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L’Égypte et les Émirats arabes unis en guerre en Libye

En effet, les 4 et 5 octobre, le BRSC a affirmé que 18 civils, dont 10 enfants, avaient été tués dans huit frappes aériennes : deux par des Air Tractor, trois par des Wing Loong et trois par des MiG. Au cours du même mois, les Émirats arabes unis ont contribué à 85 % des missions de bombardement, selon l’infographie des médias du BRSC. La faible participation des avions et hélicoptères de la LNA peut être corroborée par ses propres rapports, qui confirment six des neuf raids aériens. L’écart des chiffres peut s’expliquer par le fait que la LNA ne comptabilise que le nombre de sorties, alors que le BRSC recense le nombre de frappes, ce qui suggère que les chiffres de l’infographie du BRSC sont relativement fiables. En outre, en plus des quatre civils tués lors des bombardements du 12 novembre, le centre médical de Benghazi a signalé la mort de 17 personnes le 14 dans respectivement neuf frappes aériennes réalisées par les drones émiratis et six par les MiG et hélicoptères de la force aérienne de la LNA ; 33 autres personnes ont été blessées. Il apparaît donc, au vu de ces chiffres, que le destin des civils libyens prisonniers à Ganfouda est entre les mains des Émirats.

Les frappes aveugles menées par la coalition arabe (y compris par les Émirats) sur la population au Yémen montrent clairement le manque d’intérêt des Émiratis pour les populations civiles ainsi que celui de la LNA/AF, qui a utilisé des bombes à sous-­munitions sur les zones résidentielles depuis le début de 2015. À la mi-­novembre, 44 raids aériens ont été effectués à Ganfouda par les Émirats et la LNA/AF, dont 6 par les AT‑802U, 17 par des Wing Loong et 7 par des MiG et des hélicoptères. Au moins neuf missions de reconnaissance ont été réalisées par les S‑100 Camcopter. Depuis le début de l’année 2017, il est connu que les appareils émiratis sont pilotés par des mercenaires travaillant pour Erik Prince, ancien membre des SEAL et fondateur de la société militaire privée Academi.

Depuis l’été 2016, les travaux d’aménagement de la base d’Al-Khadim n’ont pas cessé. Au début du mois de septembre, deux petits abris étaient déjà construits sur le tarmac et probablement utilisés pour l’entretien des Air Tractor et des Wing Loong. À la même époque, un nouveau parking de taille plus importante était en cours d’aménagement – au sud-est du premier – sur lequel un grand abri était déjà présent, tandis qu’un second était érigé et achevé vers la fin octobre. Les travaux se sont accélérés en novembre sur le premier tarmac avec la construction de plusieurs petits abris qui peuvent accueillir tous les appareils (avions et drones). Il ne serait pas surprenant qu’ils aient été installés pour « cacher » la flotte émiratie de la vue des satellites après la révélation de leur présence en octobre dernier. Au total, six abris étaient finalisés début décembre. C’est au cours de la même période que la base aérienne d’Al-Khadim a connu une expansion importante avec la création d’un tarmac en « dur » sur le deuxième parking, capable par la suite d’accueillir des avions de chasse tels que des Mirage 2000 ou des F‑16. Les Émirats arabes unis ont déjà effectué ce type d’aménagement et de déploiements sur l’aéroport d’Assab, en Érythrée, où ont été repérés 12 abris, 5 Mirage 2000‑9 et au moins 3 Wing Loong en novembre dernier. Avec le déploiement de tels appareils, les Misratis pourront oublier toute nouvelle offensive pour prendre le Croissant pétrolier. L’attaque de début mars a probablement été leur dernière chance… Au rythme des pertes subies – un nouveau MiG‑21 a été abattu le 18 mars – et vu les quelques « vieux » avions livrés à ce jour par la Russie, Khalifa Haftar est dorénavant dépendant des forces aériennes égyptiennes et émiraties pour mener à bien ses opérations aériennes.

Article paru dans DSI n°129, mai-juin 2017.

Notes

(1)  NDLR : Fajr Libya (« Aube de la Libye »), qui était initialement le nom d’une opération, a rapidement désigné les groupes armés qui l’ont lancée.

(2)  Depuis février 2011, un embargo est imposé par la résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations unies concernant les exportations d’armes, la fourniture d’armes et de munitions, les véhicules et équipements militaires et les pièces de rechange connexes. Deux autres résolutions (2009, de septembre 2011, et 2095, de mars 2013) ont autorisé la fourniture d’équipement non létal, l’assistance technique, la formation et le soutien financier.

(3)  Arnaud Delalande, « La force aérienne d’Aube de la Libye dans la bataille de Syrte », Défense & Sécurité Internationale, no  126, novembre-décembre 2016 et « La puissance aérienne pendant la seconde guerre civile libyenne », Défense & Sécurité Internationale, no 123, mai-juin 2016.

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