partir du poste de pilotage grâce au système VPG (Variation de Pression de Gonflage).

La caisse est plus haute de 25 cm par rapport à celle de l’AMX‑10RCR, car le Jaguar est équipé d’une chaîne de transmission moins onéreuse en « I », optimisée contre les explosions de mines et IED, jusqu’à 8 kg de TNT. Elle est aussi plus longue de 50 cm, car le groupe motopropulseur (GMP) est plus volumineux, car plus puissant. La caisse fait 7 m de long pour 2,98 m de large. Sa hauteur est variable et oscille entre 2 et 2,6 m pour une hauteur hors tout de 3,2 m. Elle se compose de plaques mécanosoudées en aluminium recouvert de plaques de surblindage modulaire évolutif à base d’acier à très haute dureté, de céramique, ou de fibres aramides. Ce blindage répond à la classification OTAN STANAG 4569 de niveaux IIIa et IIIb, ce qui correspond à une protection contre les munitions de 14,5 mm et les éclats d’obus de 155 mm à 30 m.

L’agencement du Jaguar est classique pour un véhicule de reconnaissance français. Le pilote est à l’avant de la caisse au centre ; la tourelle biplace au milieu ; et le GMP est implanté à l’arrière. Le pilote est protégé par un volet blindé s’ouvrant vers la droite et est équipé de trois épiscopes, dont le central peut être remplacé par une optique de roulage de nuit. Il pilote grâce à un volant placé au centre d’un tableau de bord en trois parties avec écrans. Il dispose enfin d’une caméra de recul implantée à l’arrière de la caisse, élément indispensable sur un blindé moderne.

La tourelle CTA‑40M construite par Nexter a fait l’objet d’une lente élaboration, car différentes options ont été proposées. Le tour de force des ingénieurs a été d’installer deux membres d’équipage et un canon automatique dans un puits de tourelle de 1,8 m de diamètre. L’architecture définitive semble être à ce jour arrêtée bien que subsistent encore quelques incertitudes concernant l’implantation de certains équipements comme le viseur Paseo développé par SAGEM et commun aux deux membres d’équipage. Il semble que, en l’état actuel des choses, le chef de bord soit à droite et le tireur à gauche. Le choix de la tourelle habitée a été motivé par le fait que, lors des missions de stabilisation ou de normalisation, l’équipage doit avoir un contact physique avec la population locale. Le chef de bord dispose d’une couronne de six ou sept épiscopes et d’une lunette panoramique. Le tireur a devant son volet le viseur Paseo surmonté d’un affût téléopéré armé d’une mitrailleuse légère de 7,62 mm avec coffre à munitions et viseur intégré. Le viseur a des capacités de détection jour/nuit et un suivi automatique des cibles. Sur le flanc gauche est implanté le lanceur érectile dans lequel se trouvent deux MMP, juxtaposés et prêts à l’emploi. Deux autres missiles sont embarqués dans un compartiment situé à l’arrière de la caisse, derrière le GMP.

Développé par MBDA le MMP a été présenté en 2014. Il autorise l’engagement d’objectifs jusqu’à 4 000 m, y compris au-delà de la vue directe en permettant de tirer derrière un masque, tout en ayant la possibilité de changer d’objectif en vol afin de traiter une menace inopinée grâce une recopie de visée intégrée. Guidé par le viseur Paseo, le MMP possède quatre modes : LOBL (Lock On Before Launch), qui accroche la cible avant le tir ; LOAL (LOck After Launch), qui verrouille sa cible une fois tiré ; tir d’urgence nécessitant l’accrochage avant le tir ; et tire-et-­oublie. Sur l’arc avant de la tourelle, immédiatement à gauche du tube, est installée la lunette tireur. Aux extrémités se trouvent de part et d’autre les quatre lanceurs Galix couplés au système de détection d’alerte laser implanté sur la tourelle. Il côtoie le détecteur de départ de missile, de même que le SLAT (Système de Localisation Acoustique Terrestre), le brouilleur radio BARAGE (Brouilleur Anti-IED Réactifs Actifs Goniométriques) et le brouilleur infrarouge.

Au centre est monté le tout nouveau canon CTA de 40 mm développé par CTAI (Cased Telescoped Armament International). Il a été sélectionné en 2008 afin d’équiper les futurs véhicules britanniques de la famille Scout, la version revalorisée du Warrior et le Jaguar français. Grâce à une chambre rotative très courte, l’ensemble empiète peu sur le volume interne de la tourelle. Outre les munitions destinées à l’entraînement, quatre munitions peuvent être tirées au coup par coup ou en rafale de trois. Les munitions-­flèches (1 500 m/s) sont capables de percer 1 400 mm d’acier RHA à 1 500 m, tandis que les explosive et explosive chrono (1 000 m/s) traversent 20 cm de béton ferraillé à 500 m. Les A3B-T (Anti-Aerial AirBurst-­Tracer) ont une vitesse initiale de 900 m/s et sont capables de projeter 200 billes de tungstène à 3 500 m. La cadence de tir du CTA de 40 mm est de 168 coups/min ; 60 munitions sont prêtes au tir et 120 autres sont stockées à bord. L’éjection des douilles s’effectue sur le flanc gauche de la tourelle, devant la rampe des missiles MMP.

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