Magazine DSI

Conserver les F-16 belges six ans de plus ? Analyse et implications + Mise à jour 1, 2 (analyse du rapport) et 3

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Mise à jour 2 du 22 mars, 1230 (nous avons réarticulé l’article de manière à ce que les mises à jours les plus récentes apparaissent en premier).

Un vent favorable nous a transmis les photos du dossier remis par le ministre belge de la défense aux parlementaires, le 20 mars. C’est a priori ce rapport qui a déclenché l’actuelle crise. Il se présente comme un polycopié de 10 pages daté du 12 février 2018. Concrètement le document porte sur l’évaluation de la flotte belge de F-16B – et non pas de l’ensemble de la flotte. Ainsi, “A request was made to the IFG Structural Integrity Team to update the existing BAF (Belgian Air Force, ndlr) force projection with the latest flight hours, CSI data (Crack Severity Index, ndlr) and AFH/year (Actual Flight Hour, ndlr) for B-model aircraft”.   

Le rapport porte donc sur la question de l’intégrité structurelle et de la vulnérabilité aux criques, l’essentiel de son volume étant lié à la méthodologie à la démonstration. Détail intéressant, Lockheed indique que l’analyse est délicate du fait de méthodes calquées sur celles utilisées pour les flottes de F-16 Block 30 (les belges sont au block 15) ; mais aussi que l’état des enregistreurs de vol n’a pas toujours permis d’avoir des données fiables. Sachant que les F-16 belges doivent, selon la planification initiale, quitter le service à partir de 2023 et qu’ils sont déjà anciens, on n’a évidemment aucun mal à comprendre qu’un suivi de la flotte soit effectué ; ce qui montre au passage le professionnalisme de l’équipe chargée de la gestion de la flotte F-16. Ce rapport fait d’ailleurs suite à une précédente édition remontant à avril 2017 ; ce qui est tout aussi logique dès lors que l’on est bien dans une rationalité de suivi du vieillissement d’une flotte.

Dès lors : 

  • soit ce rapport est le seul reçu et il est la source d’une tempête dans un verre d’eau. Sans évaluation de l’avionique et des systèmes de combat pour les F-16B, mais aussi pour les F-16A, il n’y a rien de pertinent opérationnellement au regard d’une éventuelle prolongation de la flotte de F-16. Dit plus simplement, ce document ne prouve pas que les F-16 puissent rester en service opérationnel. 
  • soit il y a d’autres rapports. Logiquement, il doit y en avoir pour la flotte de F-16A (il n’est absolument pas dit qu’ils aient été reçus à la même date : il n’y a aucune conclusion hâtive à tirer de l’existence de ce documents) ; mais la question avionique continue de se poser. 

Qu’en penser ? La tempête dans un verre d’eau a propos d’un document tout ce qu’il y a de plus classique dans la gestion d’une flotte aéronautique montre que le degré de compréhension politique des facteurs techniques et militaire a une certaine marge de progression… 

Mise à jour 1 du 22 mars, 1030 

Le ministre belge de la défense a annoncé une enquête devant permettre de comprendre pourquoi les informations relatives à la prolongation de la durée de vie du F-16 ont été cachées ; sachant que la presse se fait l’écho de pressions de plusieurs haut gradés visant à interdire la diffusion des travaux de Lockheed. Concrètement, plusieurs officiers se sont mis en retrait le temps de la durée de l’enquête ; dont le général Vansina, chef d’état-major de la Force aérienne et le colonel dirigeant le programme ACCAP.

On note au passage que la teneur des travaux de Lockheed n’est toujours pas connue : on ne sait donc pas si la possible prolongation  des F-16 est analysée du point de vue purement structurel ou plus globale (conséquences sur les systèmes de combat, d’armement, les contre-mesures, etc.). Cet aspect de la question, s’il semble technique, est évidemment crucial pour la crédibilité de l’option d’une prolongation des F-16. Interrogés via twitter, le PS et le SPa, en pointe sur l’affaire, n’ont pas répondu.  

Concrètement, quels effets sont à attendre sur la compétition ? Prolongation ou pas du F-16, la procédure est suspendue de facto : la Force aérienne belge n’est plus en mesure de rendre un avis sur les propositions rentrées par les candidats au gouvernement. L’inconnue se situe au niveau de la durée de l’enquête annoncée par le ministre belge. Il semble très peu probable que le choix soit effectué alors qu’elle toujours en cours. Une fois de plus, l’élément-clé est ici la temporalité : deux séries d’élections se profilent dans un contexte hostile à l’achat d’un nouvel appareil de combat. Avant l’éclatement de l’affaire, il était question que le kern (“noyau” : le Premier ministre et ses vice-premiers ministres, chacun représentant un parti de la majorité), prenne sa décision en juillet. La temporalité permettait de neutraliser une éventuelle opposition politique et était suffisamment éloignée du “coup de force” de Paris de septembre dernier, permettant aux juristes de voir si la candidature française était recevable… Le fait que le kern soit décisionnaire permettait par ailleurs à la France de faire valoir ses cartes : prudent, le ministre avait abandonné à son échelon supérieur la décision.

Le choix du vainqueur de la compétition ne sera donc probablement pas fait durant le reliquat de la législature. L’actuel gouvernement a certes un bon bilan économique à faire valoir, mais il est peu probable qu’il prenne le risque de ne pas se faire reconduire. Au demeurant, choisir n’est pas conclure : avec un choix en juillet, une signature rapide des contrats eut été douteuse. Pratiquement donc, l’affaire est reportée à la prochaine législature… si toutefois la majorité qui en ressort décide de continuer à suivre la méthode de l’actuelle compétition – ce qui est douteux dès lors que l’offre pour le F-35 ne peut pas être ferme et définitive – ou décide de relancer une nouvelle compétition. Rien n’est en effet acquis : plusieurs partis francophones – Ecolo, PS, PTB marxiste et certaines franges du CDH – ont des postures ambivalentes, voire hostiles, à l’égard de ce remplacement. 

À propos de l'auteur

Joseph Henrotin

Joseph Henrotin

Rédacteur en chef du magazine DSI (Défense & Sécurité Internationale).
Chargé de recherches au CAPRI et à l'ISC.

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