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L’Égypte et les Émirats arabes unis en guerre en Libye

Le 7 février 2016, des avions non identifiés ont effectué un raid aérien sur la ville de Derna. Le district de Bab Tobrouk et une zone contrôlée par le Conseil de la Choura des moudjahidines de Derna (DMCS) ont été ciblés, et quatre civils et deux combattants ont été tués. Selon certaines sources libyennes, les frappes aériennes ont touché un entrepôt d’armes et de munitions de la DMCS dans une zone résidentielle, ce qui a causé d’énormes explosions. Le colonel Hamza Muftah, de la LNA, ayant démenti toutes les rumeurs attribuant ce raid à la LNA/AF, les forces aériennes égyptiennes et émiriennes ont été soupçonnées. De même, le 28, lorsqu’un convoi de quinze véhicules a été attaqué par des avions non identifiés dans la vallée de Shimikh, près de Bani Walid, les États-Unis et la LNA ont nié toute participation.

En 2015, les Émirats arabes unis ont fait don de deux de leurs drones Schiebel S‑100 Camcopter à la LNA/AF. L’un d’entre eux a d’abord été vu par les combattants du BRSC en vol au-­dessus de Benghazi le 17 mai 2016, c’est-à‑dire plusieurs mois après leur arrivée, suggérant que certains Libyens ont probablement été formés entre-­temps au pilotage de ces drones qui opèrent certainement depuis la base aérienne de Benina entre les mains de personnels libyens et émiratis. La force aérienne d’Aube de la Libye, alliée au Gouvernement d’accord national (GNA, créé en vertu de l’accord politique du 17 décembre 2015 et approuvé à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies), avait de son côté deux Camcopter en service en 2014. L’un d’entre eux a été abattu le 15 janvier 2015 près de la base aérienne d’El-Woutiya par les forces de la LNA. Le drone restant a été vu en vol au-­dessus de Syrte, notamment le 23 juin 2016. Le Schiebel S‑100 Camcopter est un véhicule aérien autonome sans pilote (UAV) de fabrication autrichienne. Il fonctionne jour et nuit, dans des conditions météorologiques difficiles, avec une autonomie de 200 km, insuffisante pour atteindre Benghazi depuis Misrata, ce qui confirme que les Camcopter vus sur Benghazi n’appartiennent pas à la force aérienne d’Aube de la Libye.

Les Émirats arabes unis ont également déployé au moins un avion d’attaque léger Iomax AT‑802U (numéro de série : 2287) en juin 2015 sur une base aérienne libyenne non identifiée, avec ses marques nationales cachées, et probablement un autre exemplaire les mois suivants. En mai/juin 2016, ils ont déployé six Iomax AT‑802 et trois drones MALE CAIG Wing Loong Pterodactyl I de fabrication chinoise sur l’aéroport d’Al-Khadim, situé dans la province d’Al-Marj. L’AT‑802U est un avion d’attaque léger à turbopropulsion, construit par la compagnie américaine Air Tractor Incorporated et utilisé pour la surveillance et la reconnaissance. Il peut être équipé de 2 canons Gatling de calibre .50 GAU‑19/A, de 38 roquettes guidées par laser DAGR, de 8 missiles AGM‑114 Hellfire, de bombes Mk‑82, GBU‑12 Paveway II et GBU‑39. Le 4 juin 2016, le BRSC a publié des photos de ce qu’il prétendait être les restes d’une bombe américaine utilisée par des avions émiratis à Benghazi. Il s’agissait en fait d’une bombe guidée Mk‑82 fabriquée en Turquie (Uçak Bombasi MKE) avec un kit Paveway. Ces éléments ont peut-être été les premières preuves de l’engagement de l’Air Tractor en Libye… En outre, le 26 septembre, les médias du BRSC ont publié une infographie sur les types d’aéronefs présumés impliqués dans le raid aérien sur Benghazi au cours des trois derniers mois. Selon ce groupe, les AT‑802U auraient été engagés dans 27 missions de frappe tandis que les S‑100 Camcopter auraient effectué 235 vols de reconnaissance.

Les Émirats arabes unis frappent en Libye comme ils le font au Yémen

Au mois de novembre 2016, le BRSC  a publié par deux fois des photos de drones Wing Loong et d’avions AT‑802 de la force aérienne des Émirats arabes unis dans le ciel du district de Ganfouda, à Benghazi. En effet, le 2 novembre, un Schiebel S‑100 Camcopter a effectué une mission de reconnaissance sur ce district, deux heures avant un raid aérien mené par un Wing Loong sur une zone résidentielle. Dix jours plus tard, un AT‑802U a réalisé un autre raid aérien dans la même zone, tuant au moins quatre civils, dont deux enfants, et en blessant un autre tandis que d’autres personnes se trouvaient prisonnières des décombres. Quatre autres frappes aériennes ont été effectuées par des drones au cours de la même journée.

Ce n’est pas la première fois que le BRSC affirme que les avions émiratis sont impliqués dans des missions de frappe à Benghazi. Les photos satellites datées de septembre confirment la présence de quatre AT‑802 et de trois Wing Loong, ainsi que de deux hélicoptères UH‑60 sur la base. Le 4 novembre, les médias du BRSC ont publié une nouvelle infographie sur les types d’avions que le groupe a prétendu avoir vu impliqués dans les frappes aériennes à Benghazi le mois précédent. Elle montre que les AT‑802U et les drones ont respectivement effectué 13 et 41 missions de bombardement tandis que les S‑100 Camcopter ont réalisé 12 vols de reconnaissance.

Comme en Syrie, en Irak et au Yémen, les civils sont souvent les premières victimes de ces ingérences étrangères. Ainsi, un rapport d’Amnesty International a confirmé le 30 septembre que 130 familles libyennes et des centaines de ressortissants étrangers étaient piégés depuis des mois dans le quartier résidentiel de Ganfouda et bloqués soit par les combats, soit par les forces de la LNA. Le porte-­parole de celle-ci a répondu à Amnesty International en critiquant dans une déclaration le fait que les « actes humanitaires » de la LNA ne sont pas mentionnés dans le rapport et que les groupes terroristes utilisent des familles et des travailleurs étrangers comme boucliers humains – phrases régulièrement entendues ces derniers temps sur un autre théâtre d’opérations, à Alep, en Syrie ; il reprochait également aux civils de ne pas s’être rapprochés de la LNA lorsque ses forces avaient mis en place un plan d’évacuation leur garantissant sécurité, traitements médicaux, etc., porté à leur connaissance par des tracts imprimés largués par des hélicoptères. Bien sûr, il n’a jamais mentionné le fait que la plupart des opérations de bombardement à Ganfouda ne sont pas réalisées par la LNA/AF…

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