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La vision russe de l’emploi des hélicoptères de combat

Pendant la première guerre de Tchétchénie (1994-1996), les Hind interviennent surtout après la bataille de Grozny, lors de la poursuite dans le sud montagneux du pays, à partir de mai 1995, pour de véritables missions de « chasse libre ». Auparavant, les hélicoptères russes avaient surtout assumé des opérations de transport ou d’évacuation médicale. Il faut dire aussi que la chute de l’URSS a considérablement réduit le budget des forces armées et donc l’acquisition de nouveaux appareils, mais aussi de pièces de rechange pour ceux en service. En septembre 1999, au début de la deuxième guerre en Tchétchénie, l’armée russe ne peut toujours mettre en ligne que 68 hélicoptères, dont 32 Hind. Cependant, des leçons ont été tirées du premier conflit et des améliorations tactiques se font également jour. Une trentaine de machines sont pourtant perdues jusqu’en 2002 et le crash spectaculaire d’un Mi‑26 à Khankala, le 26 août, ce qui provoque le retour des hélicoptères aux VVS. Pendant la guerre en Géorgie, à partir des 7 et 8 août 2008, la 4e armée de l’air et de défense aérienne russe engage notamment les 55e et 487e régiments d’hélicoptères équipés de Mi‑8 et de Mi‑24 (dont la version Mi‑24PN pour le 487e). Des Mi‑8 déposent de petites équipes de Spetznaz dans la nuit du 10 au 11 août pour préparer l’invasion directe du territoire géorgien par l’armée russe. Le lendemain, à 7 h 45, les Mi‑24 attaquent au missile antichar l’aérodrome de Senaki et détruisent notamment un Mi‑14BTv et un Mi‑24V géorgiens (7).

Le renouveau des hélicoptères de combat russes depuis 2008

L’aviation de l’armée de terre, qui était revenue aux VVS en 2003, est subordonnée à partir de la fin 2010 aux Commandements Stratégiques Opérationnels (CSO), regagnant ainsi le giron de l’armée de terre. Ce choix a été fait après la fin de la guerre en Géorgie, qui avait montré le manque de coordination entre l’armée de terre et l’armée de l’air russes. La coordination a souvent dû se faire depuis Moscou, ce qui a rallongé évidemment la prise de décision. Cela a été particulièrement vrai pour les escadrilles d’hélicoptères, qui doivent travailler de concert avec les forces au sol. L’aviation de l’armée de terre doit désormais fournir le transport et l’appui-feu des troupes terrestres, l’armée de l’air conservant la formation des pilotes. Le 1er décembre 2010, les escadrilles d’hélicoptères, auparavant stationnées sur huit bases aériennes différentes de l’armée de l’air, sont rattachées aux Commandements stratégiques unifiés (8).

Au moment de la réforme de l’armée russe engagée après la guerre en Géorgie, l’aviation de l’armée de terre est en piteux état, encore plus peut-être que l’armée de l’air, notamment en raison de la pression énorme imposée par les guerres en Tchétchénie et l’effort dans tout le Nord-Caucase. Depuis 1999, plus de 60 Mi‑24, Mi‑8 et Mi‑26 ont été perdus dans le secteur, au combat ou pour d’autres motifs, sans compter les appareils endommagés. C’est pourquoi le district militaire du Nord-Caucase a été prioritairement rééquipé en hélicoptères modernes, obtenant de nombreux Mi‑24PN, Mi‑8NTKO et le nouvel hélicoptère d’attaque Mi‑28N. La guerre en Tchétchénie avait mis en évidence le besoin d’un hélicoptère de combat pouvant opérer de nuit : d’où la modification de 28 Mi‑24P au standard PN entre 2003 et 2007. Le 344e centre d’entraînement de l’aviation légère de l’armée de terre à Torzhok a été le premier à recevoir les nouvelles machines, suivi par le 487e régiment indépendant d’hélicoptères à Boudennovsk. Les appareils ont été employés en Tchétchénie puis pendant la guerre en Géorgie.

Le Mi‑24PN sert de transition vers les nouveaux Mi‑28N, Ka‑50 et Ka‑52, des appareils conçus à l’ère soviétique, mais dont le développement et la production n’avaient pu être finalisés en raison des coupes financières sévères entraînées par la chute de l’URSS. C’est seulement ces dernières années que la situation s’est améliorée et a permis de lancer la fabrication en série de ces matériels. En mars 2009, l’armée russe prend livraison des premiers Mi‑28N Havoc B, les nouveaux hélicoptères d’attaque censés remplacer les Mi‑24. Ils équipent le 487e régiment de la 4e armée de l’air et de défense aérienne du district militaire du Nord-Caucase (9). Le choix de ce régiment s’imposait, car c’est l’un des plus expérimentés de l’armée russe : il a pris part à la guerre en Tchétchénie puis à la guerre en Géorgie. En 2009 et 2010, le 487e régiment a ainsi reçu 16 Mi‑28N, le premier nouvel hélicoptère à entrer en service depuis la fin de l’ère soviétique. En octobre 2010, la 393e base aérienne de Korenosvk (ancien 55e régiment indépendant d’hélicoptères) reçoit ses premiers Mi‑28N, confirmant que le district militaire Sud se voit attribuer la plupart des acquisitions d’hélicoptères modernes. Si, en juillet 2009, Rostvertol avait déjà assemblé 21 Mi‑28 (en comptant les prototypes et les appareils de présérie), fin 2010, 30 Mi‑28N (sans compter les prototypes) avaient été montés, et 97 sont prévus jusqu’en 2015 – 14 Mi‑28N ont été livrés à l’armée russe en 2012 –, avec des perspectives à long terme pour 300 appareils, ce qui représente le remplacement intégral de la flotte de Mi‑24. En août 2013, une nouvelle base aérienne a été activée à Ostrov, dans la région de Pskov, au sein du district militaire Ouest, avec au moins une paire d’hélicoptères de combat Mi‑28N (10).

La décision de faire également entrer en service le Ka‑52, concurrent du Mi‑28N, ne répond pas qu’à des besoins militaires. La compagnie Progress, qui a mené le projet, fait largement vivre la région d’Arsenyev où se trouve l’usine d’hélicoptères, en Extrême-Orient, et avait alors accepté de remiser un contrat sur de nouveaux exemplaires du Ka‑50 Hokum monoplace, qui gisent désormais à moitié terminés dans ses dépôts. Torzhok a touché les quatre premiers Ka‑52A fin décembre 2010. En mai 2011, la base aérienne de Chernigovka, en Extrême-Orient, a reçu ses premiers Ka‑52 et la première escadrille, avec douze appareils, a été formée à la fin de la même année. La base a reçu cinq appareils de plus en 2012 tandis que cinq autres Ka‑52 ont rejoint Torzhok. Vingt Ka‑52 de série ont été produits en 2012, dont 16 pour la base aérienne de Korenovsk (11). C’est en 2010 également que le ministère de la Défense russe a passé commande pour l’armée de l’air de 22 Mi‑35M, la version d’exportation du Hind, moins chère que le Mi‑28N, ainsi que de 22 Mi‑8AMTSh pour les bases de Boudennovsk et Korenovsk. En 2009, le ministre de la Défense, Anatoli Serdioukov, avait par ailleurs déclaré que l’armée russe achèterait deux Mi‑26 chaque année, peut-être dans la nouvelle version MT2 qui reste encore à mettre au point (12). Deux Mi‑26 ont été acquis en octobre 2011 et sont partis en Extrême-Orient ; deux autres, livrés en décembre 2011, ont servi dans l’Oural. En 2012, l’armée russe a acquis pas moins de six Mi‑26. L’hélicoptère Ansat‑U doit également remplacer les vénérables machines d’entraînement Mi‑2 : 18 ont déjà été livrés au début 2013 (13).

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