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B61-12 : Un programme en débat

Ce même constat a également un effet sur les alliés des Etats-Unis en contribuant à la crédibilité des assurances de sécurité données au titre de la dissuasion élargie tant en Europe qu’en Asie. Certains acteurs y voient même un facteur contribuant à éviter l’acquisition d’armes nucléaires par certains Etats couverts par le parapluie nucléaire américain (essentiellement le Japon et la Corée du Sud).

Finalement, malgré son coût relativement élevé à court terme, le LEP B61-12 devrait également permettre des gains budgétaires sur le long terme. En effet, la fusion des différents types de B61 devrait conduire à la disparition des particularités liées au maintien de plusieurs mods et permettre des économies en matière d’entretien, de gestion de l’arsenal et d’entrainement. Mais le gain le plus substantiel selon les officiels du DoD provient du fait que le programme B61-12 permet d’éviter divers LEP qui auraient autrement été nécessaires. La modernisation de la B83 qui pourra être retirée du service grâce à l’entrée en service de la B61-12 aurait ainsi coûté de 4 à 5 milliards de dollars. Au final, selon  Donal Cook, administrateur adjoint de la NNSA, le programme B61-12 permettrait une économie de 50% sur 25 et 50 ans par rapport aux coûts d’une option n’incluant pas une fusion des différents mods de la B61.[4]

Eléments en débat 

Aux arguments développés par l’administration Obama s’opposent ceux des sceptiques vis-à-vis du programme B61-12, cristallisant le débat autour de trois thèmes majeurs. Le premier d’entre eux, essentiellement mis en avant par H. Kristensen de la Federation of American Scientists, concerne l’engagement des Etats-Unis à ne pas développer d’armes nucléaires permettant la conduite de « nouvelles missions militaires » ou procurant de « nouvelles capacités militaires ».[5] Un débat s’est ainsi ouvert sur la signification à donner à ces termes qui ne sont pas définis par la NPR. La NNSA et le DoD adhèrent à une interprétation centrée uniquement sur la capacité destructrice et insistent donc sur le fait que la capacité destructrice de la B61-12 n’excède pas celle des autres mods de la B61. Les opposants au programme adoptent quant à eux une approche plus large incluant l’employabilité de l’arme. Pour eux, la réduction des dommages collatéraux permettra à terme d’accroître la liste des cibles potentiellement attaquables, ce qui tendrait à remettre en cause l’objectif de l’administration Obama de réduire le rôle des armes nucléaires dans la stratégie de défense américaine. Ces interprétations sont chacune recevables, mais en l’absence de précisions de la NPR, il est difficile de les départager à priori et sans avoir accès à certains documents classifiés précisant l’emploi potentiel des armes nucléaires américaines.

Un autre point de débat autour de la B61-12 correspond à son utilité militaire et stratégique que les opposants contestent en restreignant le débat au théâtre européen. On retrouve ainsi plusieurs lettres de parlementaires européens adressées à leurs homologues américains expliquant que les armes nucléaires tactiques en Europe sont des reliques de la Guerre Froide et ne sont d’aucune utilité dans le nouveau contexte stratégique. Si la probabilité d’occurrence d’un conflit majeur en Europe incluant l’usage d’armes nucléaires tactiques semble relativement faible, il faut néanmoins relativiser l’impact de cet argument contre la B61-12. Tout d’abord, les récents évènements en Ukraine ont montré que l’usage de la force armée n’a pas perdu toute sa place en Europe et que les rapports de forces militaires continuent à avoir une réelle signification. Il s’agit ensuite de montrer qu’au-delà de leur usage purement militaire, ces armes revêtent avant tout un rôle d’assurance politique par leur rôle de signal vis-à-vis à la fois des alliés et des adversaires potentiels. A ce titre, on notera que le relatif désintérêt des Etats de l’Ouest de l’Europe pour la présence d’armes nucléaires américaines en Europe tranche fortement avec la position défendue par les Etats d’Europe centrale et orientale. Finalement, les opposants à la B61-12 commettent l’erreur de ne restreindre son rôle qu’à la dissuasion élargie en Europe, occultant ainsi le fait que cette arme est un élément central de l’outil de dissuasion américain futur. A côté de la protection du territoire national, elle pourra également servir sur le théâtre asiatique où la pertinence du parapluie nucléaire américain est bien plus prégnante comme le prouve la sortie exceptionnelle de deux B-2A aux abords de l’espace aérien nord-coréen en mars 2013.

Finalement, la question du coût et des alternatives moins onéreuses a déjà fait largement débat à la fois au Congrès et dans la société civile. Une campagne a ainsi été lancée par plusieurs organisations pro-désarmement nucléaire insistant sur le fait que chaque B61-12 coûte plus cher que son poids en or… Parallèlement, des chercheurs et certains parlementaires ont pointé un dérapage des coûts puisque les premières estimations (reconnues peu fiables) en 2009 mentionnaient le chiffre de 4 milliards de dollars. Face à ce constat, certains acteurs ont tenté de montrer que d’autres options envisagées lors des premières phases du programme auraient été moins onéreuses. Chaque alternative proposée semble néanmoins manquer le double objectif de la minimisation des coûts à long terme et des caractéristiques militaires requises par le DoD[6]. Au final, l’analyse des arguments contre la B61-12 montre que ceux-ci doivent être relativisés. Cela n’a néanmoins pas épargné une période de forte incertitude budgétaire au programme.

Le calme relatif après la tempête budgétaire

Si le risque budgétaire a pu être qualifié en 2013 de principal danger planant sur la B61-12, un certain nombre de facteurs tendent aujourd’hui à faire penser que le gros de la tempête budgétaire est désormais passé. Une remise en cause fondamentale du programme semble donc fort moins probable à l’avenir.

Après avoir été retardé d’environ six à douze mois du fait du blocage budgétaire fédéral de 2013, le programme  B61-12 s’est retrouvé sous le feu d’un groupe de sénateurs menés par la Sénatrice démocrate Diane Feinstein. En juin 2013, le Sénat a ainsi voté une réduction d’un tiers des fonds alloués à la B61-12 afin d’encourager la NNSA et le DoD à revoir leur projet. Ce vote s’est néanmoins heurté à l’opposition ferme de la majorité républicaine de la Chambre des représentants qui a fait du maintien du programme B61-12 dans sa forme actuelle une priorité dans les négociations autour du budget du DoD et du Département de l’Energie. L’accord final pour l’exercice budgétaire 2014, validé par la Maison Blanche en janvier 2014, prévoit ainsi un financement complet du LEP de la B61-12 à hauteur de 537 millions de dollars contre une coupe de 50 % au budget alloué au développement du TKA (soit 33 au lieu de 66 millions), la suppression des 10 millions demandés par l’USAF pour l’étude et le développement de la capacité nucléaire du F-35A, un engagement à retirer les B83 du service dès que les B61-12 seront à même de les remplacer (vers 2029) et une nouvelle étude des coûts du programme B61-12. L’essentiel est néanmoins sauvegardé dans cet accord qui ne devrait pas remettre en cause l’avancement du projet global et la synchronisation de ses divers composants. Les réductions de financement actées pour l’exercice 2014 devraient être compensées rapidement si le Congrès acceptait la requête du  DoD et de la NNSA pour un budget accru en faveur du TKA (+165 M) et de la version nucléaire du F-35 (+15 M) pour l’exercice budgétaire 2015.

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