Magazine Diplomatie

L’Amérique centrale : un « continent » déchiré

Panama
• Capitale : Panama

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Juan Carlos Varela (depuis le 1/7/14)

• Superficie : 75 517 km2

• Population : 4 M hab.

• PIB : 52 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 5,8 %

• Classement IDH* 2015 : 63e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Mais, si les régimes politiques d’Amérique centrale deviennent démocratiques, il n’en demeure pas moins que le concept de déchirement est le mieux à même de définir la situation actuelle de ces pays. Ainsi, les récentes élections en Amérique centrale des années 2014-2015 font apparaître un contraste flagrant entre une gauche sud-américaine puissante dans les années 2010 – notamment avec les leaders charismatiques tels Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur, Lula Da Silva au Brésil (6) –, et les politiques néolibérales menées par les gouvernements tant de centre droit que de centre gauche, en Amérique centrale.

Au moment où la gauche sud-américaine populiste de Chavez mettait en exergue un « socialisme du XXIe siècle », les gouvernements de centre droit ou centre gauche en Amérique centrale apparaissaient en effet comme beaucoup plus modérés que leurs voisins sud-américains. Même le Nicaragua, qui avait renversé le dictateur Somoza dans les années 1980 par une guérilla sandiniste marxisante, avec à sa tête Daniel Ortega, devenu ensuite président de la République, applique désormais une politique économique favorable à l’accueil de firmes internationales, certes vecteurs d’emplois, mais au détriment parfois de la politique sociale.

Au Nicaragua

La révolution sandiniste de 1979 avait constitué un tournant majeur de l’histoire du Nicaragua. Le dictateur Somoza, propriétaire d’un tiers des richesses nationales, avait été vaincu par la guérilla sandiniste (du nom du leader Sandino qui, en 1933, s’était opposé à une intervention armée des États-Unis dans le pays). Cette révolution consacra l’arrivée au pouvoir du Front sandiniste de libération nationale, qui s’y maintiendra jusqu’en 1990. Il s’agissait alors pour le Front de mener une double réforme sociale et économique, malgré l’embargo imposé par les États-Unis, et le financement d’une guérilla contre-révolutionnaire (les contras) par le président américain de l’époque, Ronald Reagan.

Tel n’est plus le cas aujourd’hui. En effet, le paradoxe est saisissant entre les positions du leader guérillero Daniel Ortega des années 1980, élu président de la République sous la bannière du Parti sandiniste en 1985, et la politique néolibérale qu’il mène depuis ses deux réélections plus tardives en 2006 et 2011 (7).

Au Salvador

Au Salvador, le Front Farabundo Marti de libération nationale – la guérilla marxiste qui combattait la dictature dans le pays – s’est transformé en parti politique après la transition démocratique de 1989 (en conservant son nom d’origine). Le scrutin présidentiel de 2014 a accordé une majorité faible, mais suffisante, à son leader historique, Salvador Sanchez Ceren. La nouvelle politique de ce parti correspond pourtant elle aussi aux grands standards d’une économie libérale.

Au Costa Rica

Toujours la même année, en mai 2014, le centre gauche accède aussi au pouvoir au Costa Rica avec Luis Guillermo Solis, qui remporte les élections avec une large majorité (77 % des suffrages).

Au Panama

Le centre droit et les politiques libérales qui en découlent s’imposent également au Panama, là encore en 2014 avec l’élection, au premier tour, de Juan Carlos Varela comme président de la République. Cet homme politique connu dans le pays, qui fut vice-président et ministre des Affaires étrangères, représentait le Parti panaméiste de centre droit. Le Parti panaméiste s’était allié pour ces élections au Parti populaire, autre parti de droite du Panama.

Au Guatemala

Au Guatemala aussi, mais en 2016, le centre droit revient au pouvoir après la démission du président Otto Perez Molina (droite sécuritaire), mis en cause pour des affaires de corruption. Jimmy Morales, soutenu par le Front de convergence nationale, est alors élu président de la République, avec 67,44 % des suffrages. Sa campagne portait essentiellement sur la lutte contre la corruption dans le pays et l’assainissement de l’économie.

Cette position néolibérale de centre droit ou de centre gauche s’inscrit en Amérique centrale dans un contexte dans lequel l’intégration régionale n’est pas très avancée, notamment si on la compare à l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) de l’Amérique du Sud ou à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) du Mexique, des États-Unis et du Canada. À cet égard, le déchirement des gouvernements d’Amérique centrale, incapables de s’entendre sur une intégration économique et politique continue, est patent et force ces pays à relever de nouveaux défis géopolitiques.

Salvador
• Capitale : San Salvador

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Salvador Sanchez Ceren (depuis le 1/6/14)

• Superficie : 21 041 km2

• Population : 6,3 M hab.

• PIB : 26,7 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 2,4 %

• Classement IDH* 2015 : 120e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Les nouveaux défis politiques et géopolitiques de l’Amérique centrale déchirée

Corruption

La concrétisation laborieuse de l’indépendance économique et politique de l’Amérique centrale se double de nombreux obstacles au développement de la région. Aucun des sept pays n’est classé dans les têtes de listes des pays émergents comme le Brésil, membre des BRICS. La corruption semble très difficile à combattre dans certains États, notamment le Guatemala où les élites politiques continuent à recevoir de l’argent provenant de trafics illégaux. Et que dire du Belize, considéré par de nombreux organismes internationaux – parmi lesquels l’Union européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques – comme un paradis fiscal dont les banques seraient particulièrement favorables au blanchissement de l’argent « sale » ?

Belize
• Capitale : Belmopan

• Régime semi-parlementaire – semi-présidentiel

• Parlement bicaméral avec un Sénat et une Assemblée nationale

• Monarque : Élisabeth II

• Premier ministre : Dean Barrow (depuis le 8/2/2008)

• Superficie : 22 966 km2

• Population : 360 000 hab.

• PIB : 1,76 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 1 %

• Classement IDH* 2015 : 106e (sur 191)

• Langue officielle : anglais

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Violence et criminalité

À propos de l'auteur

Jean-René Garcia

Jean-René Garcia

Jean-René Garcia est professeur des universités associé en droit public à l'Université Paris-XIII Sorbonne Paris Cité, codirecteur du master « Études stratégiques » de la faculté de droit de l’université Paris-XIII, et conseiller auprès des secrétaires perpétuels Catherine Bréchignac et Jean-François Bach de l’'Académie des sciences-Institut de France.
Spécialiste des processus constitutionnels en Amérique latine et en philosophie du droit, il a été chercheur associé à l’'Université de la Cordillera (La Paz, Bolivie) et a aussi enseigné et donné des conférences au Brésil, à Cuba, au Mexique, en Uruguay.

À propos de l'auteur

Nikolas Kouloglou

Nikolas Kouloglou

Doctorant en science politique à l’Université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité.

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