Magazine Moyen-Orient

La non-émergence économique de l’Algérie : l’échec des réformes menées depuis 2000

Enfin, les cadres réglementaires structurant les relations économiques internationales sont venus resserrer l’étau dans lequel était prise la bourgeoisie industrielle sur le plan interne. Que ce soit la politique commerciale ou celle à l’égard des investisseurs étrangers, tout a concouru pour affaiblir les positions économiques de la classe entrepreneuriale algérienne. L’Algérie a opéré un abaissement drastique de ses tarifs douaniers dans le cadre de son accord d’association avec l’Union européenne, de son intégration à la Grande zone arabe de libre-échange ou en prévision de son adhésion à l’OMC au point qu’« à l’exception de la Turquie et d’Israël, l’économie algérienne était devenue la plus ouverte des économies de la rive sud de la Méditerranée, qui, exception faite de la Libye et de la Syrie, sont toutes membres de l’OMC » (3). Les importations massives qui se sont ensuivies ont eu deux effets conjugués : la tendance à la désindustrialisation et l’exode des investisseurs algériens vers les rares secteurs restés à l’abri de la concurrence étrangère et qui produisent des biens et services non échangeables.

À l’égard des investissements étrangers sur le territoire national, l’État a pratiqué une politique inverse de dissuasion, avec l’adoption en 2009 du principe du 51/49, qui stipule que la partie étrangère désirant investir en Algérie doit le faire seulement dans le cadre d’un partenariat avec une société algérienne dans lequel cette dernière ne peut détenir une participation inférieure à 51 % du capital (49 % au maximum pour la partie étrangère). Cette règle du 51/49 a restreint les IDE entrants sur le territoire national et privé les entreprises algériennes des possibilités de travailler dans le cadre de la sous-traitance et, surtout, des transferts de technologie inhérents à toute installation de sociétés étrangères. Lorsqu’on met bout à bout toutes les dispositions prises par l’Algérie dans le cadre de son insertion dans les échanges mondiaux, la politique qui se dessine n’est rien de moins que l’opposé de la stratégie des pays émergents. Au moment où il devenait plus clair que la combinaison gagnante sur le plan international avait consisté en un protectionnisme stratégique couplé à des conditions fiscales favorables à l’afflux des IDE, le pays prenait contre toute attente un virage à 180 degrés pour s’engager dans une impasse économique.

Après l’échec de la stratégie des « industries industrialisantes » des années 1970, l’Algérie actuelle traverse une nouvelle période de faillite. À première vue, les deux expériences historiques semblent différer nettement avec, d’un côté, un dirigisme fondé sur la centralité de l’entreprise publique et, de l’autre, un modèle « promarché » axé sur la promotion de la PME. Pourtant, celles-ci partagent la même logique politique profonde qui consiste à circonscrire le rôle économique des milieux industriels pour éviter qu’ils ne revendiquent un rôle dans l’appareil d’État ou ne menacent les règles du fonctionnement politique. En recherchant un capitalisme sans capitalistes, les dirigeants algériens naviguent au gré des réformes sans véritable destination et, ce faisant, condamnent la nation à des échecs économiques répétés.

Panorama économique de l’Algérie

Notes

(1) Entretien avec Slim ­Othmani, « L’acte d’investir est fortement handicapé par divers verrous », in La lettre d’Al Djazaïr, Banque mondiale, troisième trimestre 2015, no 6, p. 6-9.

(2) Ihsane El Kadi, « Le retard de croissance du capital privé, luxueux archaïsme politique des années Bouteflika », in Les Cahiers de l’Orient, no 128, 2017, p. 59-71.

(3) Youcef Benabdallah, « Rente et désindustrialisation », in Confluences Méditerranée, no 71, automne 2009, p. 85-100.

Photo en première page : Oran, deuxième plus grand port du pays après Alger.

Article paru dans la revue Moyen-Orient n°40, « Algérie : un régime en panne, une société en éveil », octobre-décembre 2018.

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