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Drones 101

– Le prix des systèmes n’est pas qu’un facteur de politique budgétaire ou de politique de défense, c’est également le déterminant du nombre d’appareils ou de systèmes (plusieurs appareils et leur station de contrôle) qui pourra être acheté, indépendamment des doctrines d’emploi retenues. Or, ce prix n’est pas uniquement le coût à l’achat, c’est également le coût de possession, qui est très variable suivant ce que les constructeurs incluent dedans : outre le coût à l’heure de vol en termes de carburant et de pièces détachées, il doit également comprendre le coût des personnels (salaires, temps, formation) et celui des grands entretiens, tout comme celui des capteurs. Dans plusieurs cas de figure, ce dernier n’est pas nécessairement pris en compte (il pourra inclure la boule optronique mais pas d’autres capteurs, etc.). Par ailleurs, plus qu’ailleurs en aéronautique, “mass matters” dans l’emploi des drones : le nombre importe. Les appareils sont naturellement vulnérables, à l’adversaire comme aux conditions météo, voire aux erreurs de pilotage, de sorte que l’US Air Force a perdu, ces quinze dernières années, une centaine de Predator. De même, accéder à la “capacité drone” sans considérer la taille du maillage ISR ou, concrètement, le nombre d’orbites qu’ils offrent démontre un manque de réflexion sur son emploi. De ce point de vue, ne disposer que de quatre Harfang ou de sept “SIDM bis”[3] revient à investir beaucoup pour disposer de capacités non seulement limitées par elles-mêmes mais aussi limitant en cascade l’aptitude des autres armées : si l’on continue à faire surveiller chaque sortie d’une FOB par un drone, il est évident que, quelque soit le volume des forces, ces dernières ne sortiront guère sur le terrain…      

Tableau. Comparaison des différents types de drones MALE dont l’achat a été évoqué par la France

Type

Charge utile (t)

Endurance (heures)*

Armement

Coût

Remarques

EADS Talarion

2,3

24

Evoqué

R&D de 1,4 milliard et 90 millions d’euros par système (3 appareils et station de contrôle).

Nouveau type de cellule. Coût de R&D à répartir sur les trois partenaires du programme.

BAE Mantis/Telemos

2,15

24 à 36

Oui

?

Nouvelle plateforme.

General Atomics MQ-9 Reaper

1,7

14 à pleine charge

Oui

Entre 80 et 175 millions de dollars par système suivant les contrats (4 appareils et station de contrôle). Dernières données : 209 millions d’euros pour 7 appareils et 2 stations de contrôle

Achat sur étagère.

Dassault/Thales Voltigeur/Heron TP

1

24 à 36

Evoqué

318 millions d’euros par système (7 appareils et deux stations de contrôle).

Cellule Heron TP d’origine israélienne. Coût incluant la R&D.

Sagem Patroller

0,25

20 à 30

Evoqué

Coût : entre 20 et 30 millions d’euros par système (3 appareils et station de contrôle).

Cellule Stemme. Peut être utilisé en mode piloté ou drone. Coût incluant a priori la R&D.

EADS Harfang/Eagle

0,25

24 heures à pleine charge

Non

Coût : 380 millions  d’euros par système (3 appareils et station de contrôle).

Cellule Stemme. Peut être utilisé en mode piloté ou drone. Coût incluant a priori la R&D.

* Il est nécessaire de garder à l’esprit que l’endurance est fonction de la charge emportée. De ce fait, les données communiquées par les industriels ne sont pas nécessairement comparables.

La conception d’une plateforme

Une fois l’équilibre entre ces trois vecteurs trouvé – il se détermine en fonction des besoins des forces – reste encore à prendre en considération plusieurs facteurs. Le premier est celui de la place de la plateforme dans la réflexion. Pour un MALE, la plateforme est théoriquement le produit des trois vecteurs susmentionnés mais encore faut-il sortir des schémas de conception traditionnels en aéronautique, qui sacralisent la plateforme. Or, il importe d’en revenir aux fondamentaux et de considérer que les charges utiles importent plus que les performances de la plateforme, à tout le moins pour les drones MALE de première génération (grosso modo, ceux qui sont actuellement en service). Or, si l’on reprend le cas du Harfang, la récupération des boules optroniques des drones Hunter, si elle apparaissait comme une solution de bon sens économique, s’est avérée peu militairement intéressante, ses performances étant trop faibles. Paradoxe, ce manque de considération des capteurs a été l’une des principales raisons qui a poussé à rendre urgent à l’acquisition rapide d’un nouveau drone MALE…

Reste aussi que cette vision du drone comme “ascenseur à capteurs”, classique dans la littérature sur la question, pourrait bien être remise en cause par l’évolution du caractère de la guerre. Jusqu’ici, les forces aériennes occidentales n’ont pas été confrontées à des adversaires très dangereux pour leurs capacités aériennes. Or, il est évident que les forces aériennes, dans de nombreuses régions du monde, se modernisent. Pire, la polarité de la stratégie aérienne, traditionnellement offensive, pourrait bien devenir défensive. Nombre d’Etats se dotent ainsi de systèmes de défense aérienne perfectionnés, abandonnant même parfois une capacité “chasse” au sein de leur force aérienne[4]. Dans pareil contexte, la sûreté des missions ISR est tout sauf garantie et la question d’un retour sur les fondamentaux de la conception des plateformes pourrait se poser. C’est, par exemple, l’approche de General Atomics sur l’Avenger (ex-Predator C), doté d’un réacteur et aux formes furtives. Cependant, sans doute ne faut-il pas trop attendre de la furtivité. Historiquement, tout avantage technologique n’est que transitoire et les recherches conduites sur les radars relativisera sans doute l’avantage conféré par la furtivité. En la matière, c’est plus de la résilience des flottes – et donc le nombre – que provient l’aptitude à maintenir une présence ISR.

Les facteurs d’influence  

Reste aussi que, comme tout objet technologique, les drones ne sont pas seulement le produit de considérations militaires : leur conception et les choix y afférant sont toujours le résultat d’influences multiples… et parfois contradictoires. Ainsi, si l’on revient au concept “d’effet politique” évoqué au début de cet article, ce dernier n’est pas nécessairement d’ordre stratégique-militaire. Dans un pays comme la France, il peut également être stratégique-économique, en sachant que l’acquisition ou la conservation de savoirs-faires est, en soi, aussi bien une garantie de puissance qu’un enjeu industriel. Reste aussi que cette vision se heurte au réel : comme le soulignaient les sénateurs se positionnant en faveur du MQ-9 Reaper, 7 drones ne constituent pas un marché, en sachant que les perspectives à l’export sont maigres face aux rouleaux compresseurs commerciaux américains et israéliens. Au passage, sans doute s’agit-il là d’une magistrale mais douloureuse leçon en matière d’art de l’innovation : il y a quinze ans, les Américains n’étaient à peu près nulle part en matière de drones MALE – soit au même niveau que nous. La différence a résidé dans une véritable réflexion, non pas sur les technologies mais bien sur ce que devaient être les engagements futurs et ensuite, seulement, ce qu’ils nécessiteraient comme nouvelles capacités…

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