La question transnistrienne, un volcan éteint ?

Enfin, contrairement à ce qui se passe dans d’autres États de la région, une éventuelle adhésion à l’OTAN ne fait pas l’objet d’un débat au sein des élites politiques moldaves, dans la mesure où elle est rendue impossible du fait de la constitutionnalité du principe de neutralité. À Chisinau, l’idée de reprendre militairement la Transnistrie n’est pas considérée sérieusement au vu de l’asymétrie des forces.

Quel paysage politique et stratégique à l’horizon des élections moldaves de la fin 2018 ?

Selon toute vraisemblance, le double changement présidentiel intervenu à la fin de 2016 (Igor Dodon, en Moldavie, et Vadim Krasnoselsky, en Transnistrie, ayant tous deux une orientation prorusse) ne fait pas seuil vers une nouvelle étape de ce conflit non résolu. On peut en revanche spéculer sur le fait que les élections parlementaires moldaves de la fin 2018 auront un plus grand impact sur la situation, dans la mesure où les électeurs seront en mesure d’effectuer des choix décisifs. Une confirmation de l’orientation prise par le président Dodon ferait inévitablement pencher le pays vers la Russie, au moins de manière rhétorique, tandis qu’une victoire de l’actuelle majorité parlementaire pourrait signifier un approfondissement des relations avec l’Union européenne.

Mais, en réalité, tout pouvoir arrivant aux responsabilités en Moldavie se convertit au centrisme géopolitique : au-delà de deux approches unilatérales, la majorité de l’opinion publique n’est elle-même pas rétive à trouver un équilibre entre ces deux champs de force. Tout alignement sur les positions d’un pôle ou d’un autre génère automatiquement de vives tensions sociales, sur fond de mémoires divergentes et de projets concurrents.

Dès lors, cinq scénarios d’avenir semblent se distinguer, en combinant l’orientation internationale de la Moldavie aux développements politiques internes :

•la réintégration de la Transnistrie et de la Moldavie, ainsi que le rapprochement avec l’UE. Le projet européen inspire une trajectoire de développement propre à favoriser cette réintégration dans un cadre international conciliant, cherchant à faire de Chisinau un exemple réussi de coopération entre la Russie d’un côté, les Américains et les Européens de l’autre ;

•le statu quo. Le conflit n’a jamais pu être résolu en raison notamment de la relative indifférence de la population et des acteurs internationaux d’une part, et de la prévalence de groupes d’intérêt favorables à une inertie d’autre part. Les tendances observées depuis un quart de siècle se prolongent donc pour éviter tout changement substantiel de la situation, des évolutions pouvant toutefois se faire jour, mais sans rompre avec les équilibres en place ;

•la finlandisation. Au milieu d’un champ de force entre Européens, Russes et Américains, la neutralité peut apparaître comme une solution séduisante pour sortir la Moldavie d’une configuration où sa situation paraît déterminée par des forces géopolitiques. Pour autant, il faut remarquer que la neutralité existe déjà de fait dans la Constitution moldave ;

•le clientélisme russe. Une éventuelle victoire du Parti des socialistes d’Igor Dodon pourrait signifier, à première vue, un alignement des priorités politiques de la Moldavie sur celles de la Russie. Dans ce contexte, un compromis pourrait être trouvé sur la réintégration de la Transnistrie dans la Moldavie, selon un modèle institutionnel plus ou moins complexe (entre autonomie régionale, fédéralisme ou confédéralisme), à l’exemple de la Bosnie. En réalité, de nombreux freins seront en mesure de ralentir ce mouvement : les résistances internes à Chisinau, celles des autorités européennes et américaines, les difficultés liées à la mise en œuvre d’un accord forcé… ;

•l’attraction de la Roumanie. Une fraction significative de la population, de l’ordre de 10 % à 15 %, ne manque pas de faire prévaloir lors des élections une préférence pour des candidats évoquant plus ou moins ouvertement le souhait d’une réunification de la Moldavie et de la Roumanie, notamment dans le but d’intégrer l’Union européenne par ce biais. En réalité, cette option laisserait de côté l’opinion de la majeure partie de la population (y compris chez les roumanophones eux-mêmes), mais également la situation de la Transnistrie et de la Gagaouzie, cette dernière ayant clairement rejeté cette perspective par référendum en février 2014. Quant aux chancelleries diplomatiques, elles exprimeront probablement leurs réticences à entériner une situation pouvant mener à une déstabilisation régionale.

Moldavie : une souveraineté contestée ?

Notes

(1) Andrey Devyatkov, « Russia and Transnistria in a patron-client relationship », Laboratorul pentru Analiza Conflictului Transnistrean, ULBS, 17 avril 2017, http://​www​.lact​.ro/​2​0​1​7​/​0​4​/​1​7​/​a​n​d​r​e​y​-​d​e​v​y​a​t​k​o​v​-​r​u​s​s​i​a​-​a​n​d​-​t​r​a​n​s​n​i​s​t​r​i​a​-​i​n​-​a​-​p​a​t​r​o​n​-​c​l​i​e​n​t​-​r​e​l​a​t​i​o​n​s​h​ip/.

(2) Pour voir les résultats de l’étude : « Baromètre de l’opinion publique », Institut des Politiques publiques, avril 2017 : http://​www​.ipp​.md/​l​i​b​v​i​e​w​.​p​h​p​?​l​=​r​o​&​i​d​c​=​1​5​6​&​i​d​=​8​2​0​&​p​a​r​e​n​t=0.

(3) Florent Parmentier, « Igor Dodon, Président moldave, modèle de la “gauche poutinienne” ? », Eurocité, note no 11, 10 mars 2017, http://​eurocite​.eu/​w​p​-​c​o​n​t​e​n​t​/​u​p​l​o​a​d​s​/​2​0​1​7​/​0​3​/​P​a​r​m​e​n​t​i​e​r​-​I​g​o​r​-​D​o​d​o​n​-​g​a​u​c​h​e​-​p​o​u​t​i​n​i​e​n​n​e​.​pdf.

(4) Technical Assistance to the Commonwealth of Independant States-CEI : créé en décembre 1991, ce programme vise à encourager « l’établissement de conditions favorables à l’économie de marché » et à « renforcer la démocratie » dans les pays concernés.

Article paru dans la revue Diplomatie n°88, « Europe : vers un retour des conflits ? », janvier-février 2018.

Florent Parmentier, Les chemins de l’État de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie, coll. « Bibliothèque du citoyen », Paris, Presses de Sciences Po, 2014, 200 p.

Légende de la photo ci-dessous : Le 17 mars 2017, le nouveau président moldave, Igor Dodon, participe à une cérémonie commémorative organisée à Moscou en compagnie du président russe, Vladimir Poutine. Élu face à un candidat proeuropéen, le nouveau président prorusse s’est prononcé en faveur d’une annulation de l’accord commercial signé avec l’UE afin de rétablir ses relations économiques avec la Russie. En mai dernier, après l’expulsion de cinq diplomates russes de la Moldavie, le président Igor Dodon s’est dit révolté par cet « acte inamical », l’ayant considéré comme une « provocation » émanant des partisans d’une intégration à l’UE. (© Kremlin​.ru)

Bienvenue sur Areion24.news.
Ce site regroupe une sélection d'articles et d'entretiens rédigés par des spécialistes des questions internationales et stratégiques (chercheurs, universitaires, etc.) et publiés dans les magazines Diplomatie, Carto, Moyen-Orient et DSI.

Dans notre boutique

velit, consectetur sem, consequat. non amet, ut mattis diam venenatis,
Votre panier
Areion24.news

GRATUIT
VOIR