Les géants énergétiques du Golfe : stratégies et perspectives

Les autres pays du Golfe sont déficitaires en gaz. En Arabie saoudite, au Koweït ou aux Émirats arabes unis, la production de gaz associée à la production pétrolière est insuffisante pour satisfaire les besoins croissants dans le domaine de la production d’électricité et du dessalement de l’eau de mer. Le projet le plus mûr d’approvisionnement est le gazoduc avec l’Irak. Des négociations ont été engagées avec Oman et les Émirats arabes unis, de même qu’avec le Pakistan et l’Inde, mais leur concrétisation prendra du temps. Il faut que des investissements considérables soient mobilisés des deux côtés, qu’un accord soit obtenu sur les prix et qu’il n’y ait pas de perturbations de nature géopolitique. Ils se trouvent aussi en concurrence avec des projets d’exportation par gazoduc vers l’Europe ou sous forme de GNL sur le marché mondial.

Il y a donc une évidente complémentarité entre le Qatar et l’Iran, riches en gaz, et les monarchies du Golfe déficitaires. Mais cette synergie, qui devrait s’imposer dans un monde rationnel, mettra à l’évidence du temps pour émerger dans une zone déstabilisée depuis des décennies par des conflits politico-religieux qui se sont renforcés dans le contexte du conflit syrien.

Diversification des économies rentières

Les pays rentiers du Golfe sont confrontés à des défis liés à leur dépendance vis-à-vis de leurs ressources en hydrocarbures, mais qui varient selon les pays.

L’Iran a une économie relativement diversifiée, même si le pétrole représente 50 % des recettes de l’État. Les exportations non pétrolières ont dépassé les importations pour l’année fiscale 2016/2017. Le pays a pris des mesures afin de redresser ses comptes mis à mal par l’embargo : plan de privatisation, relance des investissements étrangers.

Le Gouvernement doit aussi prendre en compte l’augmentation de la consommation intérieure compte tenu de la croissance de la population et du parc automobile. Cela réduirait d’autant la part de production exportée. Des décisions ont été prises pour réduire les subventions aux produits énergétiques afin de limiter la croissance de la consommation.

Les autres pays du Golfe sont beaucoup plus dépendants vis-à-vis de leurs exportations d’hydrocarbures. Ainsi, ces derniers représentent 90 % des revenus de l’Arabie saoudite. La diversification de l’économie du pays est depuis plusieurs années une priorité du gouvernement. Ali al-Naïmi, ministre du Pétrole du roi Abdallah, avait coutume de dire qu’il fallait profiter de l’argent du pétrole pour préparer l’après-pétrole. De même, Khalid al-Falih, ancien directeur général de l’Aramco et actuel ministre du Pétrole, confiait que si l’on ne renversait pas les tendances de la consommation d’énergie dans le pays, d’ici deux décennies, le pays deviendrait importateur de pétrole. Le nouvel homme fort de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a donné une nouvelle impulsion à cette politique dans le cadre du projet « Vision 2030 ». Elle passe par une politique énergétique vigoureuse basée sur une réduction des subventions énergétiques afin de limiter la croissance de la consommation. Le gouvernement a lancé un programme ambitieux de développement de l’énergie photovoltaïque et éventuellement de l’énergie nucléaire. Enfin, le projet prévoit l’ouverture de 5 % du capital de Saudi Aramco qui permettrait de créer un fonds souverain. Il est toutefois trop tôt pour mesurer l’impact de ces décisions majeures.

Les Émirats arabes unis, confrontés à un plafonnement de leur production d’hydrocarbures, ont lancé en 2008 le projet « Masdar », qui vise à faire progresser le développement, la commercialisation et le déploiement des énergies renouvelables et des technologies propres : cette éco-cité devrait accueillir, une fois finie, jusqu’à 50 000 habitants et 1500 entreprises. Ils ont par ailleurs décidé la construction de centrales nucléaires.

Ainsi, les pays rentiers du Golfe se sont tous engagés dans une politique visant à diversifier leur économie et à réduire leur dépendance vis-à-vis du secteur des hydrocarbures. Il est cependant trop tôt pour se prononcer sur le succès de ces politiques.

Réserves d’hydrocarbures dans le Golfe en 2016
Coût de production du baril de pétrole

Notes

(1) Entre 1928 et 1971, les principales majors anglo-saxonnes constituent un cartel, surnommé le cartel des « Sept Sœurs », qui leur permet de régner sur le pétrole mondial durant cette période : Standard Oil of New Jersey (Esso, devenue Exxon puis ExxonMobil), Anglo-Persian Oil Company (devenue BP), Royal Dutch Shell, Standard Oil of California (devenue Chevron), Texaco (fusionnée avec Chevron), Standard Oil of New York (devenue Mobil puis ExxonMobil), Gulf Oil (absorbée par Chevron).

(2) Gilles Pison, « Tous les pays du monde », Population et Société, no 547, Ined, septembre 2017.

(3) Selon les données du Sovereign Wealth Fund Institute.

(4) Ibid.

(5) http://​www​.coface​.com/​f​r​/​E​t​u​d​e​s​-​e​c​o​n​o​m​i​q​u​e​s​-​e​t​-​r​i​s​q​u​e​-​p​ays

(6) Source IMF et Deutsche Bank.

(7) BP Statistical Review of World Energy, juin 2017, p. 12.

(8) Ibid., p. 26.

(9) Le CCG regroupe l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Oman, le Qatar et le Koweït.

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°43, « Géopolitique de l’énergie », juin-juillet 2018.

Légende de la photo ci-dessus :

Le 11 janvier 2016, le président iranien, Hassan Rohani, visite les installations du gisement gazier géant de South Pars. Alors que l’Iran possède des ressources énergétiques encore largement sous-exploitées, le pays, qui est redevenu un membre influent de l’OPEP, a profité de la levée des sanctions internationales pesant sur lui depuis 2012 pour augmenter son niveau d’exportation. Les menaces récurrentes de remise en cause de l’accord de Vienne par les États-Unis fragilisent cependant la reprise iranienne. (© President​.ir)

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