Magazine DSI

Les défis de la Royal Navy

Le premier tient à la relation très étroite avec l’US Navy, l’une des manifestations les plus évidentes de la « relation spéciale » qu’entretiennent les deux pays et qui, en dépit des inévitables hauts et bas, semble bien se porter. La coopération entre les deux États apparaît clairement dans les politiques d’acquisition des deux marines, comme je l’ai précédemment relevé, et dans les opérations qu’elles ont conduites conjointement en particulier dans le Golfe lors des guerres en Irak et en Afghanistan. Cette coopération se poursuit par une série d’activités communes allant de la signature, l’an dernier, de la Combined Strategic Narrative (qui expose cinq principaux domaines de travail au cours des quinze prochaines années, durant lesquelles les deux marines chercheront à intégrer leurs efforts), au fait que le HMS Duncan, le dernier des Type 45, opère comme « Pedro » (NdT : navire ou hélicoptère de sauvetage) pour l’USS Theodore Roosevelt (100 000 tonnes). Plutôt qu’une simple « coopération », ces activités sont des actes d’intégration.

Le deuxième élément est une réponse plus récente aux difficultés que pose le partage du fardeau : il s’agit de la relation de défense bien plus étroite qu’a développée le Royaume-Uni avec la France depuis les accords de Lancaster House (2010). Ces deux nations coopèrent actuellement d’une manière autrement plus soutenue qu’auparavant et sur des sujets comme le développement d’un programme de véhicules aériens de combat inhabités, la lutte contre les mines, le développement de sous-marins ou encore la formation de pilotes britanniques sur le porte-avion Charles de Gaulle. Alors que la décision du Royaume-Uni de ne plus recourir à des catapultes et des brins d’arrêt sur ses porte-avions fut certainement un coup pour la perspective de collaboration dans ce domaine, la voie vers une coopération globale plus étroite est ouverte.  

Personne n’a de boule de cristal et les prédictions sont un exercice difficile. Mais quelle est votre vision de la Royal Navy à l’horizon 2030 ?

Cet exercice de la boule de cristal est difficile car des changements imprévus peuvent intervenir sur la scène interne ou internationale. Avec des événements inattendus comme le printemps arabe et la montée de l’État islamique à l’étranger et dans le pays, l’émergence de nouveaux dirigeants radicaux au sein du Parti travailliste, principal parti d’opposition britannique, qui ne s’intéresse pas à la défense, se méfie de l’OTAN, est viscéralement anti-américain et hostile au remplacement du système Trident, tout peut arriver. Mais, à l’exception d’une surprise et d’un événement sismique – comme les travaillistes remportant les élections de 2020 – la configuration générale de la Royal Navy à l’horizon 2030 est en grande partie établie par les programmes actuels. La flotte de 2030 ressemblera donc beaucoup à celle envisagée pour 2020 : une capacité de dissuasion nucléaire permanente, deux grands porte-avions assurant une capacité expéditionnaire pour des opérations « imprévues », soutenue par une force de 19 destroyers/frégates puissants, 7 sous-marins nucléaires d’attaque, une capacité amphibie et un soutien modernisé, ainsi qu’une force destinée à la guerre des mines. Selon les critiques, cela crée un trop grand écart entre les ressources et les engagements probables, et quelques augmentations des effectifs et de la force destroyers/frégates de la Royal Navy ont en effet été évoquées. Mais si cela devait arriver, ce qui n’est en rien certain, ce n’est pas pour tout de suite.   

Propos recueillis par Joseph Henrotin le 29 septembre 2015, Publié dans DSI hors-série n°44, octobre-novembre 2015.  

Traduction par Gabriela Sulea-Boutherin

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR