Magazine DSI

Le partage du fardeau au sein de l’OTAN : l’effet Trump ne durera pas

Conclusion

Cet article a analysé les jeux transatlantiques de partage du fardeau que connaît l’OTAN depuis 1949 selon trois facteurs présentés dans le tableau ci-dessous. La menace existentielle posée par l’Union soviétique au cours de la guerre froide a conduit à un partage du fardeau centré sur la mission première de défense et de dissuasion. Les dépenses de défense définies en proportion du PIB sont devenues la principale mesure du partage du fardeau par les alliés puisque cela était simple à comprendre et que les États-Unis dépensaient bien plus que les Européens. La nature existentielle de la menace soviétique a évité que les différends sur ce partage ne dégénèrent puisque les États-Unis ne pouvaient pas de manière crédible menacer de retirer d’Europe un nombre important de personnels sans nuire à leur propre sécurité. La disparition de la menace existentielle a ouvert la voie pour faire des opérations hors zone la principale mission de l’OTAN. Les nouvelles mesures dans ce domaine visant à s’assurer que les Européens adaptent leurs forces aux opérations hors zone sont devenues source de différends sur le partage du fardeau. Washington a souligné à maintes reprises l’existence à long terme de l’OTAN afin de faire pression pour que les Européens accroissent leurs contributions hors zone. Le gain de crédibilité des menaces américaines de quitter l’Alliance a conduit les Européens à les augmenter tout en continuant à réduire leurs dépenses de défense contrairement aux objectifs de contributions qu’ils s’étaient engagés à tenir. Les controverses sur le partage du fardeau pour les opérations hors zone furent plus intenses que celles sur les dépenses de défense au cours de la guerre froide puisque ces opérations s’éloignant de l’Europe, les intérêts américains et européens ne coïncidaient plus.

L’accroissement de la menace russe a de nouveau changé la donne. La mesure des contributions en fonction du PIB adoptée au cours de la guerre froide est devenue plus importante que les contributions hors zone. La forte pression exercée par l’administration Obama, associée à l’accroissement des menaces à l’Est, a conduit les Européens à cesser la réduction de leurs dépenses de défense. Au même moment, l’administration Obama, tout aussi ferme pour contrer la menace russe, a réduit la pression exercée pour que les membres européens non limitrophes de la Russie augmentent ces dépenses.

L’administration Trump a intensifié la pression américaine sur les Européens en menaçant de ne pas défendre les alliés ne prenant pas de mesures quantifiables pour atteindre l’objectif des 2 % et contribuer plus aux opérations hors zone. Toutefois, la crédibilité de cette menace faiblira avec le temps compte tenu de l’écart évident entre les paroles et les actes. Les sermons du président Trump reprochant aux Européens de dépenser et de faire trop peu sont en total désaccord avec les efforts considérables que son administration continue à faire pour contrer la menace russe en Europe de l’Est.

La poursuite par l’administration Trump du leadership militaire instauré par son prédécesseur pour dissuader la Russie témoigne d’un intérêt fort pour l’Alliance, qui perdurera tant que les responsables américains verront les États-Unis comme une puissance mondiale aux intérêts mondiaux. L’Alliance demeure un élément central de l’infrastructure globale de projection de puissance des États-Unis. Le retrait de l’OTAN mettrait un terme à leur système d’alliances en Asie puisque le Japon, la Corée du Sud et Taïwan perdraient confiance en leur capacité à les soutenir en cas de confrontation avec la Chine. Ce sont cet intérêt des États-Unis à maintenir l’OTAN et leur position en tant que puissance mondiale et l’intérêt européen de maintenir la garantie de sécurité américaine qui ont contenu depuis 1949 les différends sur le partage du fardeau dans l’OTAN. Rien dans notre analyse ne suggère que l’approche de l’administration Trump, plus agressive et transactionnelle, modifiera cette situation. L’intérêt des États-Unis pour conserver l’OTAN en vie en soutien de leur propre stratégie globale affaiblit la crédibilité de la menace de Donald Trump de mettre fin à l’Alliance. Pour les États membres européens dépensant moins de 2 %, cela leur offre l’opportunité de poursuivre en ce sens à l’avenir. Ils continueront ainsi et les États-Unis continueront à s’en plaindre. Mais les États-Unis ne partiront pas, car les Européens consentiront suffisamment d’efforts pour que « les Américains restent ». Par conséquent, s’il existe, l’effet Trump semble voué à être éphémère.

Article publié dans DSI hors-série n°57, décembre 2017-janvier 2018

Notes

(1) Mission des États-Unis auprès de l’OTAN, « Intervention by U.S. Secretary of Defense Jim Mattis, Session One of the North Atlantic Council NATO Defense Ministerial », 15 février 2017.

(2) Cité dans Jens Ringsmose, « NATO Burden-Sharing Redux: Continuity and Change after the Cold War », Contemporary Security Policy, vol. 31, no 2, 2010, p. 319-338, p. 321.

(3) Ibidem, p. 324.

(4) Sten Rynning, NATO Renewed: The Power and Purpose of Transatlantic Cooperation, Palgrave, New York, 2005, p. 102-140.

(5) Peter Viggo Jakobsen, « The Indispensable Enabler: NATO’s Strategic Value in High-Intensity Operations Is Far Greater Than You Think » in Liselotte Odgaard (dir.), Strategy in NATO: Preparing for an imperfect world, Palgrave Macmillan, New York, 2014, p. 59-74.

(6) Ibidem.

(7) Jens Ringsmose et Sten Rynning, Come Home NATO ? The Atlantic Alliance’s New Strategic Concept, Danish Institute for International Studies Report, Copenhague, 2009/4.

(8) Carl Ek, « NATO’s Prague Capabilities Commitment », CRS Report for Congress, RS21659, 24 janvier 2007.

(9) Peter Viggo Jakobsen, « The Danish Libya Campaign: Out in Front in Pursuit of Pride, Praise, and Position » in Dag Henriksen et Ann Karin Larssen (dir.), Political Rationale and International Consequences of the War in Libya, Oxford University Press, Oxford, 2016, p. 192-208, p. 201.

(10) NATO, « Wales Summit Declaration », 5 septembre 2014.

(11) NATO, Defence Expenditure of NATO Countries (2010-2017), 29 juin 2017, p. 8.

(12) Peter Viggo Jakobsen et Jens Ringsmose, « Victim of its own success: How NATO’s difficulties are caused by the absence of a unifying existential threat », Journal of Transatlantic Studies, à paraître en 2018.

(13) Mission des États-Unis auprès de l’OTAN, op. cit.

(14) Département d’État des États-Unis, « NATO Foreign Ministerial Intervention Remarks », 31 mars 2017.

(15) NATO, Defence Expenditure of NATO Countries (2010-2017), op. cit., p. 2.

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR