Magazine Diplomatie

Pourquoi et comment les entreprises chinoises investissent en Europe

IDC dans l’agriculture et l’agroalimentaire : réexporter le produit en Chine

Cas n°3 : l’achat du Château Lucas (côtes de Castillon) en octobre 2012 (5)

Début août 2012, le château Lucas (12,5 hectares) a été vendu à l’architecte chinois Wencheng Li. Situé sur la commune de Castillon, ce domaine appartenait à la famille Deshors. L’agence Millésime Immobilier (réseau Vinéa Transactions) qui a réalisé la transaction annonce que cette « opération est d’autant plus positive que la totalité de la production sera prochainement exportée en Chine ». Cette démarche d’investisseurs chinois cherchant à approvisionner le marché asiatique est typique. Dans ce cas présent, comme le soulignent Henri Duval et Marine Dargery (agence Ampelio, spécialisée dans les biens viticoles), « le souci des acheteurs chinois est avant tout la rentabilité, le prestige importe peu. Ils cherchent un outil de travail organisé et bien équipé ».

Cas n°4 : L’acquisition du château Bellefont-Belcier, en septembre 2012

Le château Bellefont-Belcier a été acheté par un industriel chinois du fer. C’est la première acquisition de prestige dans le Bordelais, marquant une nouvelle étape dans l’implantation d’investisseurs chinois dans le secteur du vin français, trois mois après Gevrey-Chambertin en Bourgogne. Composé de 20 hectares (dont 13 de vignes), d’un parc à la française et d’un château (situé à Saint-Laurent des Combes), le château Bellefont-Belcier a été confirmé grand cru classé par le classement 2012 de Saint-Émilion. Cet achat haut de gamme suit davantage une logique de prestige que de rentabilité.

Cas n°5 : Coopération entre Synutra et Sodiaal en France en septembre 2012

Le producteur chinois de lait infantile Synutra investit 170 millions d’euros avec le groupement français de producteurs laitiers Sodiaal pour créer en Bretagne une usine de séchage de lait et de lactosérum pour la Chine. « Afin de répondre aux besoins toujours plus importants du marché chinois, Synutra, troisième fabricant de produits infantiles en Chine, a voulu sécuriser ses sources d’approvisionnement en matières premières », explique dans un communiqué Sodiaal, premier groupe laitier coopératif de France. Le projet a été inauguré en 2016, à Carhaix (Finistère), et a permis la construction de deux tours de séchage. L’investissement est porté à 90 % par le groupe chinois et à 10 % par Sodiaal, via sa filiale spécialisée Eurosérum. « Pour son premier investissement hors de Chine, Synutra a porté son choix sur la Bretagne où Sodiaal a pu lui garantir des volumes importants de lait et de lactosérum déminéralisé de qualité », se félicite le groupe français. Sodiaal, qui a notamment racheté Entremont en 2011, se présente comme le troisième groupe laitier coopératif en Europe avec 4,7 milliards de litres collectés par an auprès de 13 000 producteurs. Sa filiale Eurosérum revendique le rang de leader mondial du lactosérum déminéralisé pour la fabrication de lait infantile. La logique est ici de construire une image de qualité autour du produit qui sera réimporté en Chine.

IDC dans les infrastructures de transport : faciliter les flux de marchandises

Cas n°6 : COSCO investit en Grèce

En 2009, la compagnie chinoise de transport maritime China Ocean Shipping Company (COSCO) a investi dans les infrastructures portuaires, avec pour objectif de faire du port du Pirée le principal centre de transit des marchandises vers le marché européen. Aujourd’hui, celui-ci est largement dominé par la présence de COSCO, qui y contrôle tous les terminaux.

Services bancaires : accompagner les entreprises chinoises en France et se faire connaitre des entreprises étrangères pour les aider en Chine

Cas n°7 : IDC dans les banques portugaises

En novembre 2016, Fosun est entré au capital de Millennium BCP, la plus grande banque portugaise cotée, à hauteur de 16,7 %. C’est un apport d’argent frais pour cette banque plombée par de mauvaises créances et qui doit rembourser, d’ici fin 2017, 750 millions d’euros d’aide d’État. China Minsheng Financial a racheté Novo Banco, autre banque portugaise issue de Banco Espirito Santo qui a fait faillite en 2014. Le Portugal est pour les investisseurs une tête-de-pont vers le monde lusophone en Afrique et au Brésil.

Cas n°8 : Ouverture d’une filiale à Paris de Bank of Communications, dépendant de la filiale luxembourgeoise

Créée en 1908 à Shanghaï, la Bank of Communications a financé la construction de la première ligne de chemin de fer en Chine (d’où son nom, moyen de communications). Aujourd’hui, c’est la cinquième banque commerciale en Chine, cotée à Hong-Kong et à Shanghaï. Elle possède 14 filiales en Asie, aux États-Unis et en Europe (Luxembourg, Londres, Francfort…). En 2015, elle a obtenu le « passeport européen » qui lui permet de réaliser des opérations en Europe. Ainsi, peut-elle accompagner les entreprises chinoises qui investissent en Europe et proposer des services aux entreprises européennes qui souhaitent développer une activité en Chine.

À partir de ces huit cas, il est possible d’identifier les raisons qui sous-tendent les différentes stratégies d’investissement des firmes chinoises en Europe.

Premièrement, s’implanter pour vendre : les entreprises chinoises à stratégie commerciale relèvent deux types de défis, l’un de nature logistique et l’autre de nature marketing, lié à la distribution. Les firmes chinoises investissent dans les secteurs qui leur permettent de développer leurs exportations, à savoir le transport (aérien, maritime, portuaire, ferroviaire), les infrastructures et toute la logistique qui s’ensuit, comme la construction d’espaces de stockage de marchandises. Le choix de l’Europe, en particulier de l’Europe de l’Est ou du Sud, permet à ces entreprises de bénéficier de coûts salariaux relativement moins élevés que dans l’Europe de l’Ouest et d’un accès facilité au marché européen. On retrouve alors à la fois la combinaison d’une stratégie productive et d’une stratégie commerciale. Cela se manifeste également dans l’industrie agro-alimentaire.

Deuxièmement, s’implanter pour acquérir des actifs stratégiques comme des « technologies clés » ou un savoir-faire en matière d’organisation, principalement dans l’industrie et les services : les IDC avec ces objectifs prennent la forme de prises de participation dans les activités de R&D ou de rachat. Ainsi, la technologie acquise peut être rapatriée en Chine. Grâce au transfert de technologie, de know-how, de compétences ainsi permis, l’entreprise à capitaux chinois peut monter en gamme, ce qui lui ouvre la porte vers de nouveaux marchés. C’est le cas des investissements suédois de Geely ou des investissements français de China Chemical qui a racheté Rhodia Silicone et Adisseo pour former Bluestar Silicone. Soulignons que la conjugaison de l’existence d’un savoir-faire et de celle d’un marché européen en croissance motive là encore l’IDC.

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