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L’Asie du Sud-Est, un espace divisé face à Pékin ?

L’organisation a échoué à deux reprises à émettre le communiqué attendu dans la période récente, à chaque fois en raison d’un désaccord sur le langage à adopter pour faire référence à la situation en mer de Chine méridionale. En juillet 2012, à Phnom Penh, la non-diffusion du communiqué conjoint de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN, pour la première fois dans l’histoire de l’organisation, a sévèrement entaché sa crédibilité. Puis, un incident similaire s’est produit en 2016 lors d’une rencontre ASEAN-Chine à Kunming. L’obstruction de la Chine, par le biais de ses alliés au sein de l’organisation, à l’adoption du document a suscité une telle frustration parmi les autres États membres que la Malaisie a choisi d’en diffuser une version préliminaire auprès des médias. L’ébauche, particulièrement critique à l’égard de la Chine, a toutefois été rétractée à la demande du secrétariat de l’ASEAN.

Au lendemain du verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, les parties sud-est-asiatiques aux conflits bénéficient d’un important levier moral dans leurs négociations avec la Chine. Or, il leur faut également à tout prix éviter de la pousser à davantage d’intransigeance. Faire preuve de retenue est absolument nécessaire au bon déroulement des négociations sur l’adoption d’un code de conduite, qui bien que hautement incertaine, n’a jamais été aussi urgente qu’aujourd’hui. La décision des Philippines de recourir à la justice internationale s’est faite sans consultation préalable de l’ASEAN, et a été interprétée comme un nouveau symptôme de son impuissance. Les moyens employés par les États d’Asie du Sud-Est pour faire valoir leurs intérêts à titre individuel comme à travers l’ASEAN face aux conflits en mer de Chine méridionale sont plus que jamais à surveiller.

Notes

(1) Association des Nations d’Asie du Sud-Est.

(2) La « ligne en neuf traits » délimite les revendications chinoises sur la mer de Chine méridionale. La Chine entretenant un flou stratégique sur la nature de ses revendications, il est difficile d’évaluer précisément dans quelle mesure elles sont compatibles ou non avec le droit international.

Article paru dans la revue Diplomatie n°84, « Tensions en Mer de Chine », janvier-février 2017.

À propos de l'auteur

Stéphanie Martel

Stéphanie Martel

Doctorante en science politique, chercheuse au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal et spécialiste du régionalisme sécuritaire en Asie Pacifique.

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