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La diplomatie française selon Emmanuel Macron

En janvier dernier, alors que le président français avait affiché ses désaccords sur les droits de l’homme avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, il a refusé de s’exprimer publiquement sur ces questions lors de sa visite en Chine, déclarant favoriser « la diplomatie du respect réciproque » avec des discussions « en tête-à-tête, et qui peuvent « être utiles et donner des résultats ». Quelle est la place accordée aux droits de l’homme dans la diplomatie menée par Emmanuel Macron ?

L’attention portée aux droits de l’homme comme thématique n’est effectivement pas l’aspect le plus visible dans l’action d’Emmanuel Macron. En revanche, le terme de « diplomatie du respect réciproque » peut, à mon avis, se comprendre comme une volonté de traiter un certain nombre de cas personnels dans l’intimité des entretiens bilatéraux. Ce sont toujours des questions très délicates, parce qu’elles concernent des cas individuels, et peuvent mettre l’interlocuteur en situation de perdre la face. Plus profondément, les Occidentaux, et la France en particulier, ont souvent été critiqués pour être assez prompts à donner des leçons aux autres. Or, on est dans un moment où les leçons occidentales, compte tenu notamment des évolutions et du comportement de certains dirigeants occidentaux, sont de moins en moins audibles aux oreilles d’autres pays. Emmanuel Macron prend sans doute acte de cette regrettable situation.

Enfin, quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels va être confronté Emmanuel Macron sur la scène internationale dans l’année à venir ?

Je dirais qu’il y en a deux principaux. Le premier, c’est la crédibilité économique de la France. Il n’y a pas de politique étrangère durable sans solidité économique du pays, c’est-à-dire qu’une politique étrangère commence, si j’ose dire, « à la maison ». La grande question concerne donc la capacité de la France à se réformer et à retrouver une vitalité économique qu’elle a perdue ou qui s’est fortement émoussée au cours des dix dernières années. Le deuxième défi, qui est d’ailleurs lié au premier, c’est l’équilibre franco-allemand qui va être créé avec le gouvernement de coalition, parce que de cet équilibre dépend tout simplement l’aptitude de l’Union européenne à faire face à différentes crises, et également la capacité d’Emmanuel Macron à relancer le projet européen. Ce dernier prend acte du fait que nous sommes d’ores et déjà dans une Europe à plusieurs vitesses et témoigne de la volonté d’Emmanuel Macron d’essayer de converger plus rapidement avec un certain nombre de pays européens, au premier rang desquels figurent évidemment l’Allemagne, l’Italie et, dans une moindre mesure, l’Espagne. L’enjeu consiste surtout à réconcilier les opinions européennes avec le projet. De ce point de vue, le résultat des élections du Parlement européen en 2019 sera l’un des premiers tests de la politique étrangère d’Emmanuel Macron.

Entretien réalisé par Thomas Delage le 28/02/2018

Note

(1) https://www.defense.gouv.fr/dgris/presentation/evenements/revue-strategique-de-defense-et-de-securite-nationale-2017

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°44, « Géopolitique de la France », avril-mai 2018.

Thierry de Montbrial et Thomas Gomart (dir.), Notre intérêt national : quelle politique étrangère pour la France ?, Odile Jacob, 2017.

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