Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Le Canada : une puissance énergétique sous haute surveillance

Par ailleurs, le Canada a visé juste lors de la COP23 à Bonn en 2017. La ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a pris l’initiative d’établir une alliance mondiale contre le charbon. Compte tenu que le déclin du charbon en Amérique correspond à un mouvement de fond, la promesse de Mme McKenna de se débarrasser du charbon d’ici 2030 devrait se réaliser. Finalement, dans les autres secteurs, les émissions de CO2 sont stabilisées ou à la baisse depuis une décennie.

C’est vrai que le Canada est un grand consommateur d’énergie, mais aucun pays du G7 ne peut lui donner de leçons concernant la part d’énergie renouvelable dans son bilan : c’est la plus élevée. En limitant les émissions dues à l’exploitation des énergies fossiles et en renforçant la part des renouvelables, il y a donc un espoir que le pays améliore significativement son bilan peu reluisant d’émissions de GES.

Producteurs et promoteurs peuvent déplorer de ne pas exporter plus d’énergie et de produits industriels de première transformation. Par contre, ils peuvent compter sur un marché stable pour toujours, sans risque. Le système énergétique canadien n’est plus en mode expansion, mais en mode de consolidation des acquis. Cela nous ramène à un autre système de valeur proposé par Pierre E. Trudeau : la gestion des réserves énergétiques en fonction du besoins des futures générations.

Ce vaste pays sera toujours sous haute surveillance, d’abord et avant tout par ses habitants aux aspirations souvent contradictoires. C’est un problème pour les promoteurs. En contrepartie, c’est une qualité pour les résidents. La lenteur du système de décision canadien s’apparente au principe de précaution, cher aux environnementalistes.

Notes

(1) Alexandre Shields, « La France appelle le Canada à renoncer à exploiter ses énergies fossiles », Le Devoir, 15 décembre 2017.

(2) Chiffres de 2016, source BP.com et World Energy Council Hydropower.

(3) Projet visant à tripler la capacité de l’oléoduc entre l’Alberta et Burnaby en banlieue de Vancouver.

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°43, « Géopolitique de l’énergie », février – mars 2018.

Légende de la photo ci-dessus :

Complexe exploitant les sables bitumineux de la province canadienne de l’Alberta. Alors que cette province canadienne regorge de cette ressource, l’Institut de recherche ARC Energy de Calgary a démontré dans un récent rapport que le pétrole extrait des sables bitumineux arrivait en troisième position des plus polluants au monde – sur 75 sources de pétrole – derrière le pétrole indonésien et le pétrole lourd de la Californie. (© Shutterstock/chris kolaczan)

À propos de l'auteur

Gaëtan Lafrance

Gaëtan Lafrance

Professeur émérite à l’Institut national de la recherche scientifique, centre Énergie Matériaux Télécommunications (Université du Québec), et auteur de Vivre après le pétrole : mission impossible ? (2007) et Qui peut sauver la Cité ? (2014), aux éditions Multimondes.

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