Magazine DSI

La Chine change-t-elle de posture stratégique ?

L’APL maintient un double système de hiérarchie avec le rang d’une organisation et le grade de l’officier qui la dirige. Avant la réforme de 2016, les responsables des quatre départements étaient membres de droit de la Commission militaire centrale tandis que les commandants en chef de la marine, de l’armée de l’air et de la Seconde Artillerie étaient promus au choix, car leurs services avaient un rang inférieur, équivalent à celui des régions militaires (22). Après la réforme de 2016, les deux vice-présidents et les huit membres de la Commission mili- taire centrale nommés à l’occasion du 18e congrès en 2012 conservent leur position. Xu Qiliang, le vice-président de la Commission militaire centrale, exhorte la commission de la discipline à persévérer dans la lutte contre la corruption après l’exclusion des deux anciens vice-présidents, Guo Boxiong et Xu Caihou (23).

Libérer la marine pour mieux défendre la souveraineté

Le 23 mars, Xi Jinping s’adresse à l’Université nationale de défense pour insister sur la nécessité de former les commandantsàla guerre interarmées. Il lui demande également de prépa- rer des théories militaires qui soient actuelles, innovantes et originales (24). Selon Song Zhonping, « la simplifica- tion de la structure de commandement peut garantir une réponse plus rapide à l’avenir (25) ».

Daté du 4 janvier 2016, un article du Global Times lie la réforme de l’armée chinoise aux conflits de souveraineté, expliquant que la marine sort grande gagnante (26). Pour le chercheur Li Jie, « la réforme améliore le statut de la marine au sein des forces armées chinoises, permettant le retrait des armements navals obsolètes et leur remplacement par de nouvelles armes et une amélioration des capacités de combat ». De plus, « la réforme militaire va augmenter le degré de coopération entre l’armée, la marine et l’armée de l’air (27) ». De fait, la marine mène des exercices de plus en plus complexes et ambitieux. Abandonnant leur provincialisme, les trois flottes s’entraînent ensemble au-delà de la « première chaîne d’îles ». Après un grand exercice inter-flottes autour du Japon en décembre 2014, une centaine de bâtiments ont été déployés en mer de Chine méridionale les 26 et 27 juillet 2015 pour appuyer les opérations de débarquement des « Marines ».

Le 28 juillet, la marine semblait effectuer son premier exercice conjoint avec la Seconde Artillerie, devenue depuis la Force des missiles. Commentant l’événement, l’amiral Yin Zhuo expliquait que l’exercice était destiné à tester les capacités des missiles « tueurs de porte-avions (28) ». Répétant en décembre l’entraînement inter-flottes de l’année précédente, la flotte du Sud (« forces rouges ») s’opposait aux flottes de l’Est et du Nord (« forces bleues ») qui simulaient un groupe aéronaval américain (29). Le 23 janvier 2016, le commandant en chef de la marine, l’amiral Wu Shengli, accompagné du commissaire politique Miao Hua, observait le quatrième exercice transrégional des « Marines », cette fois-ci au Xinjiang, dans le désert de Gobi. Comme l’explique le capitaine de vaisseau Zhang Junshe, chercheur à l’institut de recherche de l’académie navale de l’APL, les « Marines » doivent pouvoir intervenir loin de la mer : « Comme nous avons étendu nos intérêts nationaux aux intérêts outre- mer, les menaces ne concernent pas seulement les eaux environnantes, mais peuvent également surgir dans d’autres directions, plus éloignées. (30)»

Urgence imminente des intérêts outre-mer

Selon le chercheur Chen Xiangmiao, les questions de souveraineté ne représentent qu’un « volet secondaire » de la nouvelle stratégie maritime du pays, car « une marine puissante protégera non seulement le territoire, mais aussi les intérêts maritimes et la réputation internationale de la Chine (31) ». En mai 2015, le Bureau d’information du Conseil d’État publiait un nouveau livre blanc sur la stratégie militaire précisant que les « intérêts à l’étranger [sont devenus] […] un problème imminent ». Le document souligne que « les intérêts nationaux de la Chine » [“中国的国家利益”], sont plus vulnérables outre-mer. En réponse à ces menaces, le document indique que « les forces armées participeront activement à la fois à la coopération régionale et à la sécurité internationale pour sécuriser efficacement les intérêts ultramarins de la Chine(32) ». Parallèlement, Pékin reconnaît la montée en puissance de ses forces. Le livre blanc sur la stratégie militaire de mai 2015 précise que «la constitution de forces armées puissantes est une mission stratégique pour la modernisation de la Chine et une garantie de sécurité pour [son] développement pacifique […] ». Dans le même document, les autorités admettent développer sa puissance maritime : « Il est nécessaire pour la Chine de se doter d’une force navale proportionnelle avec ses intérêts de sécurité […] pour protéger la sécurité de ses routes maritimes stratégiques et de ses intérêts à l’étranger (33) ». Abandonnant l’explication originelle d’assurer la défense aérienne au-delà de la première chaîne d’îles et dans la mer de Chine du Sud, les auteurs chinois justifient le porte-avions pour protéger le « commerce extérieur » du pays (34).

En 2011, Pékin envoyait une frégate en Méditerranée pour escorter les ferries grecs qui évacuaient ses ressortissants de Libye. En 2015, la marine réalisait sa première évacuation de ressortissants au Yémen pour les conduire à Djibouti. Interviewé par Global Times, le capitaine de vaisseau Zhang Junshe en minimisait la signification géostratégique en expliquant que la Chine pratique une politique de non-interférence dans les conflits locaux, que les bâtiments et aéronefs chinois obtiennent d’abord l’assentiment du gouvernement légitime – et dans le cas du Yémen, de l’opposition armée – pour ces missions. Avec la création d’un département des opérations outre-mer au sein du bureau opérations du nouvel état-major interarmées, la Commission militaire centrale se substitue à la marine pour traiter directement ces opérations. En mars 2016, Tan Zhiwei, le directeur du tout nouveau bureau, participait à un exercice de planification avec le Royaume-Uni, anticipant des coopérations futures (35).

Porte-avions et capacités de projection

Depuis plus d’une décennie, les experts chinois évoquent la question de la « puissance maritime », admettant que la protection des intérêts chinois impose le développement d’une flotte de « haute mer » (蓝水). En septembre 2012, le président Hu Jintao et le Premier ministre Wen Jiabao assistaient à la cérémonie de mise en service du premier porte-avions chinois, le Liaoning, l’ancien Varyag soviétique, suivie deux mois plus tard par le premier appontage d’un chasseur J-15 Black Shark, la copie chinoise de l’avion de combat naval soviétique Su-33 Flanker. Le 31 décembre 2015, le ministère de la  Défense confirmait la construction du premier porte-avions national, leType-001A. Interrogé sur le nombre de porte-avions dont la Chine aurait besoin, Zhang Junshe a cité l’exemple indien pour répondre qu’«un pays comme la Chine a théoriquement besoin d’au moins trois porte-avions pour s’assurer qu’un d’entre eux est toujours disponible ». Autre confirmation des ambitions océaniques, la marine se dote de huit pétroliers ravitailleurs Type-903 de 20 000 tonnes, et lance la construction des premiers bâtiments de soutien Type-901 de 45 000tonnes, quadruplant ses moyens de ravitaillement en haute mer (36).

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR