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Les défis de la Royal Navy

Enfin, les dirigeants successifs de la Royal Navy ont montré très clairement que, dans la mesure du possible, ils choisiront toujours des armes, des plateformes et des capteurs pouvant être opérés lors de guerres de haute intensité et résisteront à la tentation d’investir dans des systèmes moins puissants mais moins coûteux et pouvant être obtenus en plus grande quantité. Ils expliquent que les bâtiments de haute intensité peuvent accomplir des tâches de basse intensité, ce qui n’est pas valable dans le cas inverse. De plus, les bâtiments de grande capacité sont nettement plus performants que ceux qu’ils remplacent. Selon certains experts en effet, le destroyer de Type 45 est, à de nombreux égards, cinq fois plus puissant que le Type 42 qu’il a remplacé ; six Type 45 offrent en conséquence une puissance de combat plus importante que quatorze Type 42. Toutefois, la difficulté tient au fait que, quelle que soit la capacité d’un bâtiment, il ne peut se trouver qu’à un seul endroit à la fois.     

Compte tenu de ces éléments, la Royal Navy ne représente qu’une petite partie de ce qu’elle était disons en 1982, à l’époque du conflit des Malouines ; alors qu’elle disposait de 50 destroyers et frégates, elle n’en a plus que 19 aujourd’hui. La flotte britannique comptait à l’époque trois porte-avions et 33 sous-marins à propulsion diesel classique et nucléaire. Elle ne dispose aujourd’hui que de 7 sous-marins nucléaires d’attaque et de 4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SSBN) – qui emportent la capacité de dissuasion nucléaire du pays – et d’aucun aéronef ou porte-avion de patrouille maritime, ni à aile fixe ni hélicoptère (à l’exception du HMS Ocean qui devrait bientôt quitter la flotte). L’échelle des réductions au sein de la Royal Fleet auxiliary (flotte royale auxiliaire), du service hydrographique et ainsi de suite fut tout aussi sévère, notamment pour ce qui est des effectifs qui ont été réduits de 23 000 personnels navals plus 7 000 Royal Marines. Si, à ces chiffres bruts, nous ajoutons la nécessité de rééquiper les bâtiments et les rotations des personnels à des fins de formation et autres, les bâtiments réellement disponibles pour des opérations à tout moment pourraient ne représenter qu’un tiers du total de la flotte. Cela a une conséquence claire – le Royaume-Uni rencontre de sérieuses difficultés à honorer ses engagements, y compris sur son propre territoire ; ceci est récemment devenu évident d’une manière plutôt embarrassante lorsque le pays a dû solliciter l’aide des alliés pour surveiller un sous-marin russe transitant dans les eaux britanniques. La Royal Navy n’a été en mesure de contribuer à aucun des groupes maritimes permanents de l’OTAN depuis 2012. Tout cela semble contraster fortement avec le développement naval que l’on constate dans d’autres parties du monde, notamment en Asie du Sud-Est où les budgets augmentent et les flottes s’agrandissent.

Mais en réalité, la Royal Navy continue à agir – et à se considérer – comme un acteur global sur la scène maritime. Courant août (qui fut un mois relativement tranquille), par exemple, en plus des neufs bâtiments opérationnels dans les eaux britanniques et de sa force sous-marine, dont la position est rarement annoncée, la Royal Navy a déployé deux bâtiments aux Malouines, quatre dans la Baltique et un dans les Caraïbes ; elle dispose de six navires croisant dans le Golfe, deux aux Malouines, quatre dans la Baltique, un dans la Méditerranée, plus l’escadron Gibraltar, six dans le Golfe et six autres dans le Commandement de la composante maritime du Royaume-Uni. Si c’est une marine globale, en mesure d’opérer pour de longues périodes à des milliers de kilomètres du pays, elle est clairement sous pression du fait d’un rythme opérationnel et d’un ratio mer/terre nettement plus élevés que ceux de toute autre marine, ce qui signifie que la Royal Navy exploite à grand profit ses bâtiments. Mais cela a un coût.  

Néanmoins, l’actuel First Sea Lord, l’Amiral Sir George Zambellas affirme régulièrement que des temps meilleurs sont à venir et qu’une sorte de renaissance navale est à l’œuvre. Pour preuve, il fait remarquer la régénération actuelle de la capacité de porte-avions du Royaume-Uni avec la récente annonce du gouvernement selon laquelle le pays disposera, à l’horizon 2020, non pas d’un mais de deux porte-avions de classe Queen Elizabeth de 62 000 tonnes. Ces bâtiments seront les plus grands jamais construits pour la Royal Navy et ils opèreront les nouveaux avions de combat multirôles F-35B, les nouveaux hélicoptères Merlin et Wildcat ainsi que des systèmes aériens inhabités de différents types, avec des possibilités d’extension au cours des prochaines années. Cette spectaculaire recapitalisation de la flotte est également illustrée par l’achèvement des frégates très performantes de défense aérienne de Type 45 et des sept puissants sous-marins nucléaires d’attaque (SSN) de classe Astute. Bien qu’en attente d’une décision officielle, qui devrait être prise en 2016, le programme de remplacement du SNLE Trident est bien avancé, le Royaume-Uni se positionnant comme leader pour la conception du compartiment à missiles commun, qui sera également une caractéristique de la prochaine génération de sous-marins lanceurs d’engins de l’US Navy. Bien que la flotte actuelle de 13 frégates de Type 23 de la Royal Navy soit en cours de modernisation, il est prévu qu’elle soit remplacée – à l’horizon 2020 et au moins sur une base de une pour une – par des « Global Combat Ships » de Type 26, plus grands et plus performants. Circulent également des rumeurs selon lesquelles il y aurait de plus grandes aspirations encore. Les premiers contrats ont déjà été signés pour le programme des bâtiments de Type 26, la construction étant prévue pour 2016. Si l’on ajoute à cela des programmes pour de nouveaux chasseurs de mines, des pétroliers et des ravitailleurs, la future flotte sera très différente et plus performante que l’actuelle, même s’il est improbable qu’elle soit considérablement plus grande. Certains parlent de renouveler le programme d’avions de patrouille maritime et de doter les bâtiments de Type 45 d’une capacité de défense antimissiles balistiques. L’annonce selon laquelle la Royal Navy a l’intention de développer sa capacité de monter des armes à haute énergie sur ses bâtiments de guerre d’ici la fin de la décennie illustre son intention de rester à la pointe du développement naval.                 

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