Les politiques religieuses de la France en Méditerranée coloniale (1830-1962)

1916 La France et le Royaume-Uni prévoient le partage du Proche-Orient ottoman avec les accords Sykes-Picot, signés en mai. Paris apporte son soutien à la révolte arabe (1916-1918) contre la Sublime Porte.

1920 La Société des Nations institue un mandat français sur le Liban et la Syrie. Le premier devient indépendant en 1943, et la seconde trois ans plus tard.

1945 Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en Algérie, en mai.

1949 La France reconnaît Israël en mai.

1954 Déclenchement de la guerre d’Algérie en novembre.

1956 Crise du canal de Suez : la France et le Royaume-Uni entrent en guerre contre l’Égypte pour préserver leurs intérêts. Victoire militaire, mais défaite politique.

1962 Signature des accords d’Évian, le 18 mars, mettant fin à la guerre en Algérie et ouvrant la voie à l’indépendance, obtenue en juillet.

1956 Indépendance du Maroc et de la Tunisie en mars.

1960 La Mauritanie devient indépendante en novembre.

1965 L’opposant marocain Mehdi ben Barka est enlevé à Paris le 29 octobre.

1966 Dernier essai nucléaire français dans le Sahara algérien en février.

1967 Visite officielle du roi Fayçal d’Arabie saoudite à Paris en juin.

1978 Rouhollah Khomeyni arrive en exil en France avant de se rendre en Iran en février 1979 pour la révolution.

1983 Un attentat contre des militaires français, en mission pour l’ONU, cause la mort de 58 soldats à Beyrouth.

1991 La France participe à la guerre du Golfe contre l’Irak de Saddam Hussein pour libérer le Koweït.

1995 La France et l’Arabie saoudite signent un partenariat stratégique pour dix ans, renouvelé en 2005 et en 2015.

2003 À l’ONU, la France s’oppose à la guerre en Irak (discours de Dominique de Villepin en février).

2004 Yasser Arafat meurt à Clamart le 11 novembre.

2006 Inauguration de la Sorbonne-Abou Dhabi.

2007 La France et l’émirat d’Abou Dhabi s’accordent sur la création du Louvre Abou Dhabi, dont l’ouverture est prévue en 2017.

2008 Invité par Nicolas Sarkozy, Bachar al-Assad participe aux festivités officielles pour le 14 juillet.

2009 Inauguration officielle d’une présence militaire française permanente aux Émirats arabes unis.

2011 La France participe aux opérations, sous l’égide de l’ONU, contre le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. En Tunisie, après avoir proposé une aide policière au régime de Zine el-Abidine ben Ali, Paris appuie la révolution.

2013 La France s’apprête à intervenir en Syrie contre le régime de Bachar al-Assad. Sans soutien, la mission est annulée.

2014 La France lance l’opération « Chammal » pour lutter contre l’organisation de l’État islamique en Irak. Crise diplomatique avec le Maroc pour une convocation judiciaire du chef de la Direction générale de la sûreté nationale, en visite à Paris.

2015 L’Égypte et le Qatar achètent 24 avions Rafale chacun. La France intervient militairement contre Daech en Syrie.

2016 Initiative française pour la paix au Proche-Orient le 3 juin. Paris accueille la conférence « Tunisia 2020 » en novembre.

2017 La France organise une conférence pour la paix au Proche-Orient le 15 janvier.[/mks_accordion_item] [/mks_accordion]

La République et ses missionnaires au Levant

Un aspect intrigant des politiques de la France dans son domaine colonial, et à direction des territoires convoités, est le recours de la République aux missions catholiques afin d’épauler sa politique d’influence en Égypte et dans l’Empire ottoman. En vertu des capitulations signées depuis le XVIe siècle, constamment étendues au fil des siècles, les marchands français bénéficient de privilèges fiscaux et judiciaires dans les échelles du Levant. Ceux-ci ont été progressivement étendus aux marchands et notables levantins des minorités confessionnelles. Depuis 1861, la France protège en outre officiellement les chrétiens du Mont-Liban. Et elle entretient depuis le XIXe siècle des clientèles en Égypte. Loin de se défaire de cette politique de protection des chrétiens d’Orient, en dépit de la marche à la laïcisation qui se met en place en métropole à compter de 1881, la République coloniale et sa diplomatie ont utilisé, pour leur politique, les missionnaires chassés de métropole au Levant et en Égypte (7).

Tout commence à la suite de la première expulsion de congrégations enseignantes, après les réformes de Jules Ferry (1832-1893) de 1881-1883. Plusieurs centaines de missionnaires français prennent le chemin de Beyrouth et des grandes villes d’Égypte, fraîchement occupée par les Britanniques. Furieuse de la perte d’influence française dans ce pays, dont les élites sont encore francophones et francophiles, la France y favorise l’implantation d’écoles confessionnelles catholiques. De même au Liban, où s’édifie, parmi tant d’établissements confessionnels, l’université jésuite Saint-Joseph de Beyrouth. En 1884, lors de l’inauguration de sa faculté de médecine, en lien avec l’université de Lyon, Léon Gambetta (1838-1882) déclare dans une formule restée célèbre que la « laïcité n’est pas un article d’exportation ». Et pour cause. Pendant des décennies, les écoles confessionnelles chrétiennes du Levant reçoivent des subventions de la France afin de soutenir leur expansion.

Mais ce n’est rien encore par rapport à la grande expulsion de 1903-1904 et à ses conséquences. Quand la République interdit l’enseignement aux congrégations religieuses, des dizaines de milliers de religieux et de religieuses sont chassés de l’Hexagone, et parmi eux plusieurs milliers s’installent au Levant et en Égypte, l’Afrique du Nord leur étant interdite. Au Caire, à Beyrouth, à Alexandrie ou à Damas, ils sont accueillis les bras ouverts par les autorités consulaires françaises qui y voient le moyen de renforcer la francisation par l’école des chrétiens d’Orient, mais aussi des juifs et de quelques musulmans. Cette politique culturelle appuyée sur l’Église catholique (dont la langue d’usage au Levant est le français) permet à la France de garder sous sa coupe des dizaines de milliers d’élèves et de futurs notables en Égypte alors britannique. En Grande Syrie ottomane, la France prépare de la sorte sa politique d’expansion qui devait se révéler après la Première Guerre mondiale.

À la veille de la guerre, 50 000 Égyptiens et 75 000 Syro-­Libanais sont scolarisés dans les écoles religieuses françaises de la région, ce qui constitue un point d’appui considérable pour la République française. Dans l’entre-deux-guerres, cette présence ne faiblit pas. Après les militaires, les religieux catholiques constituent la première population professionnelle présente dans les mandats français de la SDN, le Liban et la Syrie.

Les Français musulmans d’Algérie assignés à l’indigénat

La situation des Français musulmans d’Algérie, ordinairement qualifiés d’Arabes, de musulmans ou d’indigènes à l’époque coloniale, est assez éloignée de celle des autres colonisés de la Méditerranée française. Étant Français, ils bénéficient en dehors des frontières de l’Algérie d’étonnants privilèges, si l’on peut dire, surtout au XXe siècle : partie intégrante de l’armée d’Afrique, ils combattent partout sous uniforme français (Crimée, Mexique, Cochinchine et Tonkin, fronts de l’est en métropole dès 1870, Dardanelles et péninsule arabique en 1914-1918) ; ils sont aussi les premiers à émigrer en métropole, à partir du début du XXe siècle, en grande majorité des Kabyles ; ils bénéficient de la protection consulaire française à l’étranger, y compris pendant le pèlerinage annuel à La Mecque, où la France a fini par acheter des bateaux pour les transporter et des hôtels pour les héberger (8) ; ils sont enfin associés à la conquête de la Tunisie et surtout du Maroc, où 80 000 d’entre eux s’installent, pratiquant de nombreuses fonctions d’intermédiaires entre Français et Marocains, mais aussi le métier des armes, l’administration et le commerce.

Il en va différemment en Algérie, où l’indigénat est la condition ordinaire des musulmans depuis 1883. Sujets français, les musulmans d’Algérie sont seuls dans cette condition juridique depuis le décret Crémieux de 1870, qui fait entrer les juifs d’Algérie dans la citoyenneté. À partir de 1881-1883, les musulmans d’Algérie sont soumis au Code de l’indigénat qui vise à les maintenir dans leur condition et à leur place afin d’éviter tout désordre et toute mobilité : le principe général est celui de l’autorisation administrative préalable. Les musulmans sont soumis au Code pénal ordinaire, mais nombre de dispositions et de règlements se surimposent : toute manifestation, réunion religieuse, familiale ou professionnelle, politique ou associative, tout déplacement doivent être signalés de manière préalable à l’administration. Le régime de l’autorisation administrative préalable est sanctionné, en cas de non-respect, par des peines et amendes exorbitantes du droit commun.

En dépit de multiples dénonciations, de revendications et de promesses d’émancipation, le Code de l’indigénat reste en place jusqu’en 1945, mais il n’est que partiellement démantelé entre cette date et l’indépendance (9). Autorisation, surveillance, droit de vote limité en nombre et circonscrit sont la règle. Quant à l’islam, il est surveillé comme le lait sur le feu par l’administration coloniale. Dans les villes d’Algérie s’est mis en place au fil du temps un islam institutionnel que contrôle le gouvernement général d’Alger avec ses multiples services administratifs et de sécurité. Quelque 400 imams et personnels cultuels desservent les mosquées urbaines, avec un statut de quasi-fonctionnaires, sauf qu’ils peuvent être révoqués à la moindre incartade. Les prêches des mosquées sont écrits et corrigés à Alger, de sorte que cet islam des mosquées est inféodé au pouvoir colonial.

Dans les campagnes d’Algérie, où vit l’immense majorité des musulmans d’Algérie, souvent très loin des Européens, l’islam dominant est confrérique, aussi appelé maraboutique ou soufi. Cet islam rural est perçu par les autorités coloniales comme la principale menace pesant sur la colonie, de sorte que les familles maraboutiques et autres chefferies religieuses ont été peu à peu amadouées, surveillées et corrompues. Pour les empêcher de nuire et de se révolter en entraînant leurs adeptes, ces notables religieux ont des privilèges exorbitants en milieu indigène : ils lèvent l’impôt au nom de la France, et se servent au passage ; ils bénéficient de privilèges judiciaires ; ils sont dotés de terres et possèdent plusieurs parmi les plus grands domaines privés d’Algérie ; ils bénéficient de décorations et de fonctions de notabilité, notamment dans les assemblées d’Algérie. Ces redoutables chefs religieux sont devenus au fil du temps des « béni-oui-oui », que les renseignements coloniaux continuent de redouter jusqu’après 1945.

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