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Guerre hybride en mer : l’expérience de la Jeune Ecole

Le cas allemand

Au-delà du seul cas français de la fin du 19ème siècle, le système mis à jour trouvera des éléments d’application concrète après la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’un certain nombre de technologies ont connu une maturation. L’utilisation de petits bâtiments agiles et nombreux destinés à rompre un blocus avant que d’autres navires plus polyvalents n’engagent le combat est ainsi observable dans le cas allemand, dès les années 1950. Des séries de patrouilleurs lance-torpilles d’abord, lance-missiles ensuite sont ainsi construites. ­Lürssen va ainsi prendre appui sur les vedettes lance-torpilles de la Seconde Guerre mondiale pour développer les Type‑140 classe Jaguar, une série de 20 torpilleurs de 183 tonnes (en service de 1958 à 1974), immédiatement suivis par les 10 Type‑141 classe Seeadler aux moteurs plus puissants, également en service à la même époque. Les deux types de navires étaient dotés de 2 canons Bofors de 40 mm, de 4 tubes lance-torpilles de 533 mm et de charges de profondeur. Ils pouvaient également embarquer une vingtaine de mines.

De 1961 à 1963, dix autres patrouilleurs, les Type‑142, classe Zobel, entrent en service. Les Type‑140 font la place aux Type‑148, classe Tiger, nombre pour nombre entre octobre 1972 et août 1975. Déplaçant 265 tonnes, ils sont les premiers à recevoir des missiles antinavires – quatre MM‑38 – en plus d’un canon de 76 mm, d’un Bofors de 40 mm et d’une capacité de mouillage de mines. Ils sont suivis par le Type‑143, classe Albatros, dont dix unités entrent en service entre avril 1976 et décembre 1977 en remplacement des Type‑141. Avec 398 tonnes, ces unités capables de filer 40 nœuds reçoivent également quatre MM38 Exocet de même que des lance-­leurres. Ils sont également dotés de deux canons de 76 mm et de deux tubes lance-­torpilles. Ils quitteront le service entre 2004 et 2005. Enfin, de décembre 1982 à décembre 1984, dix Type‑143A, classe Gepard entrent en service, en remplacement des Zobel. Ces patrouilleurs qui quitteront le service avant 2015 sont une évolution des Albatros, leur vitesse étant portée à plus de 40 nœuds. Modernisés dans les années 1990, leur canon arrière de 76 mm a été remplacé par un lanceur RAM (21 missiles).

L’Allemagne met également en chantier des capacités de guerre des mines et des sous-marins côtiers. Trois Type‑201 de 450 tonnes en plongée entrent ainsi en service en 1962 et 1964. Construits par HDW et armés de 8 torpilles, les U‑1 à U‑3 sortent rapidement de service et dès 1957, le bureau IKL conçoit des petits sous-­marins de Type‑202, de 137 tonnes en plongée avec un équipage de six hommes et embarquant deux torpilles ou des mines. Il s’agissait, dans le concept initial, de construire quarante de ces bâtiments, mais seuls deux entreront en service en 1966, pour en sortir presque aussitôt. Les deux premiers Type‑201 seront reconstruits au standard Type‑205, qui comptera douze unités qui entreront en service de juin 1967 à janvier 1969. Avec un déplacement de 500 tonnes en plongée, le dernier de ces bâtiments quittera le service en 2005. Dix-huit exemplaires du Type-206 seront construits avant que douze d’entre eux ne soient modernisés de 1987 à 1992, devenant le Type‑206A. Ce n’est que dans les années 1990 que l’Allemagne se dirigera vers des sous-marins plus lourds (Type-212).

Enfin, une aéronavale basée à terre est également mise en place. A la fin des années 1960, la Bundesmarine compte une trentaine de sous-­marins, 40 torpilleurs et une aéronavale étoffée pour l’époque. Pour Bonn, il s’agit alors d’éviter un blocus des principaux ports allemands, tout en interdisant le passage des forces soviétiques par les détroits danois. Dans le même temps, la Bundesmarine se dotera de capacité de combat de haute mer d’une manière directe (frégates et destroyers)[v] mais aussi indirecte. Ainsi, en intégrant l’OTAN, l’Allemagne fédérale se place dans la position d’être défendue par des forces britannique, française ou américaine entraînées et équipées au combat en haute mer. In fine, à la fin des années 1980, l’Allemagne dispose de trois destroyers, huit frégates, 40 patrouilleurs, 30 sous-marins côtiers et une centaine de chasseurs-bombardiers Tornado dotés du missile antinavire Kormoran. Mais à l’instar de la marine danoise qui avait adopté une approche similaire, la Bundesmarine quitte toutefois ce positionnement hybride dans les années 1990, se concentrant sur la construction de grands bâtiments de combat de surface.

L’OTAN passée par la Jeune Ecole ?

Les prémices de la Jeune Ecole auraient également pu faire l’objet d’une attention plus soutenue de la part des marines de l’OTAN dans les années 1970. Conscientes de la montée en puissance des forces soviétiques, elles ont participé à un programme initialement lancé par la marine américaine et visant à construire des hydroptères de combat de 260 tonnes. Dotés de huit missiles antinavires Harpoon et d’un canon de 76 mm, ces bâtiments se distinguaient surtout par leur vitesse de 48 nœuds et leur agilité. Si l’US Navy envisageait l’acquisition de 30 bâtiments, l’Allemagne en aurait acheté dix et l’Italie, quatre. Les marines britanniques et canadiennes se sont également montrées intéressées. Auparavant, l’Italie s’est également intéressée à la formule, construisant sept hydrofoils de 60 tonnes de classe Sparviero en estimant, dans un premier temps, qu’ils seraient remplacés par des Pegasus aux meilleures capacités. Par ailleurs, le Japon, qui pensait acheter jusque 12 Sparviero construits sous licence n’en construira que trois. Au final, il sera le dernier pays occidental à sortir ses navires de service.

Entre-temps, le programme Pegasus se limitera à l’achat de six navires par l’US Navy, qui entreront en service entre 1977 et 1982, avant de le quitter en 1993. Leur coût d’emploi sera considéré comme trop important, en particulier dans le cadre d’une stratégie mettant l’accent sur l’emploi expéditionnaire des forces, précipitant leur retrait. Un autre facteur pourrait cependant être mis en avant : la préférence traditionnelle de l’US Navy pour des gros bâtiments de combat, plus prestigieux et dont les commandants constituent un lobby à l’influence bien réelle[vi]. On pourrait ajouter que ce facteur joue également pour nombre de marines otaniennes et se trouve conforté par leur focalisation sur les opérations expéditionnaires dans les années 1990. De la sorte, lorsqu’elles mettent sur cale de nouveaux patrouilleurs ou de nouvelles corvettes – Meteoro espagnols, Holland néerlandais, Braunschweig allemands – ces bâtiments ont bien souvent des tonnages élevés et une aptitude hauturière, loin des logiques de la guerre hybride.

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