Magazine Diplomatie

La Silicon Valley : un écosystème à bout de souffle ?

Le boom de l’Internet

L’avènement d’Internet, dont la genèse doit tout au projet DARPA développé par le Pentagone à partir des années 1960, vient rappeler le rôle que celui-ci a pu jouer dans l’essor de l’économie locale. Il conduit aussi la Silicon Valley à se réinventer en entrant dans l’ère de l’information et du numérique.

La Silicon Valley, territoire emblématique de la nouvelle économie

De fait, elle s’impose très vite comme le fer de lance de la nouvelle économie qui se développe alors aux États-Unis et qui conduit à une accélération du rythme de la croissance à partir de 1993, sous l’effet combiné de l’accélération de la mondialisation et de l’essor des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Le « boom de l’Internet » dynamise le marché des micro-ordinateurs, des logiciels et du multimédia, dont les prix baissent fortement et les ventes s’envolent, conduisant à une appréciation spectaculaire de la capitalisation boursière des sociétés de ces filières. La valeur de l’indice du NASDAQ (National Association of Securities Dealers Automated Quotation System, créé en 1971) est ainsi multipliée par dix entre octobre 1990 et mars 2000, progression qui apparaît presque modeste au regard de celle des titres des sociétés phares de la Silicon Valley : le cours de l’action d’Oracle est multiplié par vingt entre 1986 et 2000 et celui de Sun Microsystems atteint en 2000 plus de cent fois sa valeur de 1994.

L’entrée dans cette nouvelle vague d’innovation, largement portée par la progression des montants investis dans le capital-risque entraîne aussi la création de centaines de start-up dans la Silicon Valley. Yahoo (1994), eBay (1995), Google et Netflix (1997), ou PayPal (1998) sont les plus emblématiques d’entre elles et d’une époque où l’innovation ne réside plus tant dans le produit que dans le service, comme dans le cas du commerce électronique, des moteurs de recherche ou de l’édition électronique. Au fur et à mesure qu’elles se diffuseront, ces innovations transformeront radicalement l’organisation du travail au sein des entreprises, mais aussi la nature des emplois et la vie quotidienne d’un nombre croissant d’individus aux quatre coins de la planète. Beaucoup d’entre elles émanent de start-up créées par des étrangers (29 % entre 1995 et 1998, contre seulement 13 % entre 1980 et 1984) venus s’installer dans la Silicon Valley pour bénéficier de ce qui la rend unique au monde, et 35 % des programmeurs et des ingénieurs en informatique employés localement en 1998 sont nés à l’étranger.

Les effets sur la croissance américaine

La croissance de la Silicon Valley est deux fois plus forte que la croissance nationale dans les années 1990, décennie au cours de laquelle la relation entre progrès technologique, innovation et croissance se modifie, près d’un tiers de la croissance apparaissant imputable aux nouvelles technologies. Les auteurs qui étudient la relation entre croissance et innovation mettent aussi en avant le rôle de la structure des marchés et de la concurrence entre firmes, se démarquant ainsi de la perspective schumpetérienne dans laquelle c’est l’action innovante d’entrepreneurs agissant de façon autonome qui dynamise l’évolution économique. Dans une économie dans laquelle les performances sont de plus en plus déterminées par la connaissance, la circulation de l’information, la coopération et la formation de réseaux jouent en effet un rôle fondamental, et l’innovation ne peut en aucun cas résulter de l’action individuelle d’entrepreneurs isolés. Ainsi, dans la « nouvelle économie », les TIC développées par les entreprises innovantes apportent un soutien déterminant aux entreprises des autres secteurs en réduisant considérablement leurs coûts d’externalisation et de coopération. Dans le secteur de la high-tech, une relation de complémentarité et une nouvelle forme de division du travail s’instaurent entre start-up et grandes entreprises plus généralistes, ces dernières pouvant soit acheter aux start-up leurs produits ou leurs services, et ainsi alimenter leur croissance en développant leur chiffre d’affaires, soit les pourvoir en capital-risque ou entrer à leur capital, soit en faire l’acquisition après que le marché a fait un premier tri des projets innovants. L’accélération des gains de productivité observée dans la seconde moitié des années 1990 vient confirmer les effets bénéfiques de cette dynamique de croissance dont la Silicon Valley est à la fois l’épicentre et l’emblème.

L’entrée dans le XXIe siècle : évolutions contrastées et nouveaux enjeux

De la crise des dot-coms à la crise de 2007-2008 : les périls de la financiarisation

Le déclenchement de la « crise des dot-coms » au printemps 2000 porte un coup d’arrêt brutal à l’euphorie suscitée par les développements ayant marqué les années 1990. Le krach du NASDAQ ouvre une période marquée par une chute inexorable des cours qui ampute sévèrement la capitalisation boursière des entreprises de la Silicon Valley qui survivent à la tempête et, au même titre que la disparition de centaines de start-up, l’effondrement des investissements dans le capital-risque et la disparition de 85 000 emplois (soit près de 17 % de l’emploi total, le taux de chômage passant de 3 % à 7 % entre janvier et décembre 2001) permettent de mesurer les effets dévastateurs de cette première crise que traverse l’économie locale. Nationalement, la croissance du PIB, qui avait atteint 3,8 % de moyenne annuelle de 1994 à 2001, tombe à 1 % en 2001 avant de se redresser sous l’effet d’une politique monétaire accommodante. Mais la purge est plus sévère dans la Silicon Valley puisqu’il faudra attendre 2005 pour qu’une reprise significative s’y fasse jour et qu’en 2008 l’emploi dans la high-tech n’y avait toujours pas retrouvé son niveau de 2001. Cette évolution reflète ainsi dans un miroir grossissant celle de l’économie américaine au cours de cette période.

Cette crise révèle aussi les excès d’une croissance largement alimentée par une spéculation financière déconnectée de l’économie réelle. Certes, si la nouvelle vague technologique a bien des effets positifs sur la croissance américaine pendant la seconde moitié des années 1990, la spéculation dont elle s’accompagne, et qui est alimentée par l’écart de rentabilité entre investissements dans les TIC et investissements dans les autres secteurs, conduit à une survalorisation des entreprises de la Silicon Valley. Il en résultera une bulle financière dont le gonflement sera amplifié par la mondialisation et qui conduira à générer des surcapacités de production, la crainte du « bug de l’an 2000 » alimentant, jusqu’en 1999, de fortes dépenses d’équipement des entreprises. Lorsque ces dépenses se tarissent, le décalage entre l’offre et la demande ne peut que déclencher l’éclatement de la bulle.

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