Magazine DSI

Intervenir en Syrie : pourquoi et comment ?

La question évidemment, est de savoir ce qu’il reste encore à frapper sur les bases aériennes syriennes. Outre la question du passage de la défense aérienne, l’évocation de frappes depuis plusieurs jours a laissé l’opportunité à Damas de repositionner ses forces sur les bases russes – l’action sera alors véritablement symbolique, ne permettant pas de réduire les capacités syriennes. Ce qui pose alors la question d’autres actions sont envisageables et notamment des frappes « élargies » à d’autres structures militaires. Une telle approche autorise la neutralisation des systèmes de commandement-contrôle et notamment ceux assurant la coordination russo-syrienne. La logique ici, pourrait ne pas être cinétique mais cyber ; « sous le seuil ».    

Cibler le leadership syrien est également possible, mais pose une question traditionnelle en stratégie aérienne : pourquoi faire ? Une frappe ambitionnant strictement la punition est bien adaptée aux rationalités de la stratégie aérienne mais pose la question de son exploitation. L’action militaire ne vaut que par la « conversion politique de ses effets ». Or, la Syrie est dans une situation délicate et la seule élimination d’Al Assad ou de ses principaux lieutenants ne serait pas nécessairement de nature à écourter la guerre civile qui ravage le pays. C’est d’autant plus le cas que l’affaire pourrait être prise pour un casus belli par la Russie, dont les efforts pour protéger le régime syrien sont conséquents. On peut ainsi poser l’hypothèse que l’attaque au novichok sur Sergei Skripal n’avait pas tant pour objectif l’homme lui-même que d’allumer préventivement un contre-feu au bénéfice des actions syriennes futures. L’affaire constituerait une sorte de défi, là aussi sous le seuil d’une attaque de grande envergure, à une communauté internationale engagée contre le chimique. Reste également que des frappes visant le leadership peuvent aussi s’entendre comme des frappes de réduction capacitaire, en ciblant plus précisément des spécialistes syriens, ou encore des commandants d’unités.      

En tout état de cause, il semble acquis que de telles frappes ne sont pas de nature à changer radicalement la donne militaire du conflit. Elles peuvent certes se placer dans le cadre d’un « containment aérien » visant à limiter l’influence iranienne dans la région – un aspect qui n’est pas important que pour Israël – mais elles posent également la question d’une riposte russe. Moscou a déjà indiqué qu’elle répondrait. Historiquement, il ne semble pas que Moscou ait utilisé la bulle A2/AD qu’elle a mise en place en Syrie – l’appareil israélien abattu en mars 2018 l’a ainsi été par un SA-5 syrien, et les nombreuses actions israéliennes en Syrie, auparavant, n’ont pas été gênées par les S-400 russes. Pratiquement cependant, l’usage de missiles de croisière tend à réduire le risque pour forces occidentales engagées dans les opérations. Reste cependant à voir si les forces russes pourraient engager leur aviation dans des manœuvres d’intimidation à l’égard des appareils ou des navires engagés dans les opérations.    

 

 

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Pin It on Pinterest

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR