L’Amérique centrale : un « continent » déchiré

Au Costa Rica

Toujours la même année, en mai 2014, le centre gauche accède aussi au pouvoir au Costa Rica avec Luis Guillermo Solis, qui remporte les élections avec une large majorité (77 % des suffrages).

Au Panama

Le centre droit et les politiques libérales qui en découlent s’imposent également au Panama, là encore en 2014 avec l’élection, au premier tour, de Juan Carlos Varela comme président de la République. Cet homme politique connu dans le pays, qui fut vice-président et ministre des Affaires étrangères, représentait le Parti panaméiste de centre droit. Le Parti panaméiste s’était allié pour ces élections au Parti populaire, autre parti de droite du Panama.

Au Guatemala

Au Guatemala aussi, mais en 2016, le centre droit revient au pouvoir après la démission du président Otto Perez Molina (droite sécuritaire), mis en cause pour des affaires de corruption. Jimmy Morales, soutenu par le Front de convergence nationale, est alors élu président de la République, avec 67,44 % des suffrages. Sa campagne portait essentiellement sur la lutte contre la corruption dans le pays et l’assainissement de l’économie.

Cette position néolibérale de centre droit ou de centre gauche s’inscrit en Amérique centrale dans un contexte dans lequel l’intégration régionale n’est pas très avancée, notamment si on la compare à l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) de l’Amérique du Sud ou à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) du Mexique, des États-Unis et du Canada. À cet égard, le déchirement des gouvernements d’Amérique centrale, incapables de s’entendre sur une intégration économique et politique continue, est patent et force ces pays à relever de nouveaux défis géopolitiques.

Salvador
• Capitale : San Salvador

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Salvador Sanchez Ceren (depuis le 1/6/14)

• Superficie : 21 041 km2

• Population : 6,3 M hab.

• PIB : 26,7 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 2,4 %

• Classement IDH* 2015 : 120e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Les nouveaux défis politiques et géopolitiques de l’Amérique centrale déchirée

Corruption

La concrétisation laborieuse de l’indépendance économique et politique de l’Amérique centrale se double de nombreux obstacles au développement de la région. Aucun des sept pays n’est classé dans les têtes de listes des pays émergents comme le Brésil, membre des BRICS. La corruption semble très difficile à combattre dans certains États, notamment le Guatemala où les élites politiques continuent à recevoir de l’argent provenant de trafics illégaux. Et que dire du Belize, considéré par de nombreux organismes internationaux – parmi lesquels l’Union européenne et l’Organisation de coopération et de développement économiques – comme un paradis fiscal dont les banques seraient particulièrement favorables au blanchissement de l’argent « sale » ?

Belize
• Capitale : Belmopan

• Régime semi-parlementaire – semi-présidentiel

• Parlement bicaméral avec un Sénat et une Assemblée nationale

• Monarque : Élisabeth II

• Premier ministre : Dean Barrow (depuis le 8/2/2008)

• Superficie : 22 966 km2

• Population : 360 000 hab.

• PIB : 1,76 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 1 %

• Classement IDH* 2015 : 106e (sur 191)

• Langue officielle : anglais

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Violence et criminalité

De surcroit, un phénomène est présent dans semble-t-il tous les pays de l’Amérique centrale : une forte violence due à de nombreux trafics illicites, en particulier celui de la drogue [lire p. 74]. En effet, pour faire passer aux États-Unis l’essentiel des productions de cocaïne issues des pays andins, les narcotrafiquants doivent, avant de franchir la frontière entre le Mexique et les États-Unis, traverser l’ensemble de l’Amérique centrale, où ils entretiennent une délinquance endémique. Les organisations mafieuses d’Amérique centrale, comme les maras au Salvador – dont les membres sont reconnaissables aux nombreux tatouages peints sur leur corps et leur visage –, auteurs de multiples meurtres et actes de violence, sont maintenant connus. Par ailleurs, le nombre d’armes restées en circulation après les guérillas est très important dans ces pays, ce qui renforce encore les phénomènes de violence.

Costa Rica
• Capitale : San José

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Luis Guillermo Solis (aussi chef du gouvernement) (depuis le 8/5/2014)

• Superficie : 51 100 km2

• Population : 4,8 M hab.

• PIB : 52,9 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 2,8 %

• Classement IDH* 2015 : 68e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Le déchirement de l’Amérique centrale s’exprime aujourd’hui dans des phénomènes que l’on pensait définitivement bannis de l’Amérique latine. Ainsi le Honduras a-t-il subi un coup d’État en 2009. L’armée, soutenue par la Cour suprême et le Congrès, a renversé le président élu, Manuel Zelaya, et désigné Roberto Micheletti président de facto, jusqu’aux nouvelles élections de novembre 2009 qui virent la victoire légale de Roberto Micheletti Baín.

De même, alors que les conflits armés entre États semblaient avoir disparu de l’ensemble du continent latino-américain au XXe siècle, une « petite guerre » a opposé le Guatemala et le Brésil en 2016. Les deux belligérants étaient en désaccord depuis plus d’un siècle à propos d’un territoire nommé Adyacencia, se situant dans la partie sud du Belize, et revendiqué par le Guatemala. Ce territoire avait été donné par la Grande-Bretagne au seul pays anglophone d’Amérique centrale, le Belize, en 1859. En avril 2016, les troupes armées du Belize intervinrent dans la zone Adyacencia, pour, d’après le Belize, riposter à une attaque, causant la mort d’un jeune homme qui était présent à la frontière. Cet incident marqua l’émergence de nouvelles fortes tensions entre les deux pays. En réponse, le président Jimmy Morales déploya 3000 soldats à la frontière pour garantir l’appartenance guatémaltèque de cette zone.

Guatemala
• Capitale : Guatemala

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Jimmy Morales (depuis le 14/1/16)

• Superficie : 108 890 km2

• Population : 14,3 M hab.

• PIB : 63,79 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 4,1 %

• Classement IDH* 2015 : 128e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Avancées sociales

Malgré ces problèmes, des avancées en matière sociale semblent être au rendez-vous dans certains pays d’Amérique centrale. Au Salvador, le Plan stratégique 2015-2019, qui propose un meilleur accès à l’eau, à l’éducation, à la santé et l’instauration d’un système de sécurité sociale, a permis une bonne croissance économique du pays. De même, la collaboration entre le Salvador et le Brésil en matière de lutte contre la pauvreté a obtenu des résultats significatifs avec la construction d’un système public de sécurité alimentaire. Au Costa Rica, seul pays au monde à ne plus disposer volontairement d’une armée depuis la fin de la guerre civile en 1948, le président Luis Guillermo Solis a investi fortement, et avec succès, dans des énergies renouvelables et des entreprises de haute technologie à travers son Plan national de lutte contre la pauvreté. Au Guatemala, le président Jimmy Morales a entrepris une grande réforme de l’éducation et du système de santé permettant un meilleur accès de la population aux médicaments et au matériel chirurgical. Il apporte en outre une garantie de logement aux familles les plus pauvres et un soutien appuyé au développement des petites et moyennes entreprises.

Honduras
• Capitale : Tegucigalpa

• Régime présidentiel

• Parlement monocaméral

• Président : Juan Orlando Hernandez (depuis le 27/1/14)

• Superficie : 112 492 km2

• Population : 8,3 M hab.

• PIB : 20,3 Md$

• Taux de croissance en 2015 : 3,5 %

• Classement IDH* 2015 : 133e (sur 191)

• Langue officielle : espagnol

* Indice de développement humain.

Sources : FMI, Banque mondiale, MAE.

Avancées économiques

Au niveau géopolitique et économique, l’élargissement du canal de Panama en 2016 constitue un changement considérable. En effet, cette opération permet dorénavant à des bateaux de 49 mètres de large et 366 mètres de long, pouvant transporter jusqu’à 12 000 conteneurs, de transiter par ce canal. Les capacités de navigation du canal de Panama ont été triplées, renforçant ainsi les échanges commerciaux avec les États-Unis et offrant une ouverture sur l’Asie. Le Nicaragua travaille lui aussi à la construction d’un canal de même envergure et qui devrait permettre d’obtenir de meilleurs résultats. Cela dit, on peut se demander s’il n’en résultera pas une concurrence accrue entre les deux pays qui vont offrir les mêmes services (8).

En définitive, le « continent » de l’Amérique centrale, comme nous l’avons appelé, semble bien, pour le moins symboliquement, déchiré. À l’inverse de l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale ne semble pas engagée, malgré quelques tentatives, dans l’élaboration d’une politique diplomatique discutée et partagée par l’ensemble des pays de la région.

Par ailleurs, on ne peut encore que s’interroger sur la position du nouveau président des États-Unis, Donald Trump, à l’égard de ces petits pays d’Amérique centrale. Si le renforcement du contrôle des frontières entre le Mexique et les États-Unis a tout de suite été engagé par le nouveau président américain, quelle sera sa politique en Amérique centrale, zone dans laquelle traditionnellement les États-Unis sont toujours intervenus très fortement ?

L’avenir d’une Amérique centrale forte semble donc dépendre de sa capacité à dépasser ce déchirement en luttant plus efficacement contre les différents trafics et organisations mafieuses et la violence endémique liée, ainsi qu’en construisant une véritable politique d’intégration régionale à l’instar de ses voisins du Sud et du Nord ou une politique de collaboration continentale concrète qui lui permettrait d’avoir une position géopolitique plus affirmée. Si cela ne s’avérait pas possible, l’Amérique centrale devrait alors choisir entre un rapprochement avec le Mexique ou un rapprochement avec l’UNASUR pour peser davantage dans les débats planétaires.

À propos de l'auteur

Jean-René Garcia

Jean-René Garcia

Jean-René Garcia est professeur des universités associé en droit public à l'Université Paris-XIII Sorbonne Paris Cité, codirecteur du master « Études stratégiques » de la faculté de droit de l’université Paris-XIII, et conseiller auprès des secrétaires perpétuels Catherine Bréchignac et Jean-François Bach de l’'Académie des sciences-Institut de France.
Spécialiste des processus constitutionnels en Amérique latine et en philosophie du droit, il a été chercheur associé à l’'Université de la Cordillera (La Paz, Bolivie) et a aussi enseigné et donné des conférences au Brésil, à Cuba, au Mexique, en Uruguay.

À propos de l'auteur

Nikolas Kouloglou

Nikolas Kouloglou

Doctorant en science politique à l’Université Paris 13 – Sorbonne Paris Cité.

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