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La Chine, prochaine première puissance en science ?

La compétition entre les États-Unis et la Chine pour la première place en tant que puissance économique mondiale se joue aussi sur le terrain de la science. Selon le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) (1), la République populaire talonne le géant américain et s’impose dans les nouveaux secteurs stratégiques.

Alors qu’elle ne pesait que 1 % des publications scientifiques mondiales en 1980, la République populaire représente 16,6 % en 2015 (contre 20 % pour les États-Unis). De manière générale, les États asiatiques ont, entre 2000 et 2015, fortement progressé dans le classement des forces scientifiques : la Chine est passée du huitième au deuxième rang mondial, l’Inde, du douzième au sixième, la Corée du Sud, du quatorzième au neuvième, l’Iran, du vingtième au seizième. Seul le Japon a régressé, passant du deuxième au cinquième rang, au même titre que de nombreuses nations occidentales. Ce recul n’est pas corrélé à une baisse des publications, mais au dynamisme des nouvelles puissances économiques. Ainsi, alors que les parutions scientifiques françaises ont augmenté de 40 % entre 2000 et 2015, le pays est passé du cinquième au septième rang mondial.

Si tous les champs scientifiques sont concernés, c’est dans les mathématiques que la Chine se distingue. En 2002, le volume de ses publications dépassait celui de l’Allemagne, puis la République populaire se hissait devant la France en 2003, pour enfin détrôner les États-Unis en 2012. En 2015, sa part dans les parutions mondiales en mathématiques était de 19 %, contre 16 % pour les Américains.

Avec 408,8 milliards de dollars dépensés en 2015 pour la recherche et développement, la Chine est également devenue le deuxième pays le plus actif dans ce domaine derrière les États-Unis (respectivement 21 et 26 % des dépenses totales mondiales) (2). Entre 2000 et 2015, ces dépenses ont augmenté à un rythme moyen de 18 % par an en Chine, quatre fois plus qu’aux États-Unis (4 %). Ce développement va de pair avec la formation de la main-d’œuvre. Le nombre de diplômés des sciences ou de l’ingénierie y est passé de 359 000 en 2000 à 1,65 million en 2014, contre 483 000 à 742 000 pour la même période aux États-Unis.

De fait, les industries chinoises se complexifient. Cantonnées à des travaux d’assemblage il y a quelques années, ces usines fabriquent désormais des produits de haute technologie, de l’avion de ligne (le C919, du constructeur Comac) au supercalculateur (le Sunway TaihuLight, le plus puissant au monde depuis 2016).

Ces efforts consentis pour la recherche se retrouvent également dans le domaine médical. Alors que, selon l’ONU, d’ici à 2050, les plus de 65 ans devraient représenter 25 % de la population chinoise et que plus de 80 % des problèmes de santé sont liés à des maladies chroniques, la Chine a publié, en 2016, son premier plan pour coordonner la stratégie médicale et améliorer le système de santé national à l’horizon 2030. En 2017, la République populaire revendique 32 centres de recherche clinique autour de onze groupes de pathologies et les autorités en projettent 100 pour 2021. 

Notes

(1) Hcéres, La position scientifique de la France dans le monde 
2000-2015, mars 2018.

(2) National Science Board, Science & Engineering Indicators:
2018 Digest, janvier 2018.

Article paru dans la revue Carto n°49, « La Mésopotamie : 3000 ans d’histoire entre Tigre et Euphrate», juillet-août 2018.

À propos de l'auteur

Nashidil Rouiaï

Nashidil Rouiaï

Docteure en géographie culturelle et politique, attachée temporaire d'enseignement et de recherche en géographie.

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