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Actualité des principes de la guerre en montagne

  • ne pouvant dévier de la route suivie ou se séparer en deux ou trois colonnes, il faut donc généralement n’y pénétrer que par plusieurs routes ou, mieux encore, sur un front un peu plus large ;
  • contre une ligne de défense très étendue l’attaque doit naturellement opérer avec toutes ses forces concentrées pour attaquer directement la ligne, la couper et la séparer de ses ailes ;
  • si le défenseur a pris une position plus concentrée, l’attaque doit surtout recourir aux mouvements tournants.

Jomini s’opposera à Clausewitz, qui prétend que le mouvement est la partie difficile de la guerre de montagnes, et prône que l’initiative est favorable. C’est ce que l’on trouve d’ailleurs chez Bourcet qui privilégie aussi une défensive active, à savoir une réunion en force sur quelques positions pour tenir les points clefs avant l’ennemi plutôt qu’une simple défense qui divise ses propres troupes face à une armée supérieure.

La guerre en montagne – il est plus juste de nos jours de parler de « verticalité », au vu de la diversité des zones où les troupes de montagne opèrent – a toujours été particulière : vallées, sommets, cols, canalisent le mouvement. Faudrait-il ajouter d’autres principes à ceux de Bourcet ? Sont-ils d’ailleurs encore totalement valables ?

Si l’on considère les principes de la guerre définis par Foch au regard de leur utilisation en montagne, on peut penser que toute liberté d’action est restreinte par cette « verticalité », un cloisonnement qui empêche tout renforcement et canalise la manœuvre, que la concentration des efforts est difficile à obtenir à la fois pour regrouper les moyens et pour bénéficier d’appuis directs comme indirects, enfin que l’économie des forces n’est pas possible d’une part car pour tenir le terrain, il faut fractionner les unités, d’autre part, car le milieu climatique extrême use les hommes.

Mais la doctrine d’emploi des forces terrestres en zone montagneuse décrit en 2010 des principes spécifiques complémentaires de Bourcet, à mettre en corrélation avec le livre des colonels de Courrèges, Givre et Le Nen (Guerre en montagne, Renouveau tactique) qui établit six principes : préparation aux conditions de l’engagement (aguerrir les corps et former les esprits pour vaincre le milieu), ubiquité (sidérer l’ennemi par une menace tous azimuts), opportunisme (provoquer des opportunités dans un milieu révélateur), domination du champ de bataille (qui tient les hauts exploite par les bas… Qui ne tient pas les bas perd les hauts), complémentarité des feux (dresser contre l’ennemi une matrice de feux) et siège de l’ennemi (mener la guerre contre les voies de communication de l’ennemi) ; lesquels principes « ne sont pas les clefs de la victoire mais offrent au chef militaire et à sa troupe un guide pour la réflexion et pour l’action ».

Les principes spécifiques de la doctrine doivent permettre aux troupes engagées en terrain montagneux « de se dégager de la “tyrannie” égalisatrice d’un milieu aux spécificités immuables. A cet effet, les principes de domination et d’ubiquité répondent aux contraintes évoquées et complètent les impératifs précédemment décrits. En les appliquant, le terrain n’est plus subi mais devient au contraire un allié, véritable démultiplicateur d’efficacité. Ces principes spécifiques peuvent être appliqués à tous les modes tactiques ».

Depuis Bourcet ou Clausewitz, la technologie a considérablement évolué ; avec l’hélicoptère notamment. Mais constitue-t-elle un facteur absolu de compensation face au terrain ?

L’aéromobilité est la plus récente des composantes du combat en montagne auquel elle apporte des capacités complémentaires. Son emploi flexible et discret est totalement intégré à la manœuvre interarmes de contact (renseignement, dissuasion et appui feu) ou d’appui (commandement, mobilité et logistique). La contrainte de vol en fonction des conditions météorologiques tend à diminuer mais elle est bien réelle par très forte chaleur, vent fort ou chutes de neige. Par ailleurs, l’aéromobilité ne sera jamais autonome en montagne à la différence d’un groupement tactique à dominante infanterie, voire blindée.

Propos recueillis par Joseph Henrotin, le 5 janvier 2016.

Entretien publié dans DSI hors-série n°46, février-mars 2016

 

 

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