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Le soldat augmenté : concept et réalité opérationnelle

La préservation de la capacité de réversibilité est primordiale

Le général Krulak évoque ce point dans la « guerre des trois blocs ou des trois volets »[2]: sur une même mission, dans un rayon de trois quartiers de maisons, un soldat peut-être confronté à une action de coercition, puis une action de maintien de la paix et enfin à une mission d’aide à la population. Cela nécessite une réversibilité matérielle, physique et psychologique.

Conservation d’une capacité de décision lucide et d’empathie pour le chef et ses hommes.

La complexité des affrontements et l’évolution des conflits rendent ce point primordial. Le but d’une intervention n’est plus uniquement la destruction de l’ennemi mais vise au rétablissement des pouvoirs régaliens de l’état secouru tout en gagnant « le cœur de la population ». Ce dernier point restera valable en cas de résurgence des guerres symétriques car la population restera un enjeu et les centres urbanisés le lieu principal des combats comme on peut le constater en Syrie ou en Ukraine.

Les impacts psychologiques et stress post-traumatiques peuvent être décuplés par l’efficacité du matériel utilisé.

Le fantassin au combat risque sa vie et n’a qu’une vision parcellaire du combat et de l’impact de ses tirs ou de son action. Mais un tireur en tourelle de VBCI (Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie, utilisé dans l’armée française) verra très précisément les impacts de ses tirs et les dégâts causés tout comme le pilote de drone américain lorsqu’il largue ses missiles bien qu’il n’y ait pas de danger immédiat pour eux. Et pourtant ces catégories de personnel développent statistiquement plus de syndromes post traumatiques.

En conclusion, nous pouvons constater que les projets actuellement en développement sont nombreux et répondent ou répondront aux besoins des combattants en opération. La science permettra même de proposer des solutions qui dépasseront l’imagination du combattant. Mais gardons à l’esprit que le soldat reste un homme sur qui la guerre laisse des traces physiques et psychologiques, tant sur le court que le long terme. « Le soldat augmenté » représente une nouvelle étape du développement technologique ou plutôt une rupture : on ne cherche plus seulement à améliorer le véhicule ou l’armement mais aussi l’utilisateur, l’homme. Il semble donc nécessaire à terme que le législateur s’empare du sujet afin de fixer les barrières éthiques, morales et légales à l’augmentation du soldat, laquelle pourrait changer la nature de l’homme et bousculer ainsi les canons de rationalité et de morale qui prévalaient jusqu’à maintenant.

Article publié dans DSI hors-série n°45, décembre 2015-janvier 2016

[1] En janvier 1999, le général Charles Krulak, ancien commandant de l’USMC écrivait un article développant la notion de caporal stratégique : Charles C. Krulak, “The Strategic Corporal: Leadership in the Three Block War” Marines Magazine, Vol. 83, n°1, January 1999.

[2]  “…whether humanitarian assistance, peace-keeping, or traditional warfighting, is that their outcome may hinge on decisions made by small unit leaders, and by actions taken at the lowest level…”. Charles C. Krulak, art. cit.

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