Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Guerre civile en Birmanie : la transition démocratique dans l’impasse identitaire

Tant que la logique du traité de Panglong de 1947 et des affres qui s’ensuivirent – 70 années de guerre civile tout de même – resteront la référence, le projet de fédération sur une même base ethnique butera lui-même sur la porosité de ses fondations. Dans le contexte actuel, lorsque finira par prendre fin le drame humanitaire frappant les musulmans d’Arakan, dans ce système mobilisant les antagonismes, il est légitime de se demander vers quelle nouvelle cible se reportera le conflit communauriste. À l’instar des musulmans établis dans le reste du pays, les minorités chrétiennes restent prudemment silencieuses, se sachant une cible potentielle. « Se libérer de la peur » (8), c’est aussi et surtout s’émanciper du piège identitaire, par définition exclusif et conflictuel, au profit d’un État-nation intégrateur et respectueux de la diversité linguistique, culturelle et religieuse ; « se libérer de la peur », c’est se libérer du joug de l’altérité au profit d’une « intérité » (9) cosmopolite porteuse d’un projet collectif endossé par tous. En Birmanie, sans doute plus qu’ailleurs – aucun autre État voisin de la Birmanie n’a en tous les cas suivi cette voie ethnicisante –, la reconnaissance de la condition cosmopolite est existentielle et gage de l’émergence d’un État pacifié et pérenne.

Birmanie, entre guerre civile et crise identitaire
Birmanie
Chef de l’État

Htin Kyaw

(depuis le 30 mars 2016)

Superficie

676 578 km2

(41e rang mondial)

Capitale : Naypyidaw

Population

55 millions d’habitants

Religion

Bouddhistes (87,9 %),

chrétiens (6,2 %),

musulmans (4,3 %).

Le conflit

Intensité

Niveau 4 (guerre limitée)

Objet

Prédominance sous-nationale, autonomie, ressources

Parties au conflit

Rohingya bouddhistes gouvernement ;

KIA, KIO gouvernement ;

TNLA gouvernement.

Durée : Depuis 1961 et 2012

Victimes

Absence d’informations concernant le nombre de morts. Environ 580 000 personnes ont fui la Birmanie depuis aout 2017

Autres conflits

Dans le pays : 10

Notes

(1) Pangkham Alliance = Kokang + Ta’ang + Arakan.

(2) Northern Alliance = UNFC (United Nationalities Federal Council) + AA (Arakan Army) + KIA (Kachin Independence Army) + MNDAA (Myanmar National Democratic Alliance Army, connue aussi sous le nom de Myanmar Nationalities Democratic Alliance Army ou encore de Kokang Army) + TNLA (Ta’ang National Liberation Army).

(3) Emmenée par la United Wa State Army (UWSA), la Wa-Led Alliance se compose de la Wa State Army (UWSA) et des huit formations de l’Ethnic Armed Organizations (EAOs) : Karen National Union (KNU), Chin National Front (CNF), Democratic Karen Benevolent Army (DKBA), Karen National Liberation Army – Peace Council (KNLA-PC), Restoration Council of Shan State/Shan State Army (RCSS/SSA), Pa Oh National Liberation Organization (PNLO), Arakan Liberation Party (ALP), et All Burma’s Students Democratic Front (ABSDF).

(4) Voir note précédente.

(5) Le Nationwide Ceasefire Agreement (NCA) comprend les huit EAOs et le gouvernement birman.

(6) United Nationalities Federal Council (UNFC) = une coalition de cinq groupes d’opposition (contre 11 avant 2011) composés de AA, KIA, Lahu Democratic Union, TNLA et Wa National, dont la branche armée est la Federal Union Army (FUA).

(7) Mabhata : acronyme combinant les termes « lu-myo », que d’aucuns traduisent malencontreusement par « race », « bhadayé », articulant le religieux et le culturel dans la dimension « mondaine » du bouddhisme, et « Tatana » au sens de Religion avec un grand « R » pour désigner le bouddhisme dans sa dimension « supramondaine ».

(8) Titre d’un ouvrage d’Aung San Suu Kyi (Éditions des Femmes, 1991), NdlR.

(9) J. Demorgon, Critique de l’interculturel (Economica/Anthropos, 2005 : 3sq.). L’auteur oppose « l’intérité humaine » à l’interculturel factuel et conflictuel.

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°42, « L’état des conflits », juin-juillet 2018.

Légende de la photo ci-dessus : Camp de réfugiés rohingyas dans le district de Cox’s Bazar, dans le Sud du Bangladesh. Le pays accueillait en octobre dernier 1,2 million de Rohingyas, dont 900 000 réfugiés. (© EU/ECHO)

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