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Hainan, l’île mystérieuse

Ces hommes sont en partie originaires de Tanmen, l’un des plus importants ports de pêche de Hainan. L’engagement de ces marins permet à la Chine d’éviter d’utiliser ouvertement ses moyens militaires et donc d’apparaître comme agressive.

L’annexion de la Crimée par la Russie, qui a été de facto avalisée par la communauté internationale, encourage la Chine à adopter un même comportement, fondé sur l’occupation puis l’annexion ex abrupto de territoires. Pour appuyer ses arguments, la Chine encourage la récupération d’épaves en mer ou de vestiges historiques, censés prouver sa longue présence dans les eaux méridionales. Un récent Musée national de la mer de Chine méridionale a été construit à Qionghai qui expose ces trésors, prétendues preuves pour la Chine de la sincérité de ses revendications, mais que dénoncent ses voisins.

Les États-Unis et la République démocratique du Vietnam ont engagé un rapprochement marqué par la visite de Bill Clinton à Hanoï (novembre 2000), la multiplication d’exercices navals conjoints et récemment la levée des restrictions frappant les ventes d’armes au Vietnam (mai 2016). Quelques jours après l’investiture du nouveau président américain Donald Trump en janvier 2017, son porte-parole Sean Spicer déclarait que « les États-Unis [défendraient] leurs intérêts en mer de Chine méridionale » (14). L’ambition de la Chine pourrait donc être contrariée par un rapprochement entre Washington et Hanoï, qui offrirait aux bâtiments de combat américains des facilités portuaires comme à Cam Ranh, pour patrouiller et faire respecter la libre circulation en mer de Chine. Au-delà des rodomontades, Donald Trump est-il déterminé à empêcher l’annexion de cet espace maritime ?

 

Hainan : une île chinoise au cœur d’enjeux stratégiques

Légende de la photo en première page : Les installations de la nouvelle base chinoise de lancement de Wenchang, située sur l’île de Hainan. Inaugurée en juin 2016, elle est devenue le quatrième site de lancement d’engins spatiaux de la République populaire de Chine. (© Xinhua/Guo Sheng)

Notes

(1) Les zones économiques spéciales (ZES) sont destinées à encourager l’implantation d’entreprises étrangères dans le Sud de la Chine. Les premières ZES furent établies en août 1980, dans la province du Guangdong, à Shenzhen, Zhuhai et Shantou et dans le Fujian, à Xiamen. Cette politique libérale (les entreprises étrangères bénéficient d’un régime fiscal avantageux et de la mise à disposition d’une main-d’œuvre à faible coût comme de l’accès aux infrastructures portuaires) a facilité l’insertion de la RPC dans l’économie mondiale.

(2) Hainan Statistical Yearbook, 2016. Parmi les visiteurs, moins de 1 % sont des étrangers (les Coréens du Sud et les Russes sont les deux premières clientèles étrangères). L’exemption de visa de séjour dont bénéficient les ressortissants d’une soixantaine de pays depuis le 1er mai 2018 devrait permettre d’augmenter cette proportion.

(3) China’s economic outlook in six charts (https://www.imf.org/en/News/Articles/2017/08/09/NA081517-China-Economic-Outlook-in-Six-Charts).

(4) Les deux premiers sites permettent le lancement de fusées vers l’orbite polaire, pour des missions d’observation de la Terre. Les installations à Hainan rendent cependant moins intéressant le site de Xi Chang, à 1200 km au nord, destiné à atteindre l’orbite géostationnaire (où un satellite se déplace à la même vitesse que la terre et reste au-dessus d’un même point).

(5) À propos des enjeux de la mer de Chine, le lecteur pourra se reporter à François-Xavier Bonnet, « Le Dangerous Ground et les Spratleys : une géopolitique des routes maritimes secrètes », Regards géopolitiques, le Bulletin du Conseil Québécois d’études géopolitiques, vol. 2 no 2, été 2016, Université de Laval.

(6) À ce sujet, voir Andrew F. Krepinevich, Why AirSea Battle?, Center for Strategic and Budgetary Assessments, Washington DC, 2010, et plus particulièrement le chapitre II, « China’s Anti-Access/Area-Denial Capabilities ».

(7) Il s’agit de missiles JL-2CSS-NX-14, dont la portée n’est pas précisément connue. Elle est estimée entre 7200 et 8000 km par le ministère de la Défense américain (Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2016, p. 58).

(8) Yu-Shen Hsiao (dir.), « High-resolution depth and coastline over major atolls of South China Sea from satellite altimetry and imagery », Remote Sensing of Environment n° 176, 2016.

(9) Hugues Eudeline, « La nouvelle puissance maritime de la Chine et ses conséquences », Stratégique no 109, 2015/2, p. 169-196.

(10) Les trois flottes sont celles de Beihai, pour la surveillance de la mer Jaune, Donghai pour la mer de Chine orientale et Nanhai pour les mers du Sud.

(11) La démagnétisation des coques de navires consiste à réduire le champ magnétique émis par le métal, afin de les protéger des mines.

(12) Andrew S. Erickson, Chinese Naval Shipbuilding: An Ambitious and Uncertain Course, Annapolis, MD, Naval Institute Press, 2017.

(13) http://usa.chinadaily.com.cn/2013-04/11/content_16394643.htm

(14) http://www.lefigaro.fr/international/2017/01/24/01003-20170124ARTFIG00326-quatre-jours-apres-son-investiture-donald-trump-poursuit-ses-reformes.php

Article paru dans la revue Diplomatie n°93, « Guerres de religion : mythe ou réalité ? », juillet-août 2018.

À propos de l'auteur

François Lafargue

François Lafargue

Docteur en géopolitique, docteur en science politique, professeur à Paris School of Business.

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