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Dans l’Arctique, les Russes se préparent un avenir stratégique

C’est d’ailleurs pour ces mêmes raisons que tant d’efforts sont fournis dans le domaine de la protection anti-balistique. L’armée russe prévoit tout un pan de ses moyens en matière d’interceptions à l’intérieur de son commandement stratégique Arctique. L’utilisation de tels axes de tirs reste l’une des principales menaces vitales pour le cœur du territoire russe. Il suffit de regarder une mappemonde pour voir à quel point, en prenant plein nord, l’Alaska est relativement proche de Moscou.

Entrainements

Etudier la palette des exercices militaires menés dans la région peut donner quelques aperçus des réflexions en cours au sein des forces russes pour l’Arctique. En septembre 2015, la flotte du Nord a ainsi mené un exercice mobilisant des navires de combat et de l’infanterie de marine. 230 soldats ont débarqué sur l’archipel de Nouvelle-Sibérie à l’aide de navires d’assaut amphibie. La manœuvre était appuyée par des hélicoptères Ka-27 et le navire de guerre anti sous-marine Severomosk. On retrouve ici deux problématiques déjà évoquées : la capacité à manœuvrer dans cette zone spécifique, tout en dominant la composante sous-marine.

En 2014, l’armée russe lançait son plus important exercice militaire depuis la fin de l’ère soviétique. Baptisée Vostok 2014, il était très largement orienté sur la problématique Arctique. 70 navires, 120 aéronefs et près de 5000 pièces d’artillerie participaient à un entrainement à la protection des côtes, des fonds sous-marins et de l’espace aérien. Surtout, pour la première fois, une mission de débarquement était menée sur l’île de Vrangel, dans l’Arctique. Une part des 100 000 soldats mobilisés a également participé à un stage de survie en zone polaire. L’idée était alors d’évaluer les capacités russes à résister à une invasion d’envergure, y compris passant par l’Arctique. Une dizaine d’hommes était morts dans cet impressionnant déploiement de force.

En 2013, plus modestement, 35 000 hommes avaient participé à cinq jours de manœuvre autour de l’île Sakhaline. Située au large de la Sibérie, elle ne fait pas partie de l’Arctique. Le gros de l’exercice, impliquant une cinquantaine de bâtiments de surface et de sous-marins, ainsi qu’une grosse centaine d’aéronefs, visait à tester la protection des côtes. Quelques entrainements ont été plus directement dédiés à du tir tactique en zone polaire. Dans ce cadre, des forces ont été mobilisées également, à l’autre bout du grand Nord, autour de l’archipel François Joseph et de Novaya Zemlya. A l’époque, la plupart des médias ne s’étaient pas spécialement émus de ces mouvements dans la zone, faute de bases militaires opérationnelles dans ce secteur.

En 2012, et nous arrêterons ici cette remontée dans le temps, un exercice d’état-major impliquait un débarquement sur l’archipel de Novosibirsk. Les officiers interviewés par la presse russe expliquaient à l’époque chercher à tester leurs capacités dans ces nouveaux espaces polaires, dont ils attendaient une ouverture plus large à la navigation. Il s’agissait alors très largement de tester les comportements des matériels et des hommes en zone polaire, tout en travaillant les techniques de reconnaissance en vue de manœuvres dans ce secteur. A l’époque, déjà, la presse avait réagit d’une manière tout à fait similaire à ce que l’on pouvait lire ces derniers mois. Côté américain et européen, beaucoup s’inquiétaient de la militarisation russe de l’Arctique… Tandis que côté médias russes, on rappelait systématiquement que les Canadiens, les Danois et les Américains, notamment, n’hésitaient pas à en faire autant. Qui a dit que les journalistes avaient la mémoire courte ?

Article publié dans DSI hors-série n°46, février-mars 2016

[1]    Ryan Faith, « Russia’s Massive Military Exercise in the Arctic is Utterly Baffling », Vice News, 20 mars 2015.

[2]    Romain Mielcarek, « L’Arctique, l’autre front russe ? », Slate, 17 avril 2014.

À propos de l'auteur

Romain Mielcarek

Romain Mielcarek

Chercheur spécialiste dans les questions de défense et de relations internationales, Romain Mielcarek est doctorant en sciences humaines, rattaché à l’université de Strasbourg sous la direction de Philippe Breton, spécialiste des techniques d’argumentation, il s'intéresse à l’influence de la communication militaire sur le récit médiatique au cours du conflit afghan, depuis le début des années 2000.
Il anime par ailleurs le blog guerres-influences.com.Il anime par ailleurs le blog guerres-influences.com.

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