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Armes chimiques. 1. De quoi parle-t-on ?

– Les neurotoxiques, organo-phosphorés, forment le groupe de toxiques potentiellement le plus létal. En agissant sur l’inhibition de la cholinestérase (6), ils provoquent rapidement des mouvements incontrôlés, une hyspersalivation, des difficultés respiratoires, des défécations incontrôlées, des céphalées, des vomissements, des convulsions, la tétanisation de l’ensemble des muscles puis la mort. Le traitement classique implique l’ingestion rapide d’atropine et de pyritostigmine ou encore de valium. Au-delà, le traitement des cas d’intoxication par les chaînes sanitaires se révèle extrêmement lourd, saturant les capacités qui peuvent être mises en œuvre. Ces agents se répartissent en deux sous-catégories. La première compte le tabun (GA), le soman (GD) ou encore le sarin (GB). Ces deux derniers agissent en phase vapeur et sont non persistants. L’apparition du VX, dans les années 1950, a auguré d’un saut qualitatif majeur du point de vue de la toxicité, l’agent étant de 500 à 1 000 fois plus efficace que l’ypérite. Se présentant en phase liquide, il est persistant. Tous les neurotoxiques ont en commun une grande stabilité (y compris dans le stockage), une résistance à la chaleur et à la pression (en cas de dissémination par explosion), une facilité de dispersion et une véritable insidiosité, la contamination se produisant sans que les personnels ne s’en doutent. Les agents qualifiés de « novichok » et conçus en URSS et en Russie dans les années 1980, mais aussi 1990, connaîtraient une centaine de variantes dont certaines serait de 5 à 8 fois plus toxiques que le VX.

– Les mycotoxines sont des toxines produites par des organismes vivants – de telle sorte que certains les classent dans les agents de guerre biologique – mais ne peuvent se reproduire. Leur origine est diverse : la ricine est produite par un arbuste et la toxine botulique par une bactérie, par exemple. D’autres agents entrent dans cette catégorie (7). Ils ne sont guère utilisables massivement, à l’exception des trichothécènes. Provoquant des brûlures de la bouche et du nez, des convulsions et des hémorragies importantes, elles ont toutefois un degré de toxicité bien moindre que les autres agents et nécessitent d’être synthétisées, si bien qu’elles ne seraient utiles que lors d’actions ponctuelles.  

– Les organo-fluroés ont été étudiés de près par l’URSS durant les années 1970, en raison de leur capacité à traverser les protections respiratoires des tenues NBC. Provoquant des œdèmes pulmonaires, ils étaient également virtuellement impossibles à détecter. Le perfluoroisobuthylène a une toxicité équivalente au phosgène. C’est l’agent le plus connu entrant dans cette catégorie mais sept à huit autres peuvent également en ressortir.

Toxicité de quelques agents de guerre chimique

Nom

CT L 50

DL 50

CT I 50

Vésicants

Ypérite

1 500 inhalations

Quelques mg

100-200 vapeurs voie oculaire

HN3

1 500 inhalations

Quelques g

 

Léwisite (L)

1 500 inhalations

/

300 voie oculaire

500 voie cutanée

Sesqui-ypérite (Q)

?

/

300 mg

Agent T

?

/

400 mg

Suffocants

Chlore

11 000 à 19 000 mg

 

1 800 mg

Phosgène

3 200 mg

 

1 600 mg

Hémotoxiques

Acide cyanhydrique (AC)

2 000 à 4 500 mg

/

?

Neurotoxiques

Tabun (GA)

400 mg

 

200

Sarin (GB)

70 mg

 

35

Soman (GD)

40 mg

 

25

VX

/

5 à 15 mg

DI 50 : 0,2 à 5 mg

Les agents non létaux peuvent également être classés en sous-catégories :

– Les irritants regroupent les lacrymogènes (comme le CS, le CB, le CN), les sternuatoires (DA, DC, DM ou Adamsite) et les urticants (oxime de phosgène, notamment). Ils sont essentiellement utilisés en maintien de l’ordre mais peuvent s’avérer létaux à forte dose. L’action des urticants – dont le Ct L est extrêmement élevé – peut être telle qu’elle peut empêcher le port d’un masque et pourrait constituer le préalable d’une attaque létale.

– Les incapacitants regroupent essentiellement le BZ et le LSD25. Ils ont une action perturbant les fonctions mentales, rendant le comportement incohérent et empêchant tout travail collaboratif.

– Les défoliants et herbicides (agents orange, bleu et blanc), qui s’avèrent dangereux dès lors qu’ils incluent dans leur préparation de la dioxine.

Article publié dans DSI n°71, juin 2011.

 

Notes

(1)       Ou gaz moutarde, en fonction de son odeur, lorsqu’elle est très concentrée.

(2)       A contrario, son activité est renforcée par la chaleur et l’humidité. Certaines variantes ont un point de solidification plus faible. 

(3)       Ces deux derniers pouvant être mélangés à de l’ypérite.

(4)       Citons également la chloropicrine, relativement peu toxique mais qui mal retenue par les filtres au charbon des masques.

(5)       On pourrait également citer l’arsine et la phosphine, cependant assez instables et qui n’ont jamais été véritablement étudiés en tant que toxiques de guerre.

(6)       Cette enzyme permet de détruire l’acétylcholine, qui agit elle-même comme neurotransmetteur, de synapses à synapses, et qui doit impérativement être détruite une fois sa fonction assurée, sous peine de continuer à transmettre des impulsions électriques.

(7)       Tétrodotoxine, batrachotoxines, etc.

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