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Guerre littorale : l’expérience suédoise

Aujourd’hui, le renouvellement des activités de la Russie dans la Baltique constitue une préoccupation pour de nombreux pays, mais comment cela affecte-t-il les stratégies navales de la Suède, de la Pologne et des pays baltes ? Une meilleure coopération est-elle nécessaire entre les pays de la région ou avec l’OTAN ? La NORDEFCO peut-elle constituer un bon cadre pour une coopération potentielle ?

La mer Baltique est aujourd’hui utilisée par de nombreux acteurs aussi bien pour la navigation marchande que pour des activités militaires. De plus, la Baltique est entourée par des pays membres et partenaires de l’OTAN. Cela exige la coopération de tous ceux qui utilisent les eaux peu profondes et les canaux de la mer Baltique. De nombreuses formes de coopération sont déjà en cours, dont une grande partie impliquent la Suède, et d’autres encore sont probablement nécessaires : une coopération militaire plus soutenue, bilatérale comme multilatérale, une coopération autour des questions de sécurité maritime et une collaboration visant à faire face, par exemple, aux catastrophes écologiques.

La stratégie navale de la Suède sera de plus en plus liée à l’ambition de défense du territoire national et de soutien aux voisins membres de l’UE en mer Baltique. La coopération navale avec la Finlande, en particulier, mais également avec l’Allemagne, la Pologne et les pays baltes est devenue de plus en plus importante. Celle-ci verra le plus probablement des exercices conjoints et une collaboration dans le domaine de l’armement. En ce qui concerne, par exemple, les sous-marins, la Suède et l’Allemagne sont les seuls pays occidentaux de la mer Baltique à opérer de tels navires, alors que la Finlande et le Danemark n’en ont aucun. Cela constitue une bonne base de coopération dans cette dimension de la mer Baltique, même si la Suède et l’Allemagne ne développeront pas conjointement de nouveaux sous-marins. Il semblerait que la Pologne se soit montrée intéressée par l’acquisition de sous-marins suédois ; ce pays est certainement un acteur important dans la Baltique et un partenaire utile pour la Suède et d’autres pays afin de faire face à la nouvelle situation stratégique dans la région.

La NORDEFCO représente sans aucun doute un cadre utile pour la coopération entre les États nordiques. En tant qu’États de petites dimensions dans un environnement de sécurité qui se complexifie de plus en plus du fait d’une grande puissance ambitieuse, la coopération apparaît pleine de sens pour mettre en commun ressources et capacités. Toutefois, le diable est dans les détails. Il est assez aisé, au niveau politique, de conclure des accords généraux de collaboration entre voisins amis mais lorsqu’il s’agit d’examiner les détails et les questions pratiques, cela devient autrement plus difficile puisque sont impliqués des intérêts économiques et de sécurité. À cet égard, la coopération navale avec la Finlande a, de mon point de vue, les meilleures chances de réussite, du moins sur le court terme.

Actuellement quels sont les problèmes et les défis les plus importants de la marine suédoise ?

Le plus grand défi auquel sont confrontées les forces navales suédoises tient sans aucun doute à la transformation du système de dotation en personnel, en passant des conscrits aux marins/soldats et officiers professionnels. Cela a généré, dans de nombreux domaines, un déficit en termes d’équipages et notamment pour ce qui est des personnels dotés de compétences rares et avancées. Je pense que la marine et les forces amphibies gèrent de leur mieux ce problème et que les insuffisances sont résolues sans que cela n’affecte trop les capacités. Mais ce problème doit être traité car, très probablement, les conditions actuelles ne changeront pas d’elles-mêmes et la demande pour ce type de personnels pourrait même croître dans le futur. Un autre problème tient au nombre limité de plateformes, qui rend difficile la conduite de l’ensemble des missions exigées par les forces navales et visant à couvrir toutes les régions devant être défendues. Par ailleurs, cela rend le système un peu vulnérable car la possible perte d’unités individuelles dans un conflit impacte fortement les capacités globales.

De plus, les forces navales suédoises sont encore aux prises avec la double ambition qui est de parvenir à assurer la défense du pays et à appuyer les opérations de maintien de la paix et de lutte contre la piraterie conduites par l’ONU, l’UE et l’OTAN, comme par exemple l’opération Atalante de l’Union européenne au large de la Somalie. Un nombre limité de plateformes, les déficits en personnels et les maigres ressources économiques rendent cela très difficile et des priorités doivent être définies. Enfin, nombre des bâtiments de la marine suédoise devront bientôt être retirés du service (du fait de leur âge) ce qui pose le dilemme des remplacements appropriés et rentables. Compte tenu des coûts croissants de développement et d’acquisition de nouveaux bâtiments de guerre, la marine suédoise devra, dans le futur, acquérir un nombre encore plus réduit de navires. Ce sera sans aucun doute un grand défi pour le gouvernement que de traiter cette question. Un signe positif dans ce domaine est la décision prise par le gouvernement (appuyé par une large coalition de partis au parlement suédois) consistant à passer, dans le futur, de quatre à cinq sous-marins. Cela accroîtra certainement la capacité de dissuasion de la défense navale suédoise car les sous-marins sont très efficaces et appropriés à l’environnement opérationnel dans lequel ils sont opérés.

Sur une échelle plus large, quelles sont, de votre point de vue, les tendances les plus récentes et durables dans le domaine de la stratégie navale ?

Il existe plusieurs tendances à cet égard. Premièrement, il est probable que se développe une coopération internationale croissante du fait des budgets de défense limités, de la nécessité de conduire des missions intérieures comme à l’étranger, ainsi que des nouvelles menaces. Cela nécessite un nombre plus important d’exercices conjoints et des harmonisations doctrinales. Deuxièmement, du fait des budgets de défense limités que connaissent actuellement la plupart des pays, il faut agir plus efficacement avec les moyens disponibles et, de manière générale, moins utiliser ses forces navales. Dans un monde qui connait des menaces nouvelles et croissantes, la tendance pourrait certainement consister à se centrer sur les missions qui sont importantes pour les principaux intérêts nationaux et à réduire et à sélectionner avec plus de soin les missions d’une nature plus altruiste et humanitaire. Troisièmement, il faut évoquer le défi naval croissant posé par la Chine qui aura des implications globales et affectera, par exemple, la posture navale des États-Unis. S’il ne constitue pas un problème majeur en mer Baltique, ce défi aura certainement un impact dans les océans Pacifique et Indien, avec de probables implications pour d’autres régions également. Enfin, la territorialisation de la mer est une tendance qui ira croissant car cette dernière devient de plus en plus une voie de transport, mais également une zone convoitée de ressources précieuses et d’infrastructure. De telles ressources à terre ont toujours attiré les intérêts des grandes puissances et la situation sera certainement la même en mer aussi. Cette dernière tendance pourrait également commencer à mettre au défi les théories de la puissance navale et de la stratégie maritime que nous employons aujourd’hui.

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