Forces de missiles stratégiques russes (RVSN). Évolutions en demi-teinte

Les effets de ces évolutions doctrinales sur les RVSN ont finalement été assez minces. D’ordre technique, l’action des troupes de missiles stratégiques a consisté à entretenir les forces dont elles ont la garde et qui, par traités interposés, n’ont cessé de se réduire. Entré en vigueur en 2011 pour une durée de dix ans, le « Nouveau START » n’autorise les États-Unis comme la Russie à disposer que de 700 missiles et bombardiers en service (800 en incluant les lanceurs non déployés), pour un total de 1 550 charges nucléaires. Au 1er octobre 2015, la Russie déclarait 526 missiles et bombardiers actifs (877 en incluant les systèmes non déployés) et 1 648 charges. Sachant que l’objectif du traité doit être atteint en 2018, Moscou respecte donc ses engagements. Reste que, dans pareil cadre, les RVSN disposent toujours d’une liberté de manœuvre dans leur stratégie des moyens, via une modernisation capacitaire.

Le nouveau traité étant moins restrictif que les précédents sur les caractéristiques des missiles concernés, la Russie cherche un point d’équilibre entre ses ressources, ses capacités industrielles et technologiques, et la réassurance de ses capacités dissuasives. C’est de facto ce qui est en cours depuis plusieurs années, avec la mise en service et la poursuite du déploiement du SS‑29/RS‑24 Yars – une évolution mirvée du SS‑27 Topol‑M. Il équipera également cinq trains BZhRKs Barguzin, annoncés pour 2018, chacun étant capable de tirer six missiles. À plus long terme, les travaux autour d’un nouvel ICBM lourd, le SS‑X‑30/RS‑28 Sarmat, doivent déboucher sur une entrée en service en 2018-2020. Son développement, destiné au remplacement du SS‑18 Satan, semble connaître des retards – l’objectif affiché étant de le déclarer opérationnel en 2020, un premier essai devant intervenir en 2016. L’engin serait doté d’une dizaine de charges et aurait une portée supérieure à 12 000 km. A priori, le missile serait installé en silo.

Un autre ICBM, cette fois mobile sur route, le RS‑26 Rubezh, testé à partir de septembre 2011, doit également entrer en service d’ici là. Ses charges, manœuvrantes, doivent permettre de contrer les systèmes antimissiles. Son statut exact n’est cependant pas clair, les informations étant contradictoires : un temps qualifié de « Yars‑M », il pourrait être doté d’un étage de moins, ce qui réduirait sa portée. Par ailleurs, plusieurs essais récents de Topol‑M montrent des tentatives de réduction de portée. La question est importante : la Russie pourrait être en train de chercher à disposer de missiles officiellement qualifiés d’ICBM, mais qui auraient en réalité une portée intermédiaire ; or les IRBM sont proscrits par le traité INF. La Russie argue pour sa part qu’elle cherche à disposer d’engins ayant des trajectoires dépressives, plus difficilement interceptés par des antimissiles.

Article paru dans DSI n°121, janvier-février 2016.

Notes

(1) En Russie d’Europe (y compris l’actuel Biélorussie et l’Ukraine), ces bases étaient Pervomaysk, Derazhnya, Kozelsk, Teykovo, Yedrovo, Yoshkar Ola, Tatishshevo et Kostroma. En Russie centrale (y compris le Kazakhstan), on comptait les bases de Perm, Dombarovsk, Tuyratam, Imen Gastelo, Alyesk, Znangiz Tobe. Les bases en Extrême-Orient soviétique se répartissaient entre Uznur, Gladkaya, Drevyanaya, Olovyannaya, Svobodvyy.

(2) Les RVSN ont ainsi perdu les SS‑4, ‑5, ‑20 et SS‑CX‑4 (la version à lancement terrestre de l’AS‑15/SS‑N‑21). Les forces terrestres ont perdu les SS‑12 et SS‑23.

(3) À ce titre, il est intéressant de constater que la mise en place du réseau ABM‑1 ne couvre pas que des objectifs civils. Les grands quartiers généraux bénéficieraient aussi de sa protection.

(4) La nouvelle entité a pour nom « VKS », mais concrètement, le terme VVS est toujours retenu.

(5) Oleg Volkov et Vladimir Umnov, « Russia : nuclear suitcase secrets detailed », FBIS-SOV, 96‑212S, 1er septembre 1996.

(6) Allen Levine, « Soviet General Says Unrest May Spark Nuclear Terror », The Atlantic Journal/The Atlantic Constitution, 16 octobre 1991.

(7) L’un des paramètres à prendre en compte dans la crédibilité d’une frappe est le LPT (temps de préparation au lancement), historiquement long sur les engins à carburant liquide et pouvant être exploité par l’ennemi. Les engins à carburant solide apparus dans les années 1980 ont drastiquement réduit ce LPT, à moins de trois minutes, accroissant la certitude d’un lancement effectif.

(8) Jean-Christophe Romer, La pensée stratégique russe au XXe siècle, coll. « Hautes études stratégiques », ISC/Economica, Paris, 1997.

(9) Vassili D. Sokolovski, Stratégie militaire, L’Herne/Fondation pour les études de défense nationale, Paris, 1984. Cet ouvrage est en fait la traduction de la 3e édition soviétique.

(10) Jean-Christophe Romer, op. cit., p. 43.

(11) Jean-Christophe Romer, op. cit., p. 40.

(12) Henri Paris, Stratégie soviétique et chute du Pacte de Varsovie. La clé de l’avenir, Publications de la Sorbonne, Paris, 1996 .

(13) Jean-Christophe Romer, op. cit.

(14) Ibid. p. 45.

(15) Jean-Christophe Romer, op. cit. p. 51.

(16) Henri Paris, op. cit. p. 192.

(17) Soit dotés de plusieurs têtes à guidage indépendant.

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